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Théophile de VIAU (1590-1626) - Perside, je me sens heureux

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Théophile de VIAU (1590-1626) - Perside, je me sens heureux Ode Perside, je me sens heureux De ma nouvelle servitude, Vous n'avez point d'ingratitude Qui rebute un coeur amoureux. Il est bien vrai que je me fâche Du fard où votre teint se cache. Nature a mis tout son crédit À vous faire entièrement belle, L'art qui pense mieux faire qu'elle Me déplait et vous enlaidit. L'éclat, la force et la peinture De tant et de si belles fleurs Que l'Aurore avec ses pleurs Tire du sein de la nature, Sans fard et sans déguisement Nous donne bien plus aisément Le plaisir d'une odeur naïve, Leur objet nous contente mieux Et se montre devant nos yeux Avec une couleur plus vive. Les oiseaux qui sont si bien teints Ne couvrent point d'une autre image Le lustre d'un si beau plumage Dont la nature les a peints, Et leur céleste mélodie, Plus aimable qu'en Arcadie N'étaient les flageolets des dieux, Prend elle-même ses mesures, Choisit les tons, fait les césures, Mieux que l'art le plus curieux. L'eau de sa naturelle source Trouve assez de canaux ouverts Pour traîner par des plis divers La facilité de sa course Ses rivages sont verdissants Où des arbrisseaux fleurissants Ont toujours la racine fraîche, L'herbe y croît jusqu'à leur gravier, Mais une herbe que le bouvier N'apporta jamais à sa crèche. Ces petits cailloux bigarrés En des diversités si belles, Où trouveraient-ils des modèles Qui les fissent mieux figurés ? La nature est inimitable, Et dans sa beauté véritable Elle éclate si vivement Que l'art gâte tous ses ouvrages Et lui fait plutôt mille outrages Qu'il ne lui donne un ornement. L'art, ennemi de la franchise, Ne veut point être reconnu, Mais l'Amour qui ne va que nu Ne souffre point qu'on se déguise. Les Nymphes au sortir des eaux D'un peu de jonc et de roseaux Se font la coiffure et la robe ; Et les yeux du Satyre ont droit De regretter encor l'endroit Que le vêtement leur dérobe. Si vous saviez que peut l'effort De votre beauté naturelle, Et combien de vainqueurs pour elle Implorent l'aide de la mort, Vous casseriez ces pots de terre, De bois, de coquille, de verre, Où vous renfermez vos onguents : La nuit vous quitteriez le masque, Et perdriez cette humeur fantasque De dormir avecque vos gants. Lorsque vous serez hors d'usage, Et que l'injure de vos ans Appellera les courtisans À l'amour d'un plus beau visage, Quand vos appas seront ôtés, Que les rides de tous côtés Auront coupé ce front d'albâtre, Tâchez lors d'escroquer l'amour, Et si vous pouvez, chaque jour, Faites-vous de cire ou de plâtre. Si le Ciel me fait vivre assez Pour voir la fin de votre gloire Et me punir de la mémoire De nos contentements passés, Je crois que je serai bien aise, Ne trouvant plus rien qui me plaise Au visage que vous aurez, De revoir l'amour et les Grâces Et d'en aller baiser les traces Sur le fard dont vous userez. Mais aujourd'hui, belle Perside, Vos jeunes yeux seront témoins Qu'il faut un siècle pour le moins Pour vous amener une ride. L'Aurore qui dedans mes vers Voit apprendre à tout l'univers Que votre beauté la surmonte, Arrachant de ses beaux habits Et les perles et les rubis, Elle pleure et rougit de honte. Elle n'est point rouge au matin D'autant que Tithon l'a baisée Et ne verse point sa rosée Pour la marjolaine et le thym. La rougeur qui paraît en elle, C'est de voir Perside si belle, Et l'humidité de ses pleurs, Quoi que chante la poésie, Ce sont des pleurs de jalousie Et des marques de ses douleurs.

« Théophile de VIAU, « Perside je me sens heureux » Ode 1. Perside, je me sens heureux 2. De ma nouvelle servitude, 3. Vous n'avez point d'ingratitude 4. Qui rebute un coeur amoureux. 5. Il est bien vrai que je me fâche 6. Du fard où votre teint se cache. 7. Nature a mis tout son crédit 8. À vous faire entièrement belle, 9. L'art qui pense mieux faire qu'elle 10. Me déplait et vous enlaidit. 11. L'éclat, la force et la peinture 12. De tant et de si belles fleurs 13. Que l'Aurore avec ses pleurs 14. Tire du sein de la nature, 15. Sans fard et sans déguisement 16. Nous donne bien plus aisément 17. Le plaisir d'une odeur naïve, 18. Leur objet nous contente mieux 19. Et se montre devant nos yeux 20. Avec une couleur plus vive. 21. Les oiseaux qui sont si bien teints 22. Ne couvrent point d'une autre image 23. Le lustre d'un si beau plumage 24. Dont la nature les a peints, 25. Et leur céleste mélodie, 26. Plus aimable qu'en Arcadie 27. N'étaient les flageolets des dieux, 28. Prend elle-même ses mesures, 29. Choisit les tons, fait les césures, 30. Mieux que l'art le plus curieux. 31. L'eau de sa naturelle source 32. Trouve assez de canaux ouverts 33. Pour traîner par des plis divers 34. La facilité de sa course 35. Ses rivages sont verdissants 36. Où des arbrisseaux fleurissants 37. Ont toujours la racine fraîche, 38. L'herbe y croît jusqu'à leur gravier, 39. Mais une herbe que le bouvier 40. N'apporta jamais à sa crèche. Théophile de Viau (1590-1626) : poète et dramaturge baroque français, connu pour ses poèmes licencieux et son athéisme. »

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