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Pour Rousseau, les Fables de La Fontaine ne jouent pas leur rôle éducatif parce qu'elles donnent à voir ce qu'il ne faut pas faire. Vous discuterez son point de vue en prenant appui sur la fonction traditionnelle des apologues et sur les moyens mis en oeuvre pour faire passer un message didactique et moral.

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Ce sont encore là, direz-vous, des paradoxes. Soit ; mais voyons si ce sont des vérités. [...] Sans citer cette multitude de fables qui n'ont rien d'intelligible ni d'utile pour les enfants, et qu'on leur fait indiscrètement apprendre avec les autres, parce qu'elles s'y trouvent mêlées, bornons-nous à celles que l'auteur semble avoir faites spécialement pour eux. Je ne connais dans tout le recueil de la Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; de ces cinq ou six je prends pour exemple la première de toutes, parce que c'est celle dont la morale est le plus de tout âge, celle que les enfants saisissent le mieux, celle qu'ils apprennent avec le plus de plaisir, enfin celle que pour cela même l'auteur a mise par préférence à la tête de son livre. En lui supposant réellement l'objet d'être entendue des enfants, de leur plaire et de les instruire, cette fable est assurément son chef-d'oeuvre : qu'on me permette donc de la suivre et de l'examiner en peu de mots. Rousseau analyse ensuite « à la manière d'un enfant » Le Corbeau et le Renard de La Fontaine et conclut qu' « on leur apprend moins à ne pas le laisser tomber de leur bec qu'à le faire tomber du bec d'un autre ». La fable opère donc sur l'enfant l'effet inverse de celui escompté : Suivez les enfants apprenant leurs fables, et vous verrez que, quand ils sont en état d'en faire l'application, ils en font presque toujours une contraire à l'intention de l'auteur, et qu'au lieu de s'observer sur le défaut dont on les veut guérir ou préserver, ils penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des défauts des autres. Dans la fable précédente, les enfants se moquent du corbeau, mais ils s'affectionnent tous au renard ;   - Mais la critique des penseurs du XVIIIe contre les fables et l'apologue à visée didactique semble tenir à une différence d'acception du terme « morale » : Au XVIIème siècle, la morale n'était pas normative, elle était, conformément â l'étymologie, la « science des moeurs », et les moeurs étaient, selon la définition de Furetière, les "habitudes naturelles ou acquises suivant lesquelles les peuples ou les particuliers conduisent les actions de leur vie". Autrement dit, la "morale" du XVIIème siècle ressemble plus à notre psychologie et à notre sociologie qu'à notre morale. Il ne faut peut-être donc pas analyser les apologues comme des règles de conduites mais comme des textes délivrant un enseignement plus objectif et social.

« Analyse du sujet et problématisation Ce sujet oppose deux points de vue différents sur la finalité didactique de l'apologue : celui de Rousseau qui se présente comme sceptique à la portée didactique de la fable chez La Fontaine, et, celui d'Erasme qui, au contraire, applaudit son efficacité. La question posée interroge la portée éducative de l'apologue. L'apologue est un discours narratif, souvent allégorique, en vers ou en prose ayant une fonction démonstrative et une visée argumentative et renfermant des enseignements dont le lecteur tire une morale pratique. Il englobe différentes formes de textes, comme la fable, le conte, l'utopie, la parabole, le mythe ou encore l'exemplum. Il ne s'agit donc pas de réduire l'apologue à la fable (le début du sujet peut prêter à confusion par son aspect réducteur). Interroger la portée éducative de l'apologue, c'est interroger son efficacité didactique, sa capacité à délivrer un enseignement servant une éducation qui peut être de différents types : morale, religieuse, scientifique, spirituelle, etc… Problématique : L'apologue permet-il de délivrer efficacement un enseignement éducatif ? Son impact didactique est-il réel sur ses lecteurs ? I) Si l'apologue présente une finalité didactique… - Les auteurs d'apologues clament souvent haut et fort la vocation pédagogique de leurs écrits. Ils s'adressent principalement aux enfants ; ainsi l'apologue se présente comme un outil éducatif. Ex : · Les Fables de La Fontaine sont dédiées au Grand Dauphin S'il y a quelque chose d'ingénieux dans la république des lettres, on peut dire que c'est la manière dont Esope a débité sa morale. Il serait véritablement à souhaiter que d'autres mains que les miennes y eussent ajouté les ornements de la poésie, puisque le plus sage des anciens a jugé qu'ils n'y étaient pas inutiles. J'ose, Monseigneur, vous en présenter quelques essais. C'est un entretien convenable à vos premières années. Vous êtes en un âge où l'amusement et les jeux sont permis aux princes; mais en même temps, vous devez donner quelques unes de vos pensées à des réflexions sérieuses. Tout cela se rencontre aux fables que nous devons à Esope. L'apparence en est puérile, je le confesse, mais ces puérilités servent d'enveloppe à des vérités importantes. […] ( Dédicace des Fables A Monseigneur le Dauphin ). · Les Contes de ma mère l'oye de Perrault sont dédiés à Mademoiselle, nièce de Louis XIV et précédés d'une épître au dauphin où Perrault insiste d'ailleurs sur l'éducation morale transmise dans ses textes : L'apparence en est puérile, je le confesse ; mais ces puérilités servent d'enveloppe à des vérités importantes… Par les raisonnements et les conséquences qu'on peut tirer de ces fables, on se forme le jugement et les mœurs, on se rend capable des grandes choses. - L'efficacité didactique de l'apologue tient souvent à l'énoncé d'une morale, en point d'orgue du texte. La morale suscite l'éveil de la conscience et fait aimer la vérité. Elle énonce une leçon ou une vérité sur l'homme sans détour. Son aspect général (utilisation du présent de vérité générale ou de l'infinitif) la présente comme une vérité universelle : Ex : La parabole du XIIIème siècle Le Prud'homme qui sauva son compère où la morale tient une grande place et se veut une mise en garde éveillant littéralement les consciences face à la malignité de certains hommes: Aussi, je vous le dis tout franc : rendre service à un perfide, c'est là vraiment perdre son temps. Sauvez du gibet un larron qui vient de commettre un méfait, jamais il ne vous aimera et bien plus, il vous haïra. Jamais méchant ne saura gré à celui qui l'a obligé : il s'en moque, oublie aussitôt et serait même disposé à lui nuire et à le léser s'il avait un jour le dessus. Cette morale considère le destinataire, interpelle le lecteur sans détour, elle lui fait la leçon : on peut prendre l'exemple ici de certaines morales où l'interpellation du lecteur est très présente à travers l'utilisation de l'impératif. Ex : « Le Chartier embourbé » (La Fontaine) : « Aide-toi, le ciel t'aidera. » « Le cochet, le chat et le souriceaux » : « Garde-toi, tant que tu vivras, De juger des gens sur la mine. » - C'est aussi souvent le récit qui, dans l'apologue, est garant de la puissance didactique comme l'affirme La Fontaine : Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être ; Le plus simple animal nous y tient lieu de maître. Une morale nue apporte de l'ennui : Le conte fait passer le précepte avec lui. En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire, »

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