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Apollinaire : Rosemonde

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Apollinaire : Rosemonde Longtemps au pied du perron de La maison où entra la dame Que j'avais suivie pendant deux Bonnes heures à Amsterdam Mes doigts jetèrent des baisers Mais le canal était désert Le quai aussi et nul ne vit Comment mes baisers retrouvèrent Celle à qui j'ai donné ma vie Un jour pendant plus de deux heures Je la surnommai Rosemonde Voulant pouvoir me rappeler Sa bouche fleurie en Hollande Puis lentement je m'en allai Pour quêter la Rose du Monde

« Guillaume Apollinaire fit publier en 1913 un recueil de poèmes intitulé Alcools qui, se détachant des voies du symbolisme, annonce le surréalisme.

Dans la Chanson du Mal-Aimé, se présentant sous la forme d'une longue complainte, Apollinaire chante son amour malheureux.

Rosemonde, poème que nous allons étudier, est extrait de ce long chant d'amour. Le titre de ce poème, Rosemonde, est un prénom féminin qui représente la dame aimée ; il définit le poème dans la subjectivité de l'amour d'Apollinaire, mais possède également une valeur symbolique puisque la dame devient « Rose du Monde » et atteint ainsi l'universel. Ce poème en vers libres est constitué de trois strophes.

Chacune d'entre elles, composée de cinq vers irréguliers, est une partie déterminée, une progression dans le temps ; c'est pourquoi nous allons nous pencher sur ce poème en suivant son évolution naturelle. La fantaisie et la mélancolie s'unissent, faisant, d'un événement commun un poème. Dès le premier vers, la fantaisie est marquée surtout par l'association des allitérations en « p » et « d » qui se succèdent comme projetées : « ...

au pied du perron de...

» ainsi que par l'originalité des images : « la maison », « Amsterdam », qui, ainsi extirpées de leur contexte, n'évoquent pas à notre imagination.

L'adverbe « longtemps » va nous diriger dans le sens du poème, mené dans un rythme continu qui semble laisser échapper une plainte.

La ponctuation inexistante contribue à la fantaisie d'une part, mais aussi à la mélancolie qui se dégage du rythme disloqué. Le cadre poétique particulier est étudié dans un style propre à Apollinaire, qui par des assonances va créer une tension poétique.

Nous pouvons aussi remarquer le bouleversement de la phrase dans la première strophe où le vers sujet est placé en dernier lieu.

Le vocabulaire est simple et nous pourrions en dire de même pour l'expression, mais la poésie naît de l'alliance des mots et de la musique qui s'en dégage.

Au vers cinq, par exemple, après la finale en « Amsterdam », les allitérations riches en « d » des quatre premiers vers semblent claquer, apportant une note presque agressive.

Le poète s'amuse de son insolence : « Que j'avais suivie pendant deux Bonnes heures à Amsterdam » Insoucieux encore, revivant l'instant dans tout son impact, puisqu'il use du passé simple « jetèrent », le poète laisse le vers s'étirer long et fluide en « é » (baisers).

Nous remarquons que le verbe « jeter » résume en quelque sorte le rythme de cette première strophe, comme lancé et haché. Ce poème personnel, où Apollinaire s'intègre au troisième vers : « Que j'avais suivie...

», est un jeu entre le poète et la dame ; la première strophe ne les unit pas et ce n'est qu'au vers neuf « Celle à qui j'ai donné ma vie » que l'on a l'illusion d'une union dans le sacrifice du poète. La première strophe annonce la seconde par des pluriels « Deux bonnes heures », « mes doigts », « des baisers » qui accentuent le sens de la durée, de la continuité.

En effet la seconde strophe va s'étirer plus déchirante avec des sonorités en « i »: « Le quai aussi et nul ne vit » « Celle à qui j'ai donné ma vie » La musique du poème passe de la fantaisie jeune et un peu « voyou » de la première strophe, à une complainte plus aiguë, caractéristique de La Chanson du Mal-Aimé ; les nombreuses allitérations en « c », « 1 » et « y » : « le canal », « nul ne vit », vers huit : « comment...

», « celle à qui j'ai donné ma vie », dressent des lignes droites, plus amères.

La forte opposition qui introduit cette seconde strophe ; « Mais », entraînera un ton plus sérieux.

D'ailleurs, au temps rapide du passé simple, succède l'imparfait dans le vers six : « Le canal était désert ».

C'est une vision triste qui peut nous rappeler ces quelques vers du Pont Mirabeau « Sous le pont Mirabeau, coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine » Il nous rappelle comme ce pont, ce canal, l'irrémédiable du temps sur le miroir impassible de l'eau. De plus ce poème du silence, bien que la dame en soit le thème, est centré sur le poète : « mes baisers », « celle à qui j'ai donné ma vie » et celui-ci évolue solitaire, perdu dans le grand halo du temps mais sa vie semble s'être arrêtée sur ces « deux heures ».

Le dernier vers de la seconde strophe coupe le rythme aigu et horizontal avec une finale en « r qui fixe la ligne musicale, comme un point à la ligne. Poème du silence mais aussi poème du temps, puisque les expressions ayant rapport au temps, scandent le poème, depuis l'adverbe introductif « longtemps » jusqu'à « pendant plus de...

» qui clôt la seconde strophe. Cette strophe reprenait la première dans un refrain plus mélodieux, plus désespéré, afin que dans une progression lente nous parvenions à l'aboutissement sur la femme, « la Rose du Monde ».

La femme aimée platoniquement, celle qui devient source de création et qui souvent est symbole de poésie, est ici dans cette dernière strophe : Rosemonde. « Je la surnommai Rosemonde » C'est dans un vocabulaire toujours simple mais plus riant : « Sa bouche fleurie en Hollande », que le poète retrouve un calme, une sérénité traduite par le rythme plus posé.

La structure de la phrase y est plus régulière et l'adverbe « lentement » ajoute une tonalité douce et émouvante.

Apollinaire, nous le sentons, s'est difficilement décidé à quitter le lieu où il avait vu cette dame.

Et c'est dans une force de volonté qu'il va partir, nous le voyons au vers douze. « Voulant pouvoir me rappeler », où les verbes de volonté, le participe présent et les infinitifs regroupés dans ce vers, marquent la fermeté du poète mais aussi son désespoir car le participe et le verbe « rappeler » traduisent un langage sentimental, une émotion contenue et que l'adverbe « lentement » reprend au vers quatorze. Cette troisième strophe est comme « soufflée » ; les mots « Hollande », « Je m'en allai », accentuent la ligne rythmique dans une sorte d'envolée. La femme devenue Muse, ou idéal, a très souvent été chantée dans la poésie.

Nous pouvons penser à Baudelaire qui aima Madame Sabatier. « Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir », écrit-il dans Harmonie du soir, puis Verlaine inspiré par son amour malheureux avec sa femme dans Birds in the Night, jusqu'à Aragon qui, par le symbole de sa femme Elsa, atteint l'universel. L'amour, d'abord clos sur lui-même, s'élargit, envahit l'être, le dépasse.

Dans ce poème d'Apollinaire, cet amour impossible, symbolise la pureté, la quête du poète (vers quinze : « Pour quêter la Rose du Monde ») vers un idéal plus lumineux. Cette quête vers la perfection, l'essence de la vie, représente le but du poète.

Il recherche à travers le quotidien, et nous avons pu le remarquer chez Apollinaire dont le cadre poétique est celui de la ville et il essaie de comprendre le poème de la vie. « Rosemonde », que nous venons d'étudier, nous laisse entendre que même à travers un amour impossible, l'espoir, cette continuelle quête du bonheur, doucement conduit l'homme.. »

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