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LE LION, LE LOUP ET LE RENARD - LA FONTAINE in Fables

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LE LION, LE LOUP ET LE RENARD - LA FONTAINE Un Lion décrépit, goutteux, n'en pouvant plus, Voulait que l'on trouvât remède à la vieillesse : Alléguer l'impossible aux Rois, c'est un abus.(1) Celui-ci parmi chaque espèce Manda des Médecins ; il en est de tous arts : (2) Médecins au Lion viennent de toutes parts ; De tous côtés lui vient des donneurs de recettes. Dans les visites qui sont faites, Le Renard se dispense, et se tient clos et coi. (3) Le Loup en fait sa cour, daube (4) au coucher du Roi Son camarade absent ; le Prince tout à l'heure Veut qu'on aille enfumer Renard dans sa demeure, Qu'on le fasse venir. Il vient, est présenté ; Et, sachant que le Loup lui faisait cette affaire : Je crains, Sire, dit-il, qu'un rapport peu sincère, Ne m'ait à mépris (5) imputé D'avoir différé cet hommage ; Mais j'étais en pèlerinage ; Et m'acquittais d'un voeu fait pour votre santé. Même j'ai vu dans mon voyage Gens experts et savants ; leur ai dit la langueur Dont votre Majesté craint à bon droit la suite. Vous ne manquez que de chaleur : Le long âge en vous l'a détruite : D'un Loup écorché vif appliquez-vous la peau Toute chaude et toute fumante ; Le secret sans doute en est beau Pour la nature défaillante. Messire Loup vous servira, S'il vous plaît, de robe de chambre. Le Roi goûte cet avis-là : On écorche, on taille, on démembre Messire Loup. Le Monarque en soupa, Et de sa peau s'enveloppa ; Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire : Faites si vous pouvez votre cour sans vous nuire. Le mal se rend chez vous au quadruple du bien. Les daubeurs ont leur tour d'une ou d'autre manière : Vous êtes dans une carrière Où l'on ne se pardonne rien.

« Introduction La fable ne se réduit pus chez La Fontaine à la sécheresse de l'apologue, où tout est subordonné à la démonstration d'une vérité morale, le plus souvent il s'efface derrière ses personnages et se contente de les faire vivre devant nous dans la complexité de leur caractère. I.

Le lion : un monarque autoritaire et intransigeant Le principal intérêt de cette fable réside sans doute dans les personnages que La Fontaine campe avec un étonnant relief.

Les deux premiers vers suffisent à tracer dans ses traits essentiels la personnalité du lion.

Sa déchéance physique s'étale dans le premier vers, exprimée vigoureusement par cette cascade de trois qualificatifs mais plus encore par le rythme brisé, pénible, hall tant que renforce encore la présence multipliée des consonnes sourdes (« Un lion décrépit, goutteux, n'en pouvant plus...

») L'aspect moral est puissamment suggéré dans le second vers.

Le temps d'arrêt du rythme détache le premier mot : « voulait ».

Chez cet être débile est restée intacte une passion de l'autorité qui va jusqu'à l'entêtement imbécile.

Ce qu'il réclame est contraire à la logique profonde de la nature.

On peut demander un remède pour la guérison d'une maladie, non pour la vieillesse qui est un stade inéluctable de l'évolution de la vie (« Voulait/que l'on trouvât remède à la vieillesse »). 2.

Le renard : un diplomate adroit et retors Plus longuement et plus complaisamment le caractère du renard s'exprime à travers sa harangue.

Diplomate adroit et retors il sait à merveille, pour se tirer d'un mauvais pas, approprier les divers temps de sa plaidoirie aux dispositions changeantes de son souverain irascible et naïf.

Au début, sentant le danger qui le menace, il s'attache avant tout à éviter toute affirmation trop catégorique, toute attaque trop directe.

Il présente comme un soupçon ce qui est pour lui une certitude; il attribue la source de ses ennuis non à un individu mais à un document anonyme : « Et, sachant que le loup lui faisait cette affaire : Je crains, Sire, dit-il, qu'un rapport peu sincère...

» Sans y appuyer, il suggère qu'il n'avait pas l'intention de se dispenser de la démarche, qu'il l'avait seulement « différée ».

Et la raison qu'il donne de son retard, sur un ton pudique et chuchoté, témoigne de plus de dévouement que ne l'aurait fait sa ponctualité.

Il était « en pèlerinage » et s'acquittait « d'un vœu fait pour la santé du roi ». Par son adresse, il a réussi à se faire écouter du lion.

Changeant de ton, il va maintenant s'improviser médecin et prendre de l'ascendant sur son malade.

Immédiatement il le subjugue en lui parlant de la gravité de son état, en des termes lourds de sous-entendus (« dont votre Majesté craint à bon droit la suite »).

Puis, pour le mettre en confiance, il lui donne de son mal une explication plausible, en pesant ses mots pour ne pas choquer la susceptibilité de son interlocuteur.

C'est « le long âge » — il ne dit pas la vieillesse — qu'il faut incriminer.

Et sur-le-champ il fabrique une ordonnance en harmonie avec le mal qu'il faut combattre.

Indication du médicament, posologie — rien n'y manque — avec bien entendu les termes de l'art; il s'agit d'une « application » : « D'un loup écorché vif, appliquez-vous la peau Toute chaude et toute fumante.

» Au reste, dans le détail de l'ordonnance s'exprime un autre trait de caractère du renard : c'est un être vindicatif qui savoure avec une perfidie insolente le plaisir de la vengeance.

Sans doute est-ce « un loup », n'importe lequel qui servira de remède, mais il y en a un sur place.

Alors à quoi bon chercher plus loin? Par avance il savoure le spectacle du supplice de son ennemi.

Sa joie cruelle fuse dans la finale sifflante du premier hémistiche : « D'un loup écorché vif...

», dans la complaisance de la répétition du mot « toute » : « Toute chaude et toute fumante, » enfin dans la plaisanterie narquoise, d'autant plus féroce qu'elle est empruntée à un domaine plus bourgeoisement familier, sur laquelle il termine sa harangue : « Messire loup vous servira, S'il vous plaît, de robe de chambre ». Conclusion La peinture des personnages est donc riche et vivante.

A travers leur comportement et leurs propos ils nous révèlent leurs sentiments et leur caractère.

En rompant avec la conception traditionnelle de la fable où les personnages sans complexité et sans relief ne servaient qu'à l'illustration d'une vérité morale, La Fontaine affirme sa vigoureuse originalité.. »

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