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Etude linéaire Le Prologue JUSTE LA FIN DU MONDE (2)

Publié le 29/08/2022

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« Etude linéaire Le Prologue JUSTE LA FIN DU MONDE est une pièce qui s’ouvre par un Prologue, une prise de parole que l’on retrouve dans la tragédie antique.

Le lecteur est un peu décontenancé à sa lecture : les propos de Louis sont confus voire ambigus.

Il s’agit d’un monologue qui met en scène non seulement une crise personnelle et familiale mais aussi une crise de la communication.

Constitué d’une seule phrase, il est écrit sous la forme de versets ; des répétitions, des variations, des corrections se font entendre.

Il serait alors opportun de se demander en quoi ce Prologue aux caractéristiques à la fois traditionnelles et modernes nous annonce une intrigue à la fois moderne et classique.

Nous procéderons à une analyse linéaire du texte qui suivra les trois principaux mouvements du texte : Tout d’abord, Louis annonce sa mort prochaine, ensuite sa décision de retourner dans sa famille pour l’annoncer et enfin sa volonté d’être son propre « maître ». 1.

Le premier mouvement : Louis annonce de la ligne 1 à 21 sa mort prochaine Plus tard, l’année d’après La phrase commence par deux compléments circonstanciels « plus tard », « l’année d’après » qui annoncent, comme s’il s’agissait d’une prophétie, un fait qui se produira dans l’avenir. j’allais mourir Dès la deuxième ligne, Louis annonce sa propre mort de façon particulièrement étrange puisqu’il s’agit d’une indication entre tirets, comme s’il s’agissait d’une parenthèse, alors qu’il s’agit d’un événement tragique. J’ai près de trente-quatre ans maintenant et c’est à cet âge que je mourrai, Louis annonce de nouveau sa mort mais de façon différente : il s’exprime au présent de l’énonciation, ce qui ancre le propos au moment où il parle « maintenant » et cette fois sa mort n’est pas encore arrivée, comme le montre l’emploi du futur « je mourrai ». Nous retrouvons des caractéristiques de la tragédie traditionnelle avec la mort annoncée du personnage tragique mais le nouveau repère temporel complexifie la temporalité. l’année d’après Le vers de quatre syllabes fait écho au premier vers, comme s’il s’agissait d’un retour au point de départ.

Le texte prend alors une allure poétique, avec cette épanalepse qui reviendra comme un leitmotiv tout au long de ce monologue. Le propos a du mal à se construire, il se répète. De nombreux mois que j’attendais à ne rien faire, à tricher, à ne plus savoir, de nombreux mois que j’attendais d’en avoir fini Ces lignes constituent deux versets définis par la répétition du complément circonstanciel : « de nombreux mois ».

Ces deux versets rappellent une attente, avec la répétition de « j’attendais » à l’imparfait de durée.

Il s’agit de l’attente de la mort, comme le laisse transparaître l’euphémisme : « en avoir fini ».

Cette attente est constituée de différents moments qui se superposent comme en témoigne la succession de juxtapositions : « à ne rien faire, à tricher, à ne plus savoir ».

Le néant entraperçu est visible dans l’emploi systématique des négations. L’année d’après Pour la troisième fois, ce complément revient, comme un leitmotiv. comme on ose bouger parfois à peine, devant un danger extrême, imperceptiblement, sans vouloir faire de bruit ou commettre un geste trop violent qui réveillerait l’ennemi et vous détruirait aussitôt, Pour expliquer sa démarche, Louis va utiliser une analogie : il compare la mort qui l’attend à un ennemi.

Face à l’ennemi, seule la prudence est souhaitée : de nombreux compléments de manière expriment la précaution « à peine », « imperceptiblement », « sans vouloir ».

De même, le conditionnel présent : « réveillerait » et « détruirait » , et le verbe « oser » laissent transparaître une certaine réserve. L’année d’après, malgré tout Le reprise du leitmotiv « l’année d’après » suggère la difficulté de parler et crée aussi une très belle prose poétique. malgré tout, la peur, prenant ce risque et sans espoir jamais de survivre, malgré tout, l’année d’après, La répétition de malgré tout à deux reprises, révèle la recherche d’une posture pour tolérer la présence de la mort dans la vie. L’année d’après clôt ce verset, et donne une dimension musicale à cette annonce de la mort. 2. Il décide d’annoncer sa mort à sa famille ( lignes 22 à 35) Je décidai de retourner les voir, revenir sur mes pas, aller sur mes traces et faire le voyage Louis prend une décision, comme le montre l’emploi du passé simple qui marque une rupture par rapport à la première partie du monologue.

Le thème du retour est formulé de quatre façons différentes, comme si Louis cherchait le mot juste.

C’est une expolition.

La répétition du préfixe « re » met en valeur les différentes façons de revenir en arrière, différentes façons de retrouver un temps perdu.

Le pronom « les » ne renvoie pas à des personnes déjà nommées, il s’agit de sa famille. pour annoncer, lentement, avec soin, avec soin et précision Le but de ce retour est une annonce.

Elle n’est pas encore clairement définie, plusieurs compléments circonstanciels révèlent un désir de prudence et de précaution.

On a l’impression que Louis devient le metteur en scène de son annonce et se préparer à « jouer » la scène de l’aveu. -ce que je crois- L’annonce est suspendue, son objet ne sera révélé qu’à la ligne 33, et cette parenthèse introduit un doute, une difficulté à dire. Lentement, calmement, d’une manière posée De nouveau, des adverbes, au nombre de trois, qui mettent en avant l’apparence d’une sérénité recherchée viennent préciser la mise en scène de l’aveu. -et n’ai-je pas toujours été pour les autres et eux, tout précisément, n’ai-je pas toujours été un homme posé ? Cette deuxième parenthèse, qui crée une nouvelle rupture dans la phrase, laisse transparaître une hésitation.

Louis, dans une introspection, examine comment a été perçue son attitude par les autres. pour annoncer Le complément circonstanciel de but est repris, répété, sans qu’il ait trouvé un objet, ce qui montre la difficulté à dire les choses. dire, Le verbe dire est mis en valeur, puisqu’il est le seul mot du verset.

On peut supposer que la pièce va avoir comme sujet la parole, la difficulté de dire. ma mort prochaine et irrémédiable L’objet de l’annonce est enfin dit.

Il s’agit de la mort, le thème tragique par excellence avec sa caractéristique associée : la fatalité « irrémédiable ». L’annoncer moi-même, en être l’unique messager L’aspect tragique est intensifié par le fait que c’est Louis qui annonce lui-même son destin. 3. Il cherche à être « son propre maître » et paraître La conjonction de coordination marque un nouvel élan, une réelle volonté d’amorcer une autre étape, se montrer aux yeux des autres, jouer un rôle. • peut-être ce que j’ai toujours voulu, voulu et décidé, en toutes circonstances et depuis le plus loin que j’ose me souvenir- Cette nouvelle parenthèse marquée par les tirets insiste sur cette volonté avec la répétition de « voulu », et l’emploi de « décidé ».

Notons que « voulu et décidé » est une épanorthose.

Louis fait un retour sur sa vie, essaie de remonter aux sources en explorant son inconscient : « depuis le plus loin », « j’ose me souvenir ». et paraître pouvoir là encore décider, Le terme « paraître » entre en opposition avec cette recherche intérieure, puisqu’il fait référence au jeu théâtral. me donner et donner aux autres, et à eux, tout précisément, toi, vous, elle, ceux-là encore que je ne connais pas (trop tard et tant pis) Le rythme de ce tercet est créé par la reprise du verbe « donner », ce chiasme exprime une volonté totale.

Ces déictiques, les pronoms de la deuxième ou de la troisième personne renvoient soit aux personnages de la pièce, soit au public, comme le faisait le coryphée dans la tragédie grecque.

Le dernier déterminant démonstratif « ceux-là », peut renvoyer aux spectateurs. me donner et donner aux autres une dernière fois La reprise de ce segment interrompt de nouveau cette phrase tout en créant une certaine musicalité et met en valeur les deux derniers versets de ce prologue. l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être, jusqu’à cette extrémité, mon propre maître Il reprend le thème qui a été ressassé dans ce prologue, celui de la fin d’un monde avec « jusqu’à cette extrémité » et celui de la décision « être responsable », « mon propre maître ». Ce texte, dans la lignée des Prologues antiques annonce un retour.

En effet, la dramaturgie met en scène la solitude existentielle de l’individu à travers celle de l’acteur, il “ joue à exister”.

De plus, la parole a du mal à émerger, à se dire.

Ce prologue attire notre attention sur la « parole » puisque le seul mot isolé en un verset est justement le verbe « dire », comme si le véritable sujet de la pièce à venir était l’annonce de la mort, non la mort elle-même.

Enfin, le prologue surprend par sa gestion de la temporalité car Louis annonce sa mort comme si elle était advenue. Etude linéaire Le Prologue JUSTE LA FIN DU MONDE est une pièce qui s’ouvre par un Prologue, une prise de parole que l’on retrouve dans la tragédie antique.

Le lecteur est un peu décontenancé à sa lecture : les propos de Louis sont confus voire ambigus.

Il s’agit d’un monologue qui met en scène non seulement une crise personnelle et familiale mais aussi une crise de la communication.

Constitué d’une seule phrase, il est écrit sous la forme de versets ; des répétitions, des variations, des corrections se font entendre.

Il serait alors opportun de se demander en quoi ce Prologue aux caractéristiques à la fois traditionnelles et modernes nous annonce une intrigue à la fois moderne et classique.

Nous procéderons à une analyse linéaire du texte qui suivra les trois principaux mouvements du texte : Tout d’abord, Louis annonce sa mort prochaine, ensuite sa décision de retourner dans sa famille pour l’annoncer et enfin sa volonté d’être son propre « maître.... »

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