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Selon Alain, « il n'y a point de fatalité dans le roman : au contraire, le sentiment qui y domine est d'une vie où tout est voulu, même les passions et les crimes, même le malheur » (Système des Beaux-Arts, 1920). Partagez-vous cette opinion ?

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En ce sens, la volonté du personnage principal occupe le centre d'un triptyque, dont les panneaux sont la volonté de l'auteur qui l'engendre, et celle du lecteur qu'elle détermine. _Si c'est au récit balzacien ou stendhalien que pense sans doute Alain lorsqu'il parle de « vie où tout est voulu », le roman moderne radicalise la Toute-Puissance de la volonté dans le roman, jusqu'à la mettre en danger. W ou le souvenir d'enfance, de Georges Perec, abolit ainsi la distinction commune entre liberté et déterminisme. La description de l'île utopique se développe au gré de la fantaisie de l'auteur, mais gravite autour d'un chapitre manquant qui symbolise l'absence des parents de Perec, morts en déportation, chapitre à partir duquel l'île se change peu à peu en un lieu d'horreur. La volonté du narrateur est donc bien dégagée de toute contrainte formelle ou d'intrigue, mais elle n'échappe pas au traumatisme qui pousse l'auteur à écrire.   III : Le roman, un genre par delà les structures morales ?   _Le narrateur des romans de Céline (Bardamu dans le Voyage au bout de la nuit) évolue dans la même porosité de la frontière entre expérience et volonté. Ses voyage en Afrique et aux Etats-Unis ne lui apportent que d'éternels malheurs, au point qu'on puisse se demander si le héros n'est pas simplement en quête de souffrances qui lui permettent de se faire personnage de fiction. L'hypothèse d'une quête du malheur concerne également la biographie de l'auteur, qui affirme s'être attiré volontairement la vindicte publique pour en retirer une matière romanesque. _Une telle affirmation venant d'un écrivain collaborateur est certes discutable, mais souligne la proximité entre l'expérience romanesque et l'expérience antisociale, l'expérience du mal.

« Introduction Jusqu'au milieu du XXe siècle, la lecture des romans apparaît comme une activité licencieuse.

Ainsi, le roman dans la société moderne a pour fonction de traiter les interdits, sur un mode fictif, mais dont le discours se constituent en regard de la norme, vis-à-vis de laquelle elle joue le rôle de contrepoids.

Dès lors, il convient de s'interroger sur un paradoxe essentiel qui touche le héros de roman, et par extension le lecteur : qu'appelle-t-on une « vie où tout est voulu », dans la mesure où elle se définit par rapport aux interdits de la culture qui produit se roman ? Vouloir le crime pour lui-même, est-ce lutter contre la fatalité et les canons imposés, ou n'est-ce que qu'un manière conflictuelle d'adopter le regard de l'autre ? I : La forme romanesque, un remède contre la fatalité ( la « tragédie ») ? _Etymologiquement, la forme littéraire qu'on appelle « roman » est une œuvre de fiction médiévale, écrite en langue courante (romane) plutôt que savante (latine).

Les récits qui la composent apparaissent dès les premières œuvres connues comme une déclinaison du genre épique.

Ainsi, Le Roman de Thèbes, premier roman connu, traite d'un sujet hérité de la forme tragique (la lutte des frères Eteocle et Polynice après la mort d'Œdipe), mais qu'il traite spontanément sur un mode héroïsé : récits de batailles, actes héroïques… _Ce qui caractérise le roman, par rapport à la poésie, au théâtre ou à l'essai, est son absolue liberté formelle.

Ici apparaît la puissance du roman, non seulement contre les mécanismes de l'intrigue, mais aussi contre une fatalité de l'écriture elle-même : il existe des romans en vers, en prose, ou qui mélangent les deux formes.

Leur longueur peutêtre de cent ou de plusieurs milliers de pages.

Les sujets peuvent être les plus divers : descriptions techniques de n'importe quel objet, descriptions poétiques, considérations philosophiques du narrateur… Il n'est même pas nécessaire que l'auteur soit un personnage unique.

Alexandre Dumas est ainsi célèbre pour avoir fait collaborer à nombre de ses romans des auteurs anonymes (ce qu'on appelle toujours des « nègres »). _En effet, le roman est une forme dans laquelle rien n'arrive qui n'ait été décidé par son ou ses créateurs. Paradoxalement, une œuvre romanesque est assez libre pour permettre même un traitement tragique de son sujet. C'est particulièrement le cas du genre « historique », dont l'issue se laisse deviner par le lecteur (ainsi le roman de Malraux intitulé L'Espoir met en scène des républicains espagnols durant la guerre civile, dont le destin ne peut-être que la défaite finale et la mort).

Dans le roman, rien n'est fatal, pas même l'absence de fatalité. II : Le roman, un espace de libre déploiement de la volonté _La Comédie Humaine de Balzac présente un certain type de héros, dont l'action consiste à poursuivre des buts personnels au sein d'un contexte social censé le déterminer.

Par le défi qu'il lance à Paris tout entier à la fin du Père Goriot, Rastignac affirme son irréductible singularité, contre la société bourgeoise dans laquelle il s'introduit pour mieux en triompher.

En ce sens, la volonté du personnage principal occupe le centre d'un triptyque, dont les panneaux sont la volonté de l'auteur qui l'engendre, et celle du lecteur qu'elle détermine. _Si c'est au récit balzacien ou stendhalien que pense sans doute Alain lorsqu'il parle de « vie où tout est voulu », le roman moderne radicalise la Toute-Puissance de la volonté dans le roman, jusqu'à la mettre en danger.

W ou le souvenir d'enfance, de Georges Perec, abolit ainsi la distinction commune entre liberté et déterminisme.

La description de l'île utopique se développe au gré de la fantaisie de l'auteur, mais gravite autour d'un chapitre manquant qui symbolise l'absence des parents de Perec, morts en déportation, chapitre à partir duquel l'île se change peu à peu en un lieu d'horreur.

La volonté du narrateur est donc bien dégagée de toute contrainte formelle ou d'intrigue, mais elle n'échappe pas au traumatisme qui pousse l'auteur à écrire. III : Le roman, un genre par delà les structures morales ? _Le narrateur des romans de Céline (Bardamu dans le Voyage au bout de la nuit) évolue dans la même porosité de la frontière entre expérience et volonté.

Ses voyage en Afrique et aux Etats-Unis ne lui apportent que d'éternels malheurs, au point qu'on puisse se demander si le héros n'est pas simplement en quête de souffrances qui lui permettent de se faire personnage de fiction.

L'hypothèse d'une quête du malheur concerne également la biographie de l'auteur, qui affirme s'être attiré volontairement la vindicte publique pour en retirer une matière romanesque. _Une telle affirmation venant d'un écrivain collaborateur est certes discutable, mais souligne la proximité entre l'expérience romanesque et l'expérience antisociale, l'expérience du mal.

Par sa liberté de ton, le roman permet la création d'existences fictives, conçues en dehors des cadres moraux, et va jusqu'à envisager une légitimité de celles-ci.

Par exemple, Nabokov imagine dans son roman Lolita la possibilité d'un amour entre adulte et enfant sans que cet amour ne soit ramené à une pathologie, ou envisagé sous un jour monstrueux. _Si les actes du personnage romanesque interrogent la notion de liberté, le roman n'en reste pas moins un univers dans lequel n'importe quel projet, n'importe quel désir est susceptible d'être envisagé, compris, et éventuellement assouvi.

L'œuvre du marquis de Sade révèle en outre la fonction indispensable du roman dans le monde moderne : les crimes et les folies des personnages romanesques donnent à ces folies un visage, une existence par lesquels ils peuvent trouver leur place et leur signification.

On peut en conclure que la « part du diable » que le roman assume trouve sa place au sein de l'univers social réel du lecteur, et fait de l'expérience du Mal une entreprise fictive.. »

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