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Commentez et discutez cette analyse du genre autobiographique : « L'autobiographie, qui est à la fois témoignage, plaidoyer, justification et réquisitoire, s'inscrit par là dans le judiciaire, auquel elle emprunte sa mise en scène, ses rôles et les modalités de son énonciation. Le judiciaire et le théâtral ont partie liée ici, tant le théâtre est le lieu privilégié du procès, comme dans la tragédie grecque, tant le tribunal ressemble à un théâtre. » (G. Mathieu-Castellani, La Scène jud

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_La littérature est un espace dans lequel fiction et réel perdent leur différence ontologique. Le cas original des Lettres portugaises dénonce la porosité des éléments fictionnels et réels dont une autobiographie se compose : tandis que la critique littéraire portugaise présente l'oeuvre comme une suite de lettres d'amour écrites par une religieuse, ces mêmes lettres sont considérées en France comme imaginées par leur prétendu découvreur et traducteur qui est Guilleragues. En ce sens, autobiographie et théâtre partagent un même rapport au réel, puisque le mensonge n'y est jamais qu'un procédé de raccourci qui permette de dire le vrai.   III, Fonction juridique, fonction théâtrale   _Le caractère essentiellement moderne de l'autobiographie peut faire oublier le sens primordial d'un tel pacte de lecture, dont la fonction n'est pas tant stratégique (réhabiliter ou défendre la vie de l'auteur), mais qui doit avant tout être considérée comme un acte rituel. Ainsi l'autobiographie naît proprement dans l'oeuvre de Saint Augustin, qui en fait le moyen de s'entretenir avec le divin. L'origine de l'autobiographie, historique mais aussi dans son intentionnelle, est un rite au cours duquel l'auteur se met en règle avec les puissances supérieures, ainsi qu'avec le monde social envers lequel il se reconnaît innocent ou coupable. _L'autobiographie peut-elle, comme l'affirme Mathieu-Castellani, manifester une correspondance entre le rituel juridique et le théâtre ?  Poser un tel principe suppose une relation entre la manifestation du vrai et celle du juste. En effet, le déroulement d'un procès ne consiste pas à déterminer dans quel mesure l'accusé mérite châtiment (la lourdeur des peines dépend du législateur, et non du juge). Le but d'un procès, comme celui d'une représentation théâtrale, d'établir la vérité des faits, et en particulier le degré de responsabilité de l'accusé ou du héros dans le déroulement du délit ou de l'intrigue.

« I, L'Autobiographie comme acte judiciaire _L'autobiographie est investie d'une fonction narrative originale : elle est étymologiquement « écriture de sa propre vie », narration de soi.

L'intérêt le plus évident qu'il puisse y avoir à publier le récit de son existence est de la faire connaître, ou bien si l'auteur est déjà célèbre, de l'éclairer sous un jour nouveau, mais en tout cas d'en faire reconnaître une valeur jusqu'alors passée sous silence.

Ainsi, Pierre Abélard rédige L'Histoire de mes malheurs pour réhabiliter sa conduite et son oeuvre, face au clergé et à l'Inquisition qui les ont condamnées.

Prise dans son contenu, l'autobiographie est fondamentalement menée par une visée « apologétique ». _Dans son essai, Mathieu-Castellani relève non seulement cette finalité générale du genre autobiographique, mais établit encore une correspondance entre fonctions narratives et fonctions juridiques.

En effet, Rousseau écrit ses Confessions, premier texte autobiographique moderne, en attribuant explicitement au lecteur la fonction de juré, et en présentant les adjuvants et opposants de son existence romancée comme des témoins, avocats et parties civiles, sans que ces fonctions ne soient obligatoirement fixes (Voltaire apparaît ainsi successivement comme adjuvant, puis comme opposant au narrateur). _La preuve la plus indiscutable de la fonction judiciaire de l'autobiographie est sans doute le mensonge des auteurs.

Les confessions en proposent un exemple célèbre : après une introduction dans laquelle le narrateur assure la pleine sincérité de ses dires, les premières lignes du texte falsifient l'ascendance de Rousseau, et lui réinventent de nouveaux parents.

De cette manière, l'autobiographie reproduit la fonction juridique jusque dans la possibilité qu'elle laisse à l'accusé de transgresser les règles qu'elle lui impose. II, L'autobiographie comme mise en scène _Quelle que soit la véhémence avec laquelle l'auteur affirme sa bonne foi, le « vrai » n'est tout au plus qu'un prétexte littéraire.

Que l'autobiographie apporte des éléments fictifs ou non, sa finalité n'est pas d'apporter au lecteur une connaissance de ce qu'elle retrace, mais une sensibilité particulière, une qualité de regard.

Ainsi, les Mémoires de SaintSimon décrivent avec méticulosité la fin du règne de Louis XIV, mais quiconque lit ces chroniques n'en retire que des éléments historiques futiles, détails minuscules de la vie de Cour.

En revanche, l'écriture de Saint Simon laisse une impression de chant funèbre, et annonce l'échec du mode de vie de l'aristocratie française du XVIIe siècle. _Comment comprendre le principe de « théâtralité », appliqué à une narration autobiographique ? Autobiographie et représentation théâtrale peuvent trouver un point de rencontre dans le concept de « mise en scène ».

Peu différente en cela du roman, l'écriture autobiographique manipule les événements véritables pour en faire des compositions plastiques, et organisées comme telles dans l'espace textuel.

La Recherche du temps perdu de Proust apparaît de cette manière comme un double travail de narration et de construction architecturale des éléments romanesques tirés du vécu de l'auteur.

Si le caractère « judiciaire » de l'écriture proustienne n'est pas explicite, son style lie entre eux les événements biographique, les reconstruit pour en faire des objets de représentation. _La littérature est un espace dans lequel fiction et réel perdent leur différence ontologique.

Le cas original des Lettres portugaises dénonce la porosité des éléments fictionnels et réels dont une autobiographie se compose : tandis que la critique littéraire portugaise présente l'œuvre comme une suite de lettres d'amour écrites par une religieuse, ces mêmes lettres sont considérées en France comme imaginées par leur prétendu découvreur et traducteur qui est Guilleragues.

En ce sens, autobiographie et théâtre partagent un même rapport au réel, puisque le mensonge n'y est jamais qu'un procédé de raccourci qui permette de dire le vrai. III, Fonction juridique, fonction théâtrale _Le caractère essentiellement moderne de l'autobiographie peut faire oublier le sens primordial d'un tel pacte de lecture, dont la fonction n'est pas tant stratégique (réhabiliter ou défendre la vie de l'auteur), mais qui doit avant tout être considérée comme un acte rituel.

Ainsi l'autobiographie naît proprement dans l'œuvre de Saint Augustin, qui en fait le moyen de s'entretenir avec le divin.

L'origine de l'autobiographie, historique mais aussi dans son intentionnelle, est un rite au cours duquel l'auteur se met en règle avec les puissances supérieures, ainsi qu'avec le monde social envers lequel il se reconnaît innocent ou coupable. _L'autobiographie peut-elle, comme l'affirme Mathieu-Castellani, manifester une correspondance entre le rituel juridique et le théâtre ? Poser un tel principe suppose une relation entre la manifestation du vrai et celle du juste.

En effet, le déroulement d'un procès ne consiste pas à déterminer dans quel mesure l'accusé mérite châtiment (la lourdeur des peines dépend du législateur, et non du juge).

Le but d'un procès, comme celui d'une représentation théâtrale, d'établir la vérité des faits, et en particulier le degré de responsabilité de l'accusé ou du héros dans le déroulement du délit ou de l'intrigue. Le théâtre antique (l'Oedipe roi de Sophocle) ou moderne (Roberto Zucco de Koltès) apparaissent rarement comme autre chose qu'une manifestation et un traitement de la faute. _Non seulement l'œuvre de Céline se construit comme une répétition du fait vécu à partir duquel le lecteur puisse déterminer la responsabilité ou l'innocence de l'autobiographe, mais la deuxième partie de son oeuvre (commençant par D'un château l'autre) réalise le cas le plus extrême de la valeur juridique de l'autobiographie : celle où la faute elle-même (particulièrement manifeste dans ce cas-ci, puisque Céline s'est rendu coupable de collaboration et d'antisémitisme) se fait objet littéraire.

Chez Céline, le style, c'est-à-dire la mise en scène littéraire des données réelles justifie en soi-même l'acte vécu. Conclusion La fonction judiciaire apparaît comme un instrument essentiel de la compréhension du genre autobiographique, mais le rapprochement entre autobiographie et mise en scène du Juste n'a rien de nécessaire.

Il est possible de voir dans des formes marginales de l'autobiographie une écriture de soi purement positive, notamment dans le récit de voyage et dans le témoignage, dans lesquels le narrateur ne tente pas de justifier sa conduite, mais au contraire de s'effacer au profit de l'expérience racontée.. »

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