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Le baiser de Roxane (Rostand, Cyrano de Bergerac, 1897, Acte III, scène 10)

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CYRANO - Baiser. Le mot est doux ! Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l'ose ; S'il la brûle déjà, que sera-ce la chose ? [...] ROXANE - Taisez-vous ! CYRANO - Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce ? Un serment fait d'un peu plus près, une promesse Plus précise, un aveu qui veut se confirmer, Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer ; C'est un secret qui prend la bouche pour oreille, Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille, Une communion ayant un goût de fleur, Une façon d'un peu se respirer le coeur, Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme ! ROXANE -- Taisez-vous ! CYRANO - Un baiser, c'est si noble, madame, Que la reine de France, au plus heureux des lords, En a laissé prendre un, la reine même ! ROXANE --- Alors ! CYRANO, s'exaltant. - J'eus comme Buckingham des souffrances muettes, J'adore comme lui la reine que vous êtes, Comme lui je suis triste et fidèle... ROXANE - Et tu es... Beau comme lui ! CYRANO, à part, dégrisé. - C'est vrai, je suis beau, j'oubliais ! ROXANE - Eh bien ! montez cueillir cette fleur sans pareille... CYRANO .. poussant Christian vers le balcon -- Monte ROXANE -- Ce goût de coeur... CYRANO - Monte ! ROXANE - Ce bruit d'abeille... CYRANO - Monte ! CHRISTIAN, hésitant - Mais il me semble, à présent, que c'est mal ! ROXANE - Cet instant d'infini !... CYRANO - Monte donc, animal ! Christian s'élance, et par le banc, le feuillage, les piliers, atteint les balustres qu'il enjambe. CHRISTIAN - Ah ! Roxane ! Il l'enlace et se penche sur ses lèvres. CYRANO - Aïe ! au coeur, quel pincement bizarre ! Baiser, festin d'amour, dont je suis le Lazare !

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