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Un poète du XXe siècle, Jean Cocteau, affirme : « Qu'est-ce qu'un poète ? C'est un homme qui change les règles du jeu. C'est un homme qui met les pieds dans le plat. » Vous expliquerez cette formule et vous vous demanderez, en vous fondant sur vos lectures, si elle permet de définir le rôle du poète et la nature de son activité créatrice.

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« Un poète du XXe siècle, Jean Cocteau, affirme : « Qu'est-ce qu'un poète ? C'est un homme qui change les règles du jeu.

C'est un homme qui met les pieds dans le plat.

» Vous expliquerez cette formule et vous vous demanderez, en vous fondant sur vos lectures, si elle permet de définir le rôle du poète et la nature de son activité créatrice. Comment définir la poésie ? Est-ce un langage codé, une sensibilité particulière, une attitude devant les « choses de la vie », est-elle limitée au langage ? Peut-on donner une définition intemporelle de la poésie ? Autant de questions qui montrent que les déclarations sur l'activité poétique peuvent être très nombreuses, témoin celle-ci de Jean Cocteau : « Qu'est-ce qu'un poète ? C'est un homme qui change les règles du jeu.

C'est un homme qui met les pieds dans le plat.

» Cette phrase, apparemment très proche de la boutade, a l'avantage de souligner l'aspect ludique de la poésie et surtout son anticonformisme, sa volonté de rompre avec la convention.

Mais laquelle, comment ? Nous essaierons de voir en quoi la poésie instaure un nouveau langage « qui change les règles du jeu » et propose une vision du monde, elle aussi anticonformiste, qui fait du poète un perturbateur, « un homme qui met les pieds dans le plat ». Le poète instaure de nouvelles règles pour le langage.

Celui-ci n'est plus un outil de communication qui doit servir à délivrer un message dont le contenu seul importe, mais le sujet même de son expression.

Cette importance extrême du langage apparaît dans la spécificité du langage poétique traditionnel, dans les audaces de la poésie moderne et dans l'extension des activités du poète qui peut s'exercer dans d'autres domaines artistiques. La poésie traditionnelle se définit par l'emploi d'un langage codé et conventionnel qui la différencie des autres genres littéraires.

L'utilisation de formes fixes, soit dans le poème, soit dans le mètre ; le vers, la rime, un vocabulaire choisi définissent les règles poétiques jusqu'au xviiie siècle environ.

Le poète est avant tout un versificateur, sans nuance péjorative.

Les règles, que Paul Valéry baptisera « gênes exquises » sont multiples : nombre de syllabes, alternance de rimes féminines et masculines, définition des genres fixes comme le sonnet, le rondeau, la ballade. Ce langage change radicalement les règles du jeu dans la mesure où s'instaure un langage à part, différent de l'outil habituel de communication. Les audaces des poètes modernes rapprochent conjointement le langage poétique du langage quotidien et augmentent la liberté, le jeu verbal.

La rime et le vers cèdent du terrain avec le vers libre, les assonances et les jeux sonores.

Les genres fixes s'effacent devant des formes difficiles à définir comme les versets de Claudel, de Saint-John Perse ou les poèmes en prose de Baudelaire ou de Ponge.

Le vocabulaire s'ouvre : vocabulaire de la grande ville chez Baudelaire, savant chez Saint-John Perse, langue encyclopédique, prosaïque chez Ponge, parfois vulgaire chez Prévert...

Le jeu apparaît dans le recours de plus en plus fréquent à l'image et particulièrement à la métaphore.

Le poète se fait découvreur d'images notamment à partir de Baudelaire et de Rimbaud.

Voleur de feu, découvreur d'étincelles, à la recherche de l'éclair magnétique dans Le Manifeste du surréalisme d'André Breton.

La poésie s'oriente de plus en plus vers l'image qui envahit le poème.

Les poètes surréalistes par exemple pensent que l'image doit rapprocher des terres et des éléments les plus éloignés possibles dans la réalité.

Dans ces circonstances, le poète est bien celui qui rompt la conventionalité de l'image et de la représentation de la réalité. Les textes les plus représentatifs de cette argumentation extrême sont ceux de Lautréamont par exemple, les trouvailles poétiques d'écriture automatique chère aux Surréalistes ou Les Illuminations de Rimbaud. Cette pratique systématique de l'image explique d'ailleurs que le poète s'adonne à d'autres activités que l'écriture elle-même.

Le poète moderne, et plus spécialement Cocteau, s'oriente vers le cinéma, la peinture, le dessin. Cocteau, par exemple, est poète, mais également dessinateur, céramiste, scénariste.

La poésie ne connaît plus de frontières ; le septième art, avec Cocteau (Orphée, Le Testament d'Orphée, La Belle et la Bête), Prévert (dont les poèmes sont chantés par les troubadours des Visiteurs du soir), s'ouvre à la poésie et aux poètes.

Parallèlement, des peintres comme Magritte ou Dali illustrent dans leurs compositions assemblant des objets hétéroclites la définition de l'image surréaliste.

Pensons par exemple aux montres molles de Dali, au personnage entouré d'une pluie de pommes vertes de Magritte ou au tableau représentant la Lune en plein jour. Ainsi, le poète en optant pour ce genre littéraire, ajoute au langage d'autres fonctions que celle de la stricte communication d'informations.

Le poète ne dit pas « il pleut » mais associe le phénomène à son cœur comme Verlaine : « Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville.

» ou Baudelaire qui en fait le miroir de son âme spleenétique : « ...

Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux.

» (Spleen.) La poésie moderne élargit ses audaces langagières, à partir du xixe siècle, époque à laquelle elle s'affranchit de la prosodie classique, adopte un vocabulaire plus vaste et jongle avec les images.

Le xixe siècle voit d'ailleurs se multiplier les poètes maudits, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, dont la difficile insertion révèle sur le plan social l'anticonformisme de leurs œuvres.

Liaisons hétéro ou homosexuelles, usage de la drogue, alcoolisme, censure gouvernementale; ces traits ne sont pas uniquement anecdotiques.

Us témoignent de cette « différence » essentielle du poète par rapport aux stéréotypes ambiants. Le poète est le maître d'un langage propre à son œuvre, à sa sensibilité, à son courant littéraire éventuellement, dont il est seul à définir les règles.

Cette maîtrise du langage est également liée à une vision toute personnelle du monde.

Là encore, par sa sensibilité exacerbée, par sa subjectivité et la démultiplication des visions qui en résulte, le poète « change les règles du jeu et met les pieds dans le plat ». Tout artiste peut se définir par une présence au monde exceptionnelle, une sensibilité particulière et une aptitude à la traduire par le langage.

Ces caractéristiques sont particulièrement nettes chez le poète.

Celui-ci peut s'attacher au plus banal, témoin le recueil de Francis Ponge, Le Parti pris des choses, où le poète entreprend la description des éléments les plus banals de notre existence : le pain, le mollusque, la pluie, l'eau, la crevette.

Revivifiés par un regard neuf, ces objets acquièrent une nouvelle présence.

Le pain devient un microcosme en formation, la mie un. »

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