Devoir de Philosophie

ROUSSEAU - (Rêveries du promeneur solitaire, v.)

Extrait du document

Quand le soir approchait, je descendais des cimes de l'île, et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché. Là, le bruit des vagues et l'agitation de l'eau, fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation, la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu, mais renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi, et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser. De temps à autre, naissait quelque faible et courte réflexion sur l'instabilité des choses de ce monde, dont la surface des eaux m'offrait l'image; mais bientôt ces impressions légères s'effaçaient dans l'uniformité Hu mouvement continu qui me berçait, et qui, sans aucun concours actif de mon âme, ne laissait pas de m'attacher au point qu'appelé par l'heure et le signal convenu, je ne pouvais m'arracher de là sans effort. ROUSSEAU - (Rêveries du promeneur solitaire, v.)

« Quand le soir approchait, je descendais des cimes de l'île, et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché.

Là, le bruit des vagues et l'agitation de l'eau, fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation, la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu.

Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu, mais renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi, et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser.

De temps à autre, naissait quelque faible et courte réflexion sur l'instabilité des choses de ce monde, dont la surface des eaux m'offrait l'image; mais bientôt ces impressions légères s'effaçaient dans l'uniformité Hu mouvement continu qui me berçait, et qui, sans aucun concours actif de mon âme, ne laissait pas de m'attacher au point qu'appelé par l'heure et le signal convenu, je ne pouvais m'arracher de là sans effort.

ROUSSEAU - (Rêveries du promeneur solitaire, v.) PLAN DE DISSERTATION On répartira en un certain nombre de développements les sources d'intérêt que renferme le passage en question, et on groupera ces développements de manière à leur donner de l'unité (dissertation composée). On pourra faire remarquer que les Rêveries du promeneur solitaire, d'où ce passage est tiré, appartiennent à la vieillesse de Rousseau, c'est-à-dire à l'époque de sa vie où il se réfugie dans ses souvenirs pour y chercher de quoi oublier ses malheurs.

Ce morceau est la parfaite expression de cet état d'âme. Au point de vue purement descriptif, cette page n'offre qu'un intérêt secondaire : grève solitaire, agitation de l'eau, voilà pour les sensations visuelles, bruit continu des vagues, mais bruit renflé par intervalles, voilà pour les sensations auditives, et c'est tout.

Visiblement, Rousseau ne décrit pas ici pour le plaisir de décrire. A travers ces notations, on peut retrouver quelques-unes des dispositions naturelles de Rousseau, à savoir : 1.

son goût pour l'isolement (quelque asile caché), 2.

son humeur mélancolique («de temps à autre naissait...»), 3.

son inclination à rêver : ici la rêverie est un détachement presque total de lui-même qui ne laisse plus de place dans la conscience qu'à quelques impressions faiblement perçues. Mais surtout cette page révèle une façon toute nouvelle de sentir la nature, car: * jusque-là on l'observait, mais en se détachant d'elle et pour le plaisir d'y découvrir des lignes, des parfums, des couleurs : ainsi procèdent Ronsard, du Bellay, La Fontaine, Mme de Sévigné. * Rousseau se plonge au contraire dans la nature et s'y absorbe si bien que l'élément descriptif tend à disparaître ou du moins ne fait plus qu'un avec l'état d'âme.

Ici, l'état d'âme est une sorte d'extase physique : ailleurs Rousseau noiera de même sa description dans un état d'âme mélancolique, ou dans une extase religieuse. Autre nouveauté : Le style est en parfait accord avec l'état d'âme qu'il s'agit de peindre, et cela a.

grâce à des phrases périodiques, doucement liées, et qui semblent arriver d'un mouvement régulier et presque uniforme à leur terme ; b.

par un rythme qui donne l'impression d'une suite de vers libres, ou s'insère de temps en temps un vers alexandrin ou un vers octosyllabique (surtout à la fin des périodes). Conclusion: Par sa nouveauté et par un charme qui s'insinue jusqu'à l'âme en berçant l'oreille, ce morceau explique l'enchantement irrésistible exercé par Rousseau sur ses lecteurs et sur ses lectrices.

Pour composer ses Méditations, Lamartine n'aura qu'à transposer en vers de tels passages, en les adaptant à ses propres états d'âme.. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles