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Un critique moderne écrit à propos de la Lettre à d'Alembert sur les spectacles. « C'est cette curieuse liaison entre le sentiment, la littérature et la politique, qu'il faut dévoiler ». Votre lecture de l'oeuvre de Rousseau inscrite au programme vous semble-t-elle éclairée par cette affirmation ?

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L'importance de réflexion de Rousseau sur des œuvres théâtrales achève, au travers de l'explication par l'auteur de son sentiment à l'égard des pièces, de donner à la Lettre à d'Alembert son caractère littéraire. Ainsi trouve-t-on à partir de la page 77 à 83 des références précises à Mahomet¸Atrée, Œdipe et Médée venants étayer ses propos. Enfin l'auteur s'exprime-t-il plus précisément sur Le Misanthrope de Molière et Bérénice de Racine. C'est ainsi par exemple l'occasion pour lui d'expliquer page 91 ce qu'avait dû être Le Misanthrope. Cette capacité ç réécrire dans un objectif de promotion de la vertu d'aussi grandes œuvres témoignant de la sensibilité littéraire que Rousseau laisse transparaître au travers de cette lettre. Mais son talent se trouve aussi dans sa capacité à faire entrer sa critique littéraire dans le champ des considérations sociopolitiques.

« Un critique moderne écrit à propos de la Lettre à d'Alembert sur les spectacles.

« C'est cette curieuse liaison entre le sentiment, la littérature et la politique, qu'il faut dévoiler ».

Votre lecture de l'œuvre de Rousseau inscrite au programme vous semble-t-elle éclairée par cette affirmation ? La Lettre à d'Alembert de Jean-Jacques Rousseau s'inscrit dans le cadre d'une controverse intellectuelle autour de points particuliers de l'article « Genève » de l'Encyclopédie, et notamment concernant l'établissement d'un théâtre dans cette république helvétique.

S'il pouvait déjà paraître curieux qu'une telle discussion s'installe alors que l'Europe est à feu et à sang, la lecture de l'œuvre révèle aussi son lot de surprises, tant Rousseau étend ses développements aux domaines les plus divers, laissant même parfois l'impression au lecteur que sa réflexion est plus déterminée par ses sentiments que sa raison. Un critique moderne a ainsi écrit que c'est justement « cette curieuse liaison entre le sentiment, la littérature et le politique qu'il faut dévoiler ».

Analyser l'œuvre à la lumière de cette affirmation reviendra donc à cerner ces trois sortes d'influences et analyser de quelle manière Rousseau les imbrique dans sa réflexion. On verra ainsi tout d'abord en quoi il s'agit véritablement d'une œuvre littéraire et non simplement d'un ouvrage à caractère philosophique.

Cette première approche permettra ensuite de s'intéresser plus spécifiquement aux réflexions sociopolitiques de Rousseau.

Enfin conviendra-t-il d'étudier l'ambiguïté que laisse planer le critique par l'utilisation du terme de « sentiment » et de voir s'il s'agit avant tout des sentiments des hommes ou bien de ceux de l'auteur. * * * L'ouvrage se situe dans un contexte d'écriture particulier.

Rédigé à la suite des textes et discours les plus représentatifs de la philosophie de Rousseau, tels que le Discours sur l'origine de l'inégalité entre les hommes ou Le contrat social, la Lettre à d'Alembert annonce en quelques sortes les Confessions et la Nouvelle Héloïse par ses aspects autant littéraires que philosophiques. La dimension littéraire de l'ouvrage s'affirme au travers de la posture critique de Rousseau à l'égard du théâtre.

« On frissonne à la seule idée des horreurs dont on pare la scène française, pour l'amusement du peuple le plus doux et le plus humain qui soit sur la terre ! » explique-t-il ainsi page 83, faisant référence à Mahomet, Médée ou encore Thyeste.

Le travail critique s'exprime aussi au travers d'une remise en question des effets de la « catharsis » aristotélicienne.

« Ainsi le théâtre purge les passions qu'on n'a pas et fomente celles qu'on a » (page 70) est une phrase qui sous une apparence équilibrée dénonce une véritable absurdité. Rousseau se pose ainsi dans le domaine littéraire de manière isolée « Ce n'est pas qu'un homme de génie ne puisse inventer un genre de pièces préférables à ceux qui sont établis » lance-t-il finalement page 76, montrant ainsi que ses relations avec la coterie des philosophes influencent son travail d'écriture. Un autre aspect littéraire de la Lettre à d'Alembert peut être révélé en étudiant l'œuvre sous l'angle paradoxal de sa théâtralité.

On peut véritablement parler d'un « personnage Rousseau » qui sait bien qu'il sera lu par bien plus de personnes que d'Alembert. La première phrase de la préface, « j'ai tort, si j'ai pris en cette occasion la plume sans nécessité », révèle ce trait.

Ce chleuasme qui ouvre un horizon d'attente annonce le monologue du comédien Rousseau. Cette mise en scène de l'isolement intellectuel dans lequel Rousseau se trouve vis-à-vis notamment des philosophes des Lumières trouve son exutoire dans les nombreuses exclamations que l'auteur semble lancer à un parterre imaginaire.

Ainsi en est-il aux pages 134 et 135 : « mais pourquoi ce désordre est-il inévitable ? Ah, pourquoi ! » « Préjugés populaires ! Me crie-t-on.

Petites erreurs de l'enfance ! Tromperie des lois et de l'éducation ! La pudeur n'est rien.

» Passionné, l'auteur s'adresse aux lecteurs de sa lettre ouverte comme au théâtre, et les abondantes notes de bas de page semblent dans un tel schéma comme autant d'apartés. L'importance de réflexion de Rousseau sur des œuvres théâtrales achève, au travers de l'explication par l'auteur de son sentiment à l'égard des pièces, de donner à la Lettre à d'Alembert son caractère littéraire.. »

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