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Pierre CORNEILLE (1606-1684), Rodogune , princesse des Parthes (1644) : Acte V, scène 1 : monologue de Cléopâtre

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Pierre CORNEILLE (1606-1684), Rodogune , princesse des Parthes (1644) : Acte V, scène 1 : monologue de Cléopâtre Acte V, scène 1 : Cléopâtre CLEOPATRE Enfin, grâces aux dieux, j'ai moins d'un ennemi : La mort de Séleucus m'a vengée à demi ; Son ombre, en attendant Rodogune et son frère, Peut déjà de ma part les promettre à son père ; Ils le suivront de près, et j'ai tout préparé Pour réunir bientôt ce que j'ai séparé. O toi, qui n'attends plus que la cérémonie Pour jeter à mes pieds ma rivale punie, Et par qui deux amants vont d'un seul coup du sort Recevoir l'hyménée, et le trône, et la mort, Poison, me sauras-tu rendre mon diadème ? Le fer m'a bien servie, en feras-tu de même ? Me seras-tu fidèle ? Et toi, que me veux-tu, Ridicule retour d'une sotte vertu, Tendresse dangereuse autant comme importune ? Je ne veux point pour fils l'époux de Rodogune, Et ne vois plus en lui les restes de mon sang S'il m'arrache du trône et la met en mon rang. Reste du sang ingrat d'un époux infidèle, Héritier d'une flamme envers moi criminelle, Aime mon ennemie et péris comme lui ! Pour la faire tomber j'abattrai son appui : Aussi bien, sous mes pas c'est creuser un abîme Que retenir ma main sur la moitié du crime, Et, te faisant mon roi, c'est trop me négliger Que te laisser sur moi père et frère à venger. Qui se venge à demi court lui-même à sa peine : Il faut ou condamner ou couronner sa haine. Dût le peuple, en fureur pour ses maîtres nouveaux, De mon sang odieux arroser leurs tombeaux, Dût le Parthe vengeur me trouver sans défense, Dût le ciel égaler le supplice à l'offense, Trône, à t'abandonner je ne puis consentir ! Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir, Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange : Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge ! J'en recevrai le coup d'un visage remis : Il est doux de périr après ses ennemis, Et, de quelque rigueur que le destin me traite, Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette.

« Pierre CORNEILLE (1606-1684), Rodogune , princesse des Parthes (1644) : Acte V, scène 1 : monologue de Cléopâtre Acte V, scène 1 : Cléopâtre CLEOPATRE Enfin, grâces aux dieux, j’ai moins d’un ennemi : La mort de Séleucus m’a vengée à demi ; Son ombre, en attendant Rodogune et son frère, Peut déjà de ma part les promettre à son père ; Ils le suivront de près, et j’ai tout préparé Pour réunir bientôt ce que j’ai séparé. O toi, qui n’attends plus que la cérémonie Pour jeter à mes pieds ma rivale punie, Et par qui deux amants vont d’un seul coup du sort Recevoir l’hyménée, et le trône, et la mort, Poison, me sauras-tu rendre mon diadème ? Le fer m’a bien servie, en feras-tu de même ? Me seras-tu fidèle ? Et toi, que me veux-tu, Ridicule retour d’une sotte vertu, Tendresse dangereuse autant comme importune ? Je ne veux point pour fils l’époux de Rodogune, Et ne vois plus en lui les restes de mon sang S’il m’arrache du trône et la met en mon rang. Reste du sang ingrat d’un époux infidèle, Héritier d’une flamme envers moi criminelle, Aime mon ennemie et péris comme lui ! Pour la faire tomber j’abattrai son appui : Aussi bien, sous mes pas c’est creuser un abîme Que retenir ma main sur la moitié du crime, Et, te faisant mon roi, c’est trop me négliger Que te laisser sur moi père et frère à venger. Qui se venge à demi court lui-même à sa peine : Il faut ou condamner ou couronner sa haine. Dût le peuple, en fureur pour ses maîtres nouveaux, De mon sang odieux arroser leurs tombeaux, Dût le Parthe vengeur me trouver sans défense, Dût le ciel égaler le supplice à l’offense, Trône, à t’abandonner je ne puis consentir ! Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir, Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange : Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge ! J’en recevrai le coup d’un visage remis : Il est doux de périr après ses ennemis, Et, de quelque rigueur que le destin me traite, Je perds moins à mourir qu’à vivre leur sujette. Introduction L'étude de quelques tragédies consacrées par une longue admiration a longtemps caché la variété et le nonconformisme du théâtre de CORNEILLE. Ce n'était pourtant pas le Cid ni Cinna que celui-ci préférait dans son oeuvre : c'était Rodogune, dont le dernier acte lui paraissait ce qu'il avait écrit de plus beau. Au seuil de ce cinquième acte reparaît le protagoniste de la tragédie, la farouche reine Cléopâtre. Après avoir tué son mari, Démétrius Nicanor, parce qu'il se proposait de la répudier et d'épouser Rodogune, la soeur du roi des Parthes, elle s'est aperçue que ses deux fils, Antiochus et Séleucus, sont amoureux de cette princesse. La reine a quitté la scène, à la fin de l'acte IV, en méditant le meurtre des deux jeunes gens. C'est pour donner le signal d'une extraordinaire course vers la mort que cette déconcertante héroïne cornélienne se dresse ainsi, sombre, auréolée d'une sorte d'éclat noir. I. La « course à la mort » 1. Surprise et menaces. Nous retrouvons le personnage inquiétant de la reine, qui avait quitté la scène à la fin de l'acte IV, avec des projets d'assassinat. Ce retour fait ressentir vivement la rapidité du temps écoulé et le caractère irréparable des événements qui ont pu se produire. »

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