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Émile VERHAEREN (1855-1916) (Recueil : Les villes tentaculaires) - Une statue (4)

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Émile VERHAEREN (1855-1916) (Recueil : Les villes tentaculaires) - Une statue (4) Un bloc de marbre où son nom luit sur une plaque. Ventre riche, mâchoire ardente et menton lourd ; Haine et terreur murant son gros front lourd Et poing taillé pour fendre en deux toutes attaques. Le carrefour, solennisé de palais froids, D'où ses regards têtus et violents encore Scrutent quels feux d'éveil bougent dans telle aurore, Comme sa volonté, se carre en angles droits. Il fut celui de l'heure et des hasards bizarres, Mais textuel, sitôt qu'il tint la force en main Et qu'il put étouffer dans hier le lendemain Déjà sonore et plein de terribles fanfares. Sa colère fit loi durant ces jours vantés, Où toutes voix montaient vers ses panégyriques, Où son rêve d'Etat strict et géométrique Tranquillisait l'aboi plaintif des lâchetés. Il se sentait la force étroite et qui déprime, Tantôt sournois, tantôt cruel et contempteur, Et quand il se dressait de toute sa hauteur Il n'arrivait jamais qu'à la hauteur d'un crime. Planté devant la vie, il l'obstrua, depuis Qu'il s'imposa sauveur des rois et de lui-même Et qu'il utilisa la peur et l'affre blême En des complots fictifs qu'il étranglait, la nuit. Si bien qu'il apparaît sur la place publique Féroce et rancunier, autoritaire et fort, Et défendant encor, d'un geste hyperbolique, Son piédestal massif comme son coffre-fort.

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