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Théophile de VIAU (1590-1626) - Je n'ai repos ni nuit ni jour

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Théophile de VIAU (1590-1626) - Je n'ai repos ni nuit ni jour Ode Je n'ai repos ni nuit ni jour, Je brûle, et je me meurs d'amour, Tout me nuit, personne ne m'aide, Le mal m'ôte le jugement, Et plus je cherche de remède, Moins je trouve d'allégement. Je suis désespéré, j'enrage, Qui me veut consoler m'outrage, Si je pense à ma guérison, Je tremble de cette espérance, Je me fâche de ma prison, Et ne crains que ma délivrance. Orgueilleuse et belle qu'elle est, Elle me tue, elle me plaît, Ses faveurs qui me sont si chères Quelquefois flattent mon tourment, Quelquefois elle a des colères Qui me poussent au monument. Mes amoureuses fantaisies, Mes passions, mes frénésies, Qu'ai-je plus encore à souffrir ? Dieux, destins, amour, ma maîtresse, Ne dois-je jamais ni guérir Ni mourir du trait qui me blesse ? Mais suis-je point dans un tombeau ? Mes yeux ont perdu leur flambeau, Et mon âme Iris l'a ravie ; Encor voudrais-je que le sort Me fît avoir plus d'une vie Afin d'avoir plus d'une mort. Plût aux dieux qui me firent naître Qu'ils eussent retenu mon être Dans le froid repos du sommeil, Que ce corps n'eût jamais eu d'âme, Et que l'Amour ou le Soleil Ne m'eussent point donné leur flamme. Tout ne m'apporte que du mal, Mon propre démon m'est fatal, Tous les astres me sont funestes, J'ai beau recourir aux autels, Je sens que pour moi les célestes Sont faibles comme les mortels. Ô destins ! tirez-moi de peine, Dites-moi, si cette inhumaine Consent à mon affliction : Je bénirai son injustice Et n'aurai d'autre passion Que de courir à mon supplice. Las ! je ne sais ce que je veux, Mon âme est contrainte à mes voeux, Ce que je crains je le demande, Je cherche mon contentement, Et quand j'ai du mal j'appréhende Qu'il finisse trop promptement.

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