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Discutez de propos de Barthes : « De toutes les lectures, la lecture tragique est la plus perverse : je prends plaisir à m'entendre raconter une histoire dont je connais la fin. » ?

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Et sur un principe : le spectateur connaît l'intrigue et la fin de la pièce. C'est en effet cette omniscience qui lui permet de prendre du recul face à ce à quoi il assiste, et d'éprouver l'horreur (mouvement de rejet) et la pitié (mouvement d'adhésion).   II La re-définition de cette omniscience par Barthes : le tragique appliqué à la lecture   _ une définition de la lecture : elle est définie comme un rite privé où on agit pour son propre plaisir. Barthes signale le lien intime qui existe entre le lecteur et sa lecture, comme s'il s'agissait d'un acte incompréhensible pour autrui. La dimension de "plaisir pervers" qui se trouve dans cette lecture est cruellement soulignée, et rappelle l'assimilation que fait Pierre-Aimé Touchard dans Dionysos : il classifie les plaisirs spécifiques du théâtre, du cinéma et de la lecture en faisant une analogie avec les plaisirs sexuels. Le théâtre est comparé à l'acte amoureux (le spectateur affronte l'altérité des comédiens) le cinéma est comparé au voyeurisme, et au viol. Et la lecture, à la masturbation : plaisir solitaire et caché. _ une définition de la perversité : en lisant ce qu'on connaît déjà, on agit dans le refus de la normalité. Barthes entend qu'il est étrange, paradoxal et peut-être anormal, de trouver son plaisir dans une lecture qui nie la découverte. Ce plaisir s'apparente à celui qu'éprouve l'enfant, dans le ressassement et la répétition des mêmes histoires.

« Barthes opère un rapprochement entre deux sujets : d'une part, le tragique et la tragédie : c'est le propre de la pièce tragique que de raconter une histoire dont on connaît la fin puisqu'elle s'appuie souvent sur un mythe connu (on a ainsi plusieurs Antigone, plusieurs Electre…).

D'autre part, la lecture, qui a priori est justement l'inverse de ce que suppose la tragédie : en effet une tragédie appartient au genre du théâtre et se regarde en communauté ; tandis que la lecture concerne tous les genres littéraires, s'opère dans la solitude et s'adresse à l'imagination. On se demandera quelle pertinence a ce rapprochement entre deux approches du texte éloignées, voire inverse. I La spécificité de l'omniscience tragique au théâtre _ le Ve siècle avant JC et le XVIIe siècle sont les grandes époques de la tragédie; les pièces sont écrites en s'appuyant sur des mythes connus de tous, dans leur déroulement et dans leur dénouement.

A tel point qu'au XVIIe, on ne va pas voir Phèdre pour connaître l'histoire mais plusieurs Phèdre, chaque metteur en scène ayant la sienne propre (tout comme aujourd'hui).

Eschyle, Sophocle et Euripide ont chacun écrit une Electre.

La pièce tragique a cette particularité : on connaît déjà l'histoire et la fin tragique, il n'y a donc pas l'importance (qu'on voit aujourd'hui dans le cinéma) du "suspens". _ elle a une fonction purgative : Aristote dans son Esthétique aborde la notion très connue et très débattue de "catharsis" : le spectateur voit se dérouler sur scène (dans le cas de la tragédie) des actions violentes, choquantes dans la vie réelle, voire insupportables (voir l'inceste d'Oedipe) qui éveillent en lui des pulsions refoulées.

Le théâtre tragique fournit un exutoire inoffensif à des pulsions que la société réprime.

Cet exutoire repose sur deux émotions : l'horreur et la pitié.

Et sur un principe : le spectateur connaît l'intrigue et la fin de la pièce.

C'est en effet cette omniscience qui lui permet de prendre du recul face à ce à quoi il assiste, et d'éprouver l'horreur (mouvement de rejet) et la pitié (mouvement d'adhésion). II La re-définition de cette omniscience par Barthes : le tragique appliqué à la lecture _ une définition de la lecture : elle est définie comme un rite privé où on agit pour son propre plaisir.

Barthes signale le lien intime qui existe entre le lecteur et sa lecture, comme s'il s'agissait d'un acte incompréhensible pour autrui.

La dimension de "plaisir pervers" qui se trouve dans cette lecture est cruellement soulignée, et rappelle l'assimilation que fait Pierre-Aimé Touchard dans Dionysos : il classifie les plaisirs spécifiques du théâtre, du cinéma et de la lecture en faisant une analogie avec les plaisirs sexuels.

Le théâtre est comparé à l'acte amoureux (le spectateur affronte l'altérité des comédiens) le cinéma est comparé au voyeurisme, et au viol.

Et la lecture, à la masturbation : plaisir solitaire et caché. _ une définition de la perversité : en lisant ce qu'on connaît déjà, on agit dans le refus de la normalité.

Barthes entend qu'il est étrange, paradoxal et peut-être anormal, de trouver son plaisir dans une lecture qui nie la découverte.

Ce plaisir s'apparente à celui qu'éprouve l'enfant, dans le ressassement et la répétition des mêmes histoires.

Ce ressassement a une utilité psychanalytique (analysée par Winnicott dans sa réflexion sur le jeu) : l'enfant, en entendant une histoire sur laquelle il a prise (puisqu'il la connaît déjà par coeur) apprend à maîtriser ses émotions, déclenchées de manière irraisonnée à la première écoute (la peur du loup dans Le petit Chaperon Rouge) puis progressivement dominées, jusqu'à n'être plus déclenchées que volontairement, de façon ludique (l'enfant fait semblant d'avoir peur).

Ici intervient le "plaisir" dont parle Barthes: on a plaisir à se faire peur quand on sait que "c'est pour rire". _ une re-définition du tragique : le « tragique » peut se séparer de la tragédie, et son atmosphère particulière, pour Barthes, provient de la connaissance qu'a le lecteur du dénouement.

Cette omniscience rappelle la fatalité du Destin , telle qu'elle est exprimée dans le prologue d' Antigone de Jean Giraudoux : la tragédie y est comparée à une machine bien huilée qui mène l'histoire à son terme sans que personne ne puisse s'y opposer. Touchard oppose les pratiques du spectateur de tragédie et du lecteur : le spectateur se confronte à l'altérité des acteurs, trouve un exutoire à ses pulsions de manière à les rendre inoffensives ; le lecteur jouit en solitaire de sa lecture et donne libre cours à son imaginaire.

Barthes innove en proposant la notion de « lecture tragique », qui joint ces deux figures.

D'une part il montre ainsi que la notion de « tragique » est séparable de la tragédie, et se résume en un trait principal (que la fin soit connue et acceptée) ; d'autre part il élargit les implications de la lecture en en montrant la dimension à la fois cathartique et perverse.. »

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