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Que pensez-vous de l'attitude exprimée en ces termes par Jean Cocteau: "l'engagement d'un écrivain ? Je suis neutraliste. j'hésite en face de l'engagement"

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Les formes de la vie moderne établissent une relation de plus en plus étroite entre chacun de nous et le milieu humain dans lequel il se trouve plongé. Les philosophes contemporains ont insisté sur cette « situation » de l'homme « engagé » dans la société. Pour réaliser pleinement sa liberté, chacun doit d'abord définir la nature de ses rapports avec le monde. Les artistes et les écrivains dont les oeuvres tendent à exprimer la sensibilité individuelle ne peuvent pas rester indifférents à cette nécessité. Quel sera leur comportement au milieu des conflits sociaux, politiques ou idéologiques qui agitent l'univers ? Certains ont décidé de prendre ouvertement parti. Jean Cocteau pour sa part se déclare « neutraliste » et « hésitant ». L'engagement fait sans doute courir à l'art de grands risques, mais les auteurs contemporains qui ont adopté cette attitude ont souvent ajouté à leur oeuvre une dimension nouvelle. Dans quelles conditions un écrivain peut-il s'engager ?

« INTRODUCTION Les formes de la vie moderne établissent une relation de plus en plus étroite entre chacun de nous et le milieu humain dans lequel il se trouve plongé.

Les philosophes contemporains ont insisté sur cette « situation » de l'homme « engagé » dans la société.

Pour réaliser pleinement sa liberté, chacun doit d'abord définir la nature de ses rapports avec le monde.

Les artistes et les écrivains dont les oeuvres tendent à exprimer la sensibilité individuelle ne peuvent pas rester indifférents à cette nécessité.

Quel sera leur comportement au milieu des conflits sociaux, politiques ou idéologiques qui agitent l'univers ? Certains ont décidé de prendre ouvertement parti.

Jean C octeau pour sa part se déclare « neutraliste » et « hésitant ».

L'engagement fait sans doute courir à l'art de grands risques, mais les auteurs contemporains qui ont adopté cette attitude ont souvent ajouté à leur oeuvre une dimension nouvelle. Dans quelles conditions un écrivain peut-il s'engager ? I.

LES RAISONS D'HÉSITER C eux qui refusent l'engagement allèguent en premier lieu que l'art est un idéal suffisant en soi.

Non seulement il dispense l'artiste de tout autre but, mais toutes les préoccupations qui se situent en dehors des exigences strictes de son métier constituent autant d'obstacles à l'épanouissement de son oeuvre.

C 'était déjà l'attitude de Mallarmé pour qui la littérature représentait le but, la fin même de la vie.

L'art, selon lui, était comme un beau diamant qui « nie le monde extérieur par la puissance même de sa foi ».

C ette conception se retrouve chez Paul Valéry ou chez André Gide qui accordent une place prépondérante aux exigences du style. A insi l'écrivain ne doit-il jamais placer son génie au service d'une collectivité quelconque.

Ce serait dissiper en pure perte une précieuse énergie, car l'art est essentiellement individuel.

Il consiste, pour Marcel Proust par exemple, en la recherche d'une éthique personnelle.

Son oeuvre lui permet de découvrir la signification profonde de son existence en dehors du temps réel de son âge adulte. L'art doit atteindre l'éternel Il semble bien en effet que l'art doive éviter les concessions à l'actualité.

Les chefs-d'oeuvre du passé sont grands dans la mesure où ils ont su dépasser longtemps le cadre historique de leur création et atteindre une réalité supérieure, celle des grands mythes symboliques qui forment la trame des tragédies grecques et de celles de Racine.

C'est sans doute aussi ce qui donne toute leur valeur à des oeuvres plus récentes comme Électre de Jean Giraudoux, Antigone d'Anouilh ou La machine infernale de Jean Cocteau. Les oeuvres qui se sont placées au service de l'actualité paraissent souvent bien fragiles en regard de ces dernières.

Le lyrisme d'A ragon ne s'élève jamais au-dessus de la prose lorsqu'il clame son attachement au Parti qu'il a choisi.

Les générations futures ne pourront sans doute pas comprendre la métaphore de- Jacques Prévert : « Le soleil rouge du prolétariat ».

Il semble donc bien que l'écrivain ait le plus grand intérêt, pour le prestige même de l'art, à demeurer toujours « au-dessus de la mêlée » selon l'opinion de Romain Rolland. II.

LES RAISONS DE S'ENGAGER La responsabilité sociale Mais l'écrivain qui bénéficie de par son génie d'une position privilégiée parmi les hommes ne doit-il pas se sentir responsable devant ses contemporains ? Déjà au siècle dernier, V ictor Hugo a défini la mission sociale du poète sans renoncer pour autant aux exigences du vrai lyrisme.

Romain Rolland lui-même ne prétend se situer hors du combat que pour mieux défendre sa conception de la civilisation moderne.

Les plus grands de nos écrivains ont cru devoir témoigner de leur attitude dans des circonstances précises : Malraux avec L'Espoir, Bernanos avec Les grands cimetières sous la lune ou A lbert C amus avec La Peste ont « engagé » leur talent littéraire.

Il est des circonstances où les productions de l'art pur paraissent dérisoires en face de la réalité et où le refus de s'engager, pour un artiste, constitue déjà un engagement. Les accents nouveaux Loin de pâtir de cette nécessité, les oeuvres y ont presque toujours trouvé des accents nouveaux qui leur confèrent une profonde résonance.

A ragon ne fait plus sourire lorsqu'il évoque dans Le Crève-coeur, publié en 1940, les premières douleurs de la guerre : « 0 mois des floraisons, mois des métamorphoses Mai qui fut sans nuages et Juin poignardé Je n'oublierai jamais les lilas ni les roses Ni ceux que le printemps dans ses plis a gardés.

» Les oeuvres du passé Les mêmes accents se retrouvent dans d'autres textes en apparence plus détachés de l'actualité.

Il n'est pas indifférent de savoir ce qui se passait dans le monde en 1935 pour saisir toute la densité de La guerre de Troie n'aura pas lieu.

L'attitude de l'Allemagne faisait alors naître une menace sur la paix de l'Europe et Giraudoux, qui souhaitait vivement l'amitié entre le peuple français et le peuple allemand, lançait une véritable mise en garde.

Que de grands chefs-d'oeuvre du passé ont ainsi nourri leurs premières forces d'un « engagement » authentique, qu'il s'agisse de la Divine Comédie, des Tragiques ou du Tartuffe ! III.

LES CONDITIONS DE L'ENGAGEMENT EN LITTÉRATURE L'engagement ne porte donc pas nécessairement préjudice à l'art, à condition toutefois que l'artiste sache se garder de certaines tentations.

Le mauvais populisme sacrifie la forme au fond et se laisse guider par des théories qui ne correspondent pas toujours à la réalité.

Les cloches de Bâle et Les Beaux Quartiers d'Aragon, tout comme Le voyage au bout de la nuit de C éline sont des fresques pleines de puissance qui témoignent d'une prise de position sincère en face de la société. Le style des oeuvres doit toujours refléter la personnalité profonde de l'écrivain.

Plus un écrivain « s'engage », plus il doit se méfier du conformisme et dé l'académisme.

Les échecs de l'esthétique du « réalisme socialiste » préconisée par les vainqueurs de la révolution russe de 1917 sont dus principalement à ces deux écueils.

L'essentiel est de trouver à l'intérieur même de l'engagement une source authentique où l'acte créateur puisera des émotions sans cesse renouvelées.

C'est pourquoi la « Résistance » a produit ce qui restera peut-être le meilleur d'Aragon, de Desnos, d'Eluard ou de V ercors, de même que la guerre de 1914 avait inspiré les poèmes d'A pollinaire, de Péguy ou le roman d'Henri Barbusse. L'objet de l'art est alors atteint : l'oeuvre témoigne de l'homme, de l'une des multiples façons dont il entre en possession du monde et de lui-même. L'écrivain retrouve sa mission véritable que nous pourrions formuler par ces mots que Paul Claudel appliquait à la poésie : « Recevoir l'être et restituer l'éternel.

» CONCLUSION Les hésitations de Jean Cocteau devant le problème de l'engagement traduisent sans doute les scrupules respectables d'un artiste soucieux de liberté et de pureté.

Mais une telle attitude impose peut-être des limites un peu trop étroites à l'écrivain.

Les oeuvres de Jean Cocteau nous donnent parfois l'impression de manquer un peu d' « épaisseur » malgré leur incontestable beauté poétique.

Le refus de l'engagement risque parfois de trahir l'art lui-même qui ne doit rien refuser de ce qui est humain.. »

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