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En quoi la littérature peut-elle favoriser le progrès social ?

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La France a été l'un des derniers pays européens à renoncer à ce châtiment, alors que dès le XIXe siècle, l'abolition est légalisée dans des États d'Amérique latine comme en Europe. Faire l'histoire de la peine de mort dans ce pays ne peut donc que conduire à réfléchir à ce paradoxe, d'une France se voulant État de droit, à la pointe du combat pour les libertés, et maintenant cette peine tombée en désuétude dans une large partie du monde. L'énergie qui a passé dans les oeuvres n'est pas parvenue à une modification radicale des modes de pensée. « Tous les écrivains qui se sont occupés de politique s'accordent à dire que quiconque veut fonder un État et lui donner des lois doit supposer d'avance les hommes méchants, et toujours prêts à montrer leur méchanceté toutes les fois qu'ils en trouveront l'occasion. » Machiavel, Sur la première décade de Tite-Live, 1531 (posth.). Cette « méchanceté » s'entendrait alors comme un effet de résistance et permettrait le décalage entre l'intuition et sa concrétisation.   Troisième partie : le progrès, une notion aléatoire Il convient donc de remarquer que le lien entre idées progressistes énoncées au coeur des textes et progrès réel et tangible n'est ni immédiat ni efficace, même si jamais l'on ne pourra nier l'extrême acuité de regard auquel bien des écrivains nous ont permis de parvenir. Peut-être est-ce l'effet du langage écrit lui-même qui suppose le temps long de la découverte et n'a jamais l'intensité du langage parlé : "La parole a beaucoup plus de force pour persuader que l'écriture." Descartes, Lettre à Chanut, 1648.

« Sujet : En quoi la littérature peut-elle favoriser le progrès social ? Discussion : la question porte sur le problème de l' »utilité » d e la littérature : doit-elle être définie comme un art d'agrément, un divertissement, ou peut-on considérer qu'elle joue un rôle politique et social, qui contribuerait à l'avancée de la réflexion et de la compréhension ? Suggestion de plan : Première partie : La littérature, un instrument de la prise de conscience Historiquement, la littérature a joué un rôle qu'on peine à lui reconnaître aujourd'hui, celui d'instrument de communication et d'information ; en effet, le développement des journaux, et plus tard de la télévision, a contribué à affaiblir le rôle de la lecture et de l'écriture. Les deux fonctions ont été progressivement dissociées : la littérature a été rangée du côté des arts –elle est devenue de ce fait un ornement un peu superficiel- tandis que les médias ont pris le relais quant à ce qui relevait de la transmission des questions sociopolitiques. Donc, l'approche des grandes questions liées à la place de l'homme dans le monde est devenue plus théorique ou plus sèche en s'écartant de l'espace littéraire : « ... L'historien n'est pas romancier du tout ; l'historien n'a point de jeunesse; à chaque moment il nous dit tout ce qu'il sait. » Propos de littérature, Alain. Il n'est pas difficile de s e souvenir que les écrits de combat ont joué un rôle prépondérant au XVIIIème siècle et que les philosophes des Lumières ont contribué vigoureusement à la désagrégation du système féodal. On peut saisir que le rôle des textes de fiction et d'argumentation -qu'étaient notamment les contes philosophiques chez Voltaireétait de rendre les esprits sensibles à l'injustice ou à l'oppression. Deuxième partie : La littérature, un espace de débat public Montesquieu construit un virulent plaidoyer contre l'esclavage dans l'Esprit des lois , Voltaire fait d e même dans un chapitre d e Candide consacré au nègre Cacambo, amputé d'un bras et d'une jambe dans une plantation du Surinam ; cependant, si ces appels à la raison, si cette indignation vertueuse face à l'horreur que suppose la traite des Noirs (« C'est à ce prix-là que vous mangez du sucre en Europe ») constituent de véritables appels destinés à une population ignorante, l'abolition de l'esclavage n'interviendra qu'en 1848. On comprend donc que la littérature est un espace de débat, elle n'est pas non plus une assemblée parlementaire susceptible de faire voter des lois, elle contribue à la lucidité, elle ne gouverne pas. Un autre thème peut être cité en exemple : celui de la peine de mort qui a suscité de vives passions littéraires : on sait que Victor Hugo lui consacre une œuvre entière : Le dernier jour d'un condamné. Contestée à la fin du XVIIIe siècle parmi les philosophes et écrivains des Lumières, la peine capitale est en débat à la Constituante, dès 1791. Finalement maintenue, elle ne sera abolie qu'en octobre 1981. Alors que dans aucun autre pays cette peine n'a été autant discutée, que nulle part il n'y eut autant de plaidoyers en faveur de l'abolition - à la tribune parlementaire, parmi les juristes, comme dans la littérature, de Victor Hugo à Albert Camus - , pourquoi a-t-il fallu près de deux siècles pour obtenir son retrait du Code pénal ? La France a été l'un des derniers pays européens à renoncer à ce châtiment, alors que dès le XIXe siècle, l'abolition est légalisée dans des États d'Amérique latine comme en Europe. Faire l'histoire de la peine de mort dans ce pays ne peut donc que conduire à réfléchir à ce paradoxe, d'une France se voulant État de droit, à la pointe du combat pour les libertés, et maintenant cette peine tombée en désuétude dans une large partie du monde. L'énergie qui a passé dans les œuvres n'est pas parvenue à une modification radicale des modes de pensée. « Tous les écrivains qui se sont occupés de politique s'accordent à dire que quiconque veut fonder un État et lui donner des lois doit supposer d'avance les hommes méchants, et toujours prêts à montrer leur méchanceté toutes les fois qu'ils en trouveront l'occasion. » Machiavel, Sur la première décade de Tite-Live, 1531 (posth.). Cette « méchanceté » s'entendrait alors comme un effet de résistance et permettrait le décalage entre l'intuition et sa concrétisation. Troisième partie : le progrès, une notion aléatoire Il convient donc de remarquer que le lien entre idées progressistes énoncées au cœur des textes et progrès réel et tangible n'est ni immédiat ni efficace, m ê m e si jamais l'on ne pourra nier l'extrême acuité d e regard auquel bien des écrivains nous ont permis de parvenir. Peut-être est-ce l'effet du langage écrit lui-même qui suppose le temps long de la découverte et n'a jamais l'intensité du langage parlé : "La parole a beaucoup plus de force pour persuader que l'écriture." Descartes, Lettre à Chanut, 1648. Mais surtout, la notion de progrès elle-même est sujette à caution puisque : « Il n'y a point de vrai progrès de raison dans l'espèce humaine, parce que tout ce qu'on gagne d'un côté, on le perd de l'autre. » Jean-Jacques Rousseau, Émile, IV. On ne peut donc pas raisonner selon un principe de linéarité, qui ferait partir une société d e très bas et aller vers son amélioration, son perfectionnement continuels. La littérature consigne les difficultés d'un temps, elle devance certains problèmes ou parfois ne fait que les enregistrer avec retard –lorsque Zola fait entrer le peuple dans les Rougon-Macquart il donne enfin une voix à des hommes et des femmes ignorés depuis des siècles- en tout cas elle met en résonance société et art et contribue ainsi à donner du monde public une autre image. Conclusion : Le sujet parlait d e « favoriser » le progrès, le verbe dans sa modération est donc juste : il n'est question ni de résolution ni de prise de parti, mais d'une mise en perspective des interrogations d'une société vis-à-vis d'elle-même. »

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