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Zola, Thérèse Raquin, Chapitre IV

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Zola, Thérèse Raquin, Chapitre IV Thérèse jouait avec une indifférence qui irritait Camille. Elle prenait sur elle François, le gros chat tigré que Mme Raquin avait apporté de Vernon, elle le caressait d'une main, tandis qu'elle posait les dominos de l'autre. Les soirées du jeudi étaient un supplice pour elle ; souvent elle se plaignait d'un malaise, d'une forte migraine, afin de ne pas jouer, de rester là oisive, à moitié endormie. Un coude sur la table, la joue appuyée sur la paume de la main, elle regardait les invités de sa tante et de son mari, elle les voyait à travers une sorte de brouillard jaune et fumeux qui sortait de la lampe. Toutes ces têtes-là l'exaspéraient. Elle allait de l'une à l'autre avec des dégoûts profonds, des irritations sourdes. Le vieux Michaud étalait une face blafarde, tachée de plaques rouges, une de ces faces mortes de vieillard tombé en enfance ; Grivet avait le masque étroit, les yeux ronds, les lèvres minces d'un crétin ; Olivier, dont les os perçaient les joues, portait gravement sur un corps ridicule, une tête roide et insignifiante ; quant à Suzanne, la femme d'Olivier, elle était toute pâle, les yeux vagues, les lèvres blanches, le visage mou. Et Thérèse ne trouvait pas un homme, pas un être vivant parmi ces créatures grotesques et sinistres avec lesquels elle était enfermée ; parfois des hallucinations la prenaient, elle se croyait enfouie au fond d'un caveau, en compagnie de cadavres mécaniques, remuant la tête, agitant les jambes et les bras, lorsqu'on tirait des ficelles. L'air épais de la salle à manger l'étouffait ; le silence frissonnant, les lueurs jaunâtres de la lampe la pénétraient d'un vague effroi, d'une angoisse inexprimable.

« Zola, Thérèse Raquin, Chapitre IV Thérèse jouait avec une indifférence qui irritait Camille.

Elle prenait sur elle François, le gros chat tigré que Mme Raquin avait apporté de Vernon, elle le caressait d'une main, tandis qu'elle posait les dominos de l'autre.

Les soirées du jeudi étaient un supplice pour elle ; souvent elle se plaignait d'un malaise, d'une forte migraine, afin de ne pas jouer, de rester là oisives, à moitié endormie.

Un coude sur la table, la joue appuyée sur la paume de la main, elle regardait les invités de sa tante et de son mari, elle les voyait à travers une sorte de brouillard jaune et fumeux qui sortait de la lampe.

Toutes ces têtes-là l'exaspéraient.

Elle allait de l'une à l'autre avec des dégoûts profonds des irritations sourdes.

Le vieux Michaud étalait une face blafarde, tachée de plaques rouges, une de ces faces mortes de vieillard tombé en enfance ; Grivet avait le masque étroit, les yeux ronds, les lèvres minces d'un crétin ; Olivier, dont les os perçaient les joues, portait gravement sur un corps ridicule, une tête roide et insignifiante ; quant à Suzanne, la femme d'Olivier, elle était toute pâle, les yeux vagues, les lèvres blanches, le visage mou.

Et Thérèse ne trouvait pas un homme, pas un être vivant parmi ces créatures grotesques et sinistres avec lesquels elle était enfermée ; parfois des hallucinations la prenaient, elle se croyait enfouie au fond d'un caveau, en compagnie de cadavres mécaniques, remuant la tête, agitant les jambes et les bras, lorsqu'on tirait des ficelles.

L'air épais de la salle à manger l'étouffait ; le silence frissonnant, les lueurs jaunâtres de la lampe la pénétraient d'un vague effroi, d'une angoisse inexprimable. Contexte et éléments pour l'introduction Thérèse Raquin est l'un des premiers romans d'Emile Zola, chef de file de l'école naturaliste qui donne comme but à la littérature d'étudier le genre humain d'une manière réaliste et quasiment scientifique.

Il faut avoir en tête cette visée particulière du naturalisme pour commenter tout texte de Zola. Ce roman assez bref raconte l’histoire du meurtre de son mari par Thérèse Raquin et son amant, et de la lente et douloureuse expiation du couple adultère, qui aboutira à leur suicide commun.

Le texte à commenter décrit une soirée monotone passée par Thérèse à jouer aux dominos avec son mari, Camille, et leur entourage : cette scène est donc le symbole de l’ennui qui poussera Thérèse à prendre un amant et qui entraînera le meurtre de Camille.

Il apparaît à la fois comme une galerie de portraits de personnages ternes et ennuyeux – c’est ainsi que Thérèse les perçoit – et comme une sorte d’étude de figures naturaliste – les personnages sont en effet des types de l’humanité que Zola fait interagir entre eux et soumet à certains déterminismes (sociaux, psychologiques, etc.), tel un expérimentateur : il faudra interroger le texte sous ce double aspect, c’est-à-dire à la fois en fonction de son rôle narratif, de ses caractéristiques formelles et de ses aspirations théoriques et esthétiques.

L’axe de lecture pourrait donc être le suivant : montrer comment Zola, à travers une peinture de l’entourage de Thérèse, dresse un portrait de cette dernière et met en place les divers déterminismes, chez elle et dans son entourage, qui la pousseront à l’adultère, au meurtre de son mari et à la déchéance. Eléments pour le développement NB : les éléments donnés ici ne sont volontairement pas composés en plan possible pour un commentaire ; ils ne font que mettre en lumière les éléments à commenter : il vous revient de hiérarchiser ces éléments en fonctiosn de votre propre lecture du texte. une galerie de portraits - - - une énumération de portraits conditionnée par le regard de Thérèse : la série de portraits s’ouvre par les phrases « Toutes ces têtes-là l'exaspéraient.

Elle allait de l'une à l'autre avec des dégoûts profonds des irritations sourdes.

» : cela indique que c’est le regard que Thérèse promène sur chacun des personnages que nous allons suivre, en focalisation interne – nous reverrons ce point. des portraits saisissants et lapidaires : tous sont contenus dans une longue phrase rythmée, ou période, dont les divers constituants sont séparés par des points-virgules et sont chacun consacrés à la rapide description des quatre personnages présents en plus de Thérèse et son mari – dont on remarquera qu’il n’est pas décrit, ce que l’on peut peut-être considérer comme un signe de l’insignifiance de sa présence.

Il faudra commenter la teneur de chacun des portraits : on remarque l’abondance des traits anatomiques, qui semblent réduire les visages à des masques sans âme, et d’un vocabulaire dépréciatif (« blafarde », « crétin », etc.) qui annonce la déshumanisation finale des personnages, qui conclut l’énumération. la conclusion de l’énumération de portraits : ces portaits sont des portraits de non-personnes.

La série de descriptions, commencée dans l’ennui, se clôt en effet sur cette négation violente de l’humanité des. »

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