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René GHIL (1862-1925) (Recueil : Légendes d'âmes et de sangs) - Aux temps des dieux

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René GHIL (1862-1925) (Recueil : Légendes d'âmes et de sangs) - Aux temps des dieux Tout moderne, et voyant de nos modernes âmes, Des soirs vieux, malgré lui, hors du Vrai, sans paphos Où des déesses, il s'exile ! et, dans les gammes Des azurs et des ors, et le nu des paros, Mensonge et dieux il pleure, et Vous, ô pâles Ames ! Vagueuses Vierges, aux plis longs des longs peplos ! .... ...Alors, vieux de mille ans, haut azur sous l'azur, Vieux rameaux et gaulis ! viviez-vous grands et glauques, Temples ! et, solennels et larges dans l'air pur, Adorés de la Vierge, émoi de l'homme mûr, Alors, viviez-vous seuls, seuls aux zéphirs non rauques ! Lorsque montait vers vous la vierge aux Yeux d'avril, Sous le lin vierge avait des peurs sa peau sans hâle : Vous exhaliez, rameaux, un arôme viril, Tiède : et l'Impolluée au sexe puéril Avait de longs émois sous le long peplos pâle... Alors, vous glissiez-vous, déesses aux grands nus ! Glauques et pâles sous la glauqueur des ramées : A nos heures, de Nous, nous les nouveaux-venus, Vous avez peur, hélas ! et, vos seins ingénus, Nul ne les verra plus, ô pâles inhumées ! Or, des déesses quand ainsi le rêve grand, Voyait-on des Yeux d'or à des ardeurs soudaines Darder dans les glauqueurs et prendre un long élan D'animal suivi près : et le sauvage han Ahanait, d'égipans noirs et noueux de veines !... Alors, alliez-vous, vierge au peplos onduleux ! Quand vous passiez auprès des verdures rigides, Pleine d'émoi soudain : quand, magique et nerveux, Un arome non mis aux pieds des grands Aïeux Moire vos plis divins d'eaux molles et livides... Ainsi va-t-il aux Temps des dieux et du Mensonge, Montant aux Temples où haut s'azure à l'envi D'horizons, la verdure ! et Vous, pour que s'allonge Son long songe, sonnez en un rêve suivi, Ô pipeaux ! un doux rire épars dans le Mensonge De lèvre mi-surprise et de sein mi-ravi !

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