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Le Romantisme

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Le mot " romantisme ", l'adjectif " romantique " ont, dans les diverses langues européennes, une longue et complexe histoire. Personne ne sait trop d'où est venu ce terme, appelé à une grande fortune et à une non moins grande déchéance. On l'a fait dériver de " roman ", au sens de fiction littéraire, mais aussi de l'adjectif " roman ", dans le sens où l'on parle des peuples " romans " (ou latins). Rien n'est certain, sinon qu'au XVIIIe siècle, le " romantisme " ou le " romanticisme " ne désignait guère autre chose qu'une ambiance, ou un paysage tel que l'aimèrent les lyriques anglais. Il ne portait alors ni faveur ni défaveur. On était loin de soupçonner qu'en un proche avenir les écrivains de toutes nations se livreraient en son nom des batailles acharnées. On se doutait moins encore qu'une fois passée l'époque tumultueuse, les bourgeois oisifs et les jeunes filles sentimentales décoreraient de ce titre leurs incertaines rêveries, les attendrissements des coeurs faciles, les " pianos qu'on entend dans les quartiers aisés ", et jusqu'aux modes du costume ou de l'ameublement. Puis ce fut la réaction, et " romantique " devint un qualificatif de mépris... Et pourtant, nous demeurons les héritiers de ces désordres et de ces découvertes. Nous portons le romantisme dans notre sang ; les normes de l'art et de la morale classiques, qu'il a détruites, ne revivront plus. Les terribles événements de notre histoire récente sont encore le même ébranlement qui fait de nous les dernières victimes, ou bien les ultimes bénéficiaires du romantisme. De là proviennent toutes les difficultés : comment définir un mouvement qui ne fut étranger à rien de ce qui est advenu depuis deux siècles ? Où trouver ce qu'il y a de commun entre Keats, Shelley, Byron, Novalis, Tieck, Arnim, Brentano, Hoffmann, Hölderlin, Kleist, Hugo, Lamartine, Musset, Vigny, Nerval, Balzac, Manzoni, Lermontov ? Qui aura raison, des Allemands, qui font de Goethe et de Schiller leurs classiques, ou de la critique française qui les annexe au romantisme ? En Italie, en Espagne, en Russie, dans la France de 1830, il ne s'agit guère que d'une révolution dans les formes de l'expression littéraire. L'Angleterre, première initiatrice, offre l'exemple d'un romantisme surtout lyrique, vivant dans des oeuvres spontanées, en l'absence de toute théorie cohérente. En Allemagne, au contraire, c'est une recherche concertée, où les philosophes ont autant de part que les poètes, et où les poètes eux-mêmes sont des philosophes. Et n'oublions ni la musique, ni la peinture, ni la naissance du socialisme et les révolutions romantiques.

« Le Romantisme Le mot " romantisme ", l'adjectif " romantique " ont, dans les diverses langues européennes, une longue et complexe histoire.

Personne ne sait trop d'où est venu ce terme, appelé à une grande fortune et à une non moins grande déchéance.

On l'a fait dériver de " roman ", au sens de fiction littéraire, mais aussi de l'adjectif " roman ", dans le sens où l'on parle des peuples " romans " (ou latins).

Rien n'est certain, sinon qu'au XVIIIe siècle, le " romantisme " ou le " romanticisme " ne désignait guère autre chose qu'une ambiance, ou un paysage tel que l'aimèrent les lyriques anglais.

Il ne portait alors ni faveur ni défaveur.

On était loin de soupçonner qu'en un proche avenir les écrivains de toutes nations se livreraient en son nom des batailles acharnées.

On se doutait moins encore qu'une fois passée l'époque tumultueuse, les bourgeois oisifs et les jeunes filles sentimentales décoreraient de ce titre leurs incertaines rêveries, les attendrissements des coeurs faciles, les " pianos qu'on entend dans les quartiers aisés ", et jusqu'aux modes du costume ou de l'ameublement.

Puis ce fut la réaction, et " romantique " devint un qualificatif de mépris... Et pourtant, nous demeurons les héritiers de ces désordres et de ces découvertes.

Nous portons le romantisme dans notre sang ; les normes de l'art et de la morale classiques, qu'il a détruites, ne revivront plus.

Les terribles événements de notre histoire récente sont encore le même ébranlement qui fait de nous les dernières victimes, ou bien les ultimes bénéficiaires du romantisme.

De là proviennent toutes les difficultés : comment définir un mouvement qui ne fut étranger à rien de ce qui est advenu depuis deux siècles ? Où trouver ce qu'il y a de commun entre Keats, Shelley, Byron, Novalis, Tieck, Arnim, Brentano, Hoffmann, Hölderlin, Kleist, Hugo, Lamartine, Musset, Vigny, Nerval, Balzac, Manzoni, Lermontov ? Qui aura raison, des Allemands, qui font de Goethe et de Schiller leurs classiques, ou de la critique française qui les annexe au romantisme ? En Italie, en Espagne, en Russie, dans la France de 1830, il ne s'agit guère que d'une révolution dans les formes de l'expression littéraire.

L'Angleterre, première initiatrice, offre l'exemple d'un romantisme surtout lyrique, vivant dans des oeuvres spontanées, en l'absence de toute théorie cohérente.

En Allemagne, au contraire, c'est une recherche concertée, où les philosophes ont autant de part que les poètes, et où les poètes eux-mêmes sont des philosophes.

Et n'oublions ni la musique, ni la peinture, ni la naissance du socialisme et les révolutions romantiques. S'il fallait désigner un romantique type, et tenter de circonscrire d'après lui l'expérience idéale du romantisme, j'élirais sans hésiter Novalis.

Sa vie à elle seule est une légende exemplaire, celle de l'adolescent fragile, marqué pour une mort précoce, attentif dès ici-bas à tous les signes par lesquels le monde invisible nous avertit de son existence mêlée à la notre.

Le rêveur, chez lui, se double d'un tempérament nullement efféminé, très viril au contraire, et qui se jeta à l'acquisition des connaissances comme à une merveilleuse conquête.

La volonté et la conscience lucide ont, dans son aventure, autant de part que le rêve et l'imagination.

Très tôt, il prend la détermination de tout transformer en religion : l'amour, la mort, les plaisirs, les sciences.

Une même magie souveraine efface les limites entre les diverses activités humaines, dans une universelle communication et selon les lois de l'inépuisable analogie, qu'il se propose de déchiffrer pour s'arroger le pouvoir de restaurer la création dans son harmonie primitive, antérieure à la chute originelle et à la séparation.

Le chemin mystérieux va vers l'intérieur.

C'est en nous, sinon nulle part, qu'est l'éternité avec ses mondes, le passé, l'avenir...

La poésie est le réel absolu.

Telles sont les formules majeures, telles les ambitions : il s'agit de retrouver le paradis perdu, et de le retrouver par le moyen de la parole poétique, devenue souveraine.

Le romantisme se reconnaît d'abord au rapport singulier qu'il établit entre l'oeuvre écrite et le destin de son auteur ou le destin commun de toute l'espèce : l'oeuvre est instrument de salut, instrument de Rédemption.

Cette démarche est prométhéenne, peut-être luciférienne : Satan sera l'un des modèles du poète nouveau, du " poète maudit ". Avant et après Novalis, le romantisme allemand est rupture avec le passé immédiat avec le rationalisme, l'Encyclopédie et retour à un passé plus ancien : la Renaissance italienne et germanique, de Giordano Bruno à Paracelse ou à Jakob Boehme, si ce n'est même aux présocratiques grecs.

Le lyrisme heureux d'un Jean-Paul transforme spontanément la terre en un paradis, mais Arnim invente des féeries plus calculées, construisant des mondes arbitraires et cruels avec tout l'artifice d'un minutieux ordonnateur du langage.

Un soir, il pousse ce cri : Encore une journée passée dans la solitude de la poésie, qui annonce de loin le Je ne suis pas d'ici, de Rimbaud, et tant d'autres aveux plus récents.

Trois Titans couronnent le romantisme allemand : Kleist le brutal, qui s'évade, brisé, dans le suicide ; Hoffmann, familier des fantômes et des cauchemars ; Hölderlin, qui reste sans doute le plus grand inventeur du verbe qu'ait connu aucune littérature et qui, sacrifiant ce don prestigieux, s'enfermera quarante ans dans le mutisme d'une folie cérémonieuse. Aventuriers de la pensée, courant le risque de toutes les catastrophes personnelles, ayant laissé le mythe de leurs vies tragiques plutôt qu'aucune oeuvre vraiment accomplie, les romantiques d'Allemagne s'apparentent aux poètes français post-baudelairiens, bien plus qu'aux grands hommes de 1830.

Jaugés à cette aune, Lamartine, Musset et Vigny appartiennent encore au type ancien de l'écrivain.

Seul Hugo rejoindra les explorateurs germaniques au bord des abîmes, mais il ne s'en approchera que dans la seconde moitié de sa vie, lorsqu'il enfantera ses grands mythes, destinés selon lui à constituer la Bible d'une religion nouvelle, instauratrice de la paix universelle. La France, pourtant, peut revendiquer au moins deux autres grands romantiques : Balzac et Gérard de Nerval.

Le visionnaire de la Comédie Humaine, nourri d'occultisme, habité d'ambitions prométhéennes, ne se promettait pas moins que de remonter la pente de l'incarnation : comme son héros, Louis Lambert, il annonçait qu'un jour, grâce à l'opération du génie, " la chair se ferait Verbe ", la nature se métamorphoserait en esprit pur.

Plus modeste de ton, Nerval poursuivit un songe semblable et, envahi par les images de sa démence, voulut les maîtriser, changer son destin au lieu de le subir, attester que tout est vrai, " dans ce monde ou dans l'autre ", de ce que crée l'imagination.. »

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