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René GHIL (1862-1925) (Recueil : Légendes d'âmes et de sangs) - Les yeux de l'aïeule

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René GHIL (1862-1925) (Recueil : Légendes d'âmes et de sangs) - Les yeux de l'aïeule Vie, et ride des eaux, depuis que hors l'amère Navrure de ses Yeux son âme ne sourd plus, De ses Yeux inlassés la Vieille aux os de pierre Morne et roide regarde : et sa voix de prière Très aigre, égrène au soir les avés des élus. A mesure qu'elle a, - spleen des angles rigides - Sur elle plus uni ses deux mains aux longs os, Sans pardon, hors du gel de ses deux Yeux algides Tout a passé, par peur de leurs grands miroirs vides, - Hivers haut enlunés de lune sur les eaux !..... Ayant salon, les soirs, - rire et Thé dans la veille Tièdie, et, plumes, quand il neige dans les gels, - Aux Yeux de Tous l'adore, et, sur sa Tempe vieille Onde un peu ses poils gris, la molle Non-pareille Qui Mère-grand l'appelle, et plus doux que les miels : Mais haut assise, et roide, elle n'ouït pas, et, noire Sans une lueur d'or, ou, ris de mère-grand, Un remugle de rose, ainsi qu'une mémoire Très vieille, elle pourpense : et de ses Yeux sans gloire Gèle en les Yeux pleins d'heur lis ou rose d'amant. Vont alors une gêne et des peurs : et l'Aïeule Tranquille, sphinx amer aux deux grands Yeux mauvais, Sous la lumière règne, et non lasse et non veule : L'Aïeule qui les voit, et qui prie, âpre et seule, - Tout un murmure dur de lèvres et d'avès !.... Si, roide ainsi, sur Tous elle n'ouvre pas, - lunes Roides, - ses Yeux ! rêve a-t-elle que, leurs amours, Des mépris d'elle vont, et des rires, des Unes Aux Uns, pour sa vieillesse : et, pâleurs des lagunes Où des roseaux, elle ouvre ainsi ses deux Yeux gourds... Mais du dormir, adieux ! quand l'heure sonne - veille Tièdie ! - après avoir suivi le dernier dos, Vont, lors, dans les sommeils, les Yeux : et, lors, merveille Haut, parle en elle-même, en le gel d'air et d'eaux, La neige seule et pâle, à des plumes pareille..... Dans le suaire des draps, en le noir où respire Des ruines la girie et vont de vieux ahans, L'Aïeule mal sommeille : et, sans lampe, - sourire, Ô rides ! doux sur vous, - le Noir vivant empire, Marée ample des mers sous la pluie en suspens. Oh ! dormez sans soupirs, et que, doux, vous rerie Un vieux rêve, ô Vieillie et Passée ! et, - la, do, Sol, do, do, - de Tonka, glauque odeur de prairie, De géranium, d'orange, et de roses où prie La langueur des Yasmins, - qu'une Odeur plane haut Sur vos Yeux soleilleux d'un soleil doux et monde !..... Mais un rien - sur les eaux ride d'air large - sur Tout elle a long passé, pareil aux lueurs d'onde Molles à mourir : et, des reins, haut a du monde Des grands sommeils surgi l'Aïeule au regard dur. Mais, sur elle a passé, tout le long, large et grêle, De ses vieux os, un rien, ride d'air sur les eaux Tranquilles : et, l'Aïeule ayant l'idée en elle, Tressaille et ne voit qui de sa vieille mamelle Haut de même a pu rire, et de ses pauvres os !...

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