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Le roman moderne, écrit André MALRAUX, est à mes yeux un moyen d'expression privilégié du tragique de l'homme, non une élucidation de l'individu. Commentez cette définition et montrez qu'elle convient exactement à la Condition humaine.

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Le roman est un genre littéraire capable de toutes les métamorphoses. Ce « Protée » avait déjà pris bien des formes différentes (roman de chevalerie, roman picaresque, roman précieux, etc.) quand Mme DE LA FAYETTE publia le premier chef-d'œuvre du roman d'analyse, la Princesse de Clèves. Une éclatante lignée de romanciers allait s'illustrer dans cette voie : MARIVAUX, LACLOS, CONSTANT, BALZAC, STENDHAL, FROMENTIN, etc. Tant de richesse explique que dès la fin du XIXe siècle ait commencé une « crise » : les grandes passions humaines avaient été si minutieusement « vendangées » qu'on ne voyait plus guère quoi grappiller. On comprend donc qu'A. MALRAUX, spectateur des soubresauts du XXe siècle, ait pu écrire : Le roman moderne est à mes yeux un moyen d'expression privilégié du tragique de l'homme, non une élucidation de l'individu. Un tel jugement est de grande portée et il impressionne d'autant plus que cette conception a produit, entre autres réussites, la Condition humaine, le plus beau, semble-t-il, des romans de MALRAUX.

« Le roman moderne, écrit André MALRAUX, est à mes yeux un moyen d\'expression privilégié du tragique de l\'homme, non une élucidation de l\'individu.

Commentez cette définition et montrez qu\'elle convient exactement à la Condition humaine. Comprendre Malraux Comme la plupart des affirmations de ce genre, celle-ci gagne à être illustrée.

A qui s'attaque l'écrivain ? Il a évidemment des noms sur les lèvres : quels sont les romanciers qui se sont donné pour tâche l'élucidation de l'individu, sinon les auteurs de romans d'analyse ? Ce type de roman étudie au microscope les sentiments des personnages, leurs passions.

Il est dans la tradition de MONTAIGNE ou de LA BRUYÈRE.

On pense à la Princesse de Clèves, aux Liaisons dangereuses, à Adolphe, à Dominique.

STENDHAL et BALZAC eux-mêmes ne seraient-ils pas rattachés à ce groupe ? MALRAUX pouvait avoir en tête aussi des contemporains : RADIGUET, GIDE, etc.

Ce dernier surtout pouvait constituer une cible de choix.

« Le roman moderne » ne doit plus s'attarder à ces minutieuses descriptions d'un avare (Eugénie Grandet), d'un jaloux (Zaïde, de Mm e DE LA FAYETTE), d'un amoureux (Dominique), d'un Gide, etc.

Pourquoi? Sans doute pour deux raisons : a) Les grandes passions ont été terriblement vendangées, comme l'avait dit HUYSMANS dès 1884 (préface d'A rebours).

Après STENDHAL et BALZAC, il ne resterait plus qu'un misérable grappillage.

Notons que, pourtant, des romanciers continueront à se tenir dans le sillage de BALZAC; ils s'efforceront de circonscrire dans le champ des sentiments humains quelques lopins à peu près en friche (François MAURIAC, Genitrix, la Pharisienne, etc.; Julien GREEN, Adrienne Mesurat...). b) L'époque n'est plus à de telles descriptions.

Quand le monde subit une inquiétante mutation, quand des millions d'hommes meurent, quand les religions et les valeurs sont battues en brèche, quand l'humanité se retrouve seule dans sa nuit, va-t-on détailler pendant trois cents pages les accès de jalousie et autres jeux de deux petits jeunes gens qui s'en vont pleurer sous les saules? Dérisoire! semble dire MALRAUX.

Dans notre civilisation sans transcendance, tout homme maintenant est seul et attend la mort.

Sûr d'être vaincu, il est en pleine tragédie.

Voilà ce que l'artiste d'aujourd'hui doit exprimer.

Solitude! Peur! Mort! Que faire de cette vie? MALRAUX annonce ici le théâtre d'Ionesco et de BECKETT. Lecture : S.

BECKETT, En attendant Godot. Roman ou tragédie? Une objection se présente à l'esprit : le tragique fut longtemps célébré dans un genre particulier, la tragédie. Pourquoi MALRAUX, qui le sait bien, choisit-il le roman? Parce que la tragédie a pu paraître jusqu'à ces dernières années un genre défunt.

Avant IoNEsco et BECKETT, le théâtre semblait, depuis un demi-siècle, devenu incapable d'exprimer la pure tragédie de l'homme.

Songeons d'ailleurs que la tragédie n'a connu que de brèves floraisons localisées : Introduction Le roman est un genre littéraire capable de toutes les métamorphoses.

Ce « Protée » avait déjà pris bien des formes différentes (roman de chevalerie, roman picaresque, roman précieux, etc.) quand Mme DE LA FAYETTE publia le premier chef-d'œuvre du roman d'analyse, la Princesse de Clèves.

Une éclatante lignée de romanciers allait s'illustrer dans cette voie : MARIVAUX, LACLOS, CONSTANT, BALZAC, STENDHAL, FROMENTIN, etc.

Tant de richesse explique que dès la fin du XIXe siècle ait commencé une « crise » : les grandes passions humaines avaient été si minutieusement « vendangées » qu'on ne voyait plus guère quoi grappiller.

On comprend donc qu'A.

MALRAUX, spectateur des soubresauts du XXe siècle, ait pu écrire : Le roman moderne est à mes yeux un moyen d'expression privilégié du tragique de l'homme, non une élucidation de l'individu. Un tel jugement est de grande portée et il impressionne d'autant plus que cette conception a produit, entre autres réussites, la Condition humaine, le plus beau, semble-t-il, des romans de MALRAUX. I.

Portée générale de l'affirmation Refus de l'élucidation de l'individu. Rejet de l'analyse minutieuse des passions (littérature mondaine, du xvIIe à Stendhal, etc.). Refus du roman-journal intime : Adolphe... Malraux porte un jugement d'ensemble : il n'ignore évidemment pas qu'il existe dans certains de ces romans des échappées tragiques : ainsi la Princesse de Clèves illustre la question de l'Hamlet de SHAKESPEARE : Pourquoi l'amour non payé de retour? et le prince est une admirable figure tragique. Le roman, moyen privilégié d'expression du tragique.. »

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