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Romain ROLLAND, Jean-Christophe (Albin Michel).

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Faites à votre choix un résumé ou une analyse de cette page, dégagez-en un thème qui vous paraît intéressant et commentez-le. Sous la grâce nonchalante et le dilettantisme apparent de ces petites pièces pour piano, de ces chansons, de cette musique française de chambre, sur laquelle l'art allemand ne daignait pas lever les yeux, et dont Christophe lui-même avait négligé la poétique virtuosité, il commençait à entrevoir la fièvre de renouvellement, l'inquiétude — inconnue de l'autre côté du Rhin — avec laquelle les musiciens français cherchaient dans les terrains incultes de leur art les germes qui pouvaient féconder l'avenir. Tandis que les musiciens allemands s'immobilisaient dans les campements de leurs pères et prétendaient arrêter l'évolution du monde à la barrière de leurs victoires passées, le monde continuait de marcher ; et les Français en tête se lançaient à la découverte ; ils exploraient les lointains de l'art, les soleils éteints et les soleils qui s'allument, et la Grèce disparue et l'Extrême-Orient rouvrant à la lumière, après des siècles de sommeil, ses larges yeux fendus, pleins de rêves immenses. Dans la musique d'Occident, canalisée par le génie d'ordre et de raison classique, ils levaient les écluses des anciens modes ; ils faisaient dériver dans leurs bassins de Versailles toutes les eaux de l'univers : mélodies et rythmes populaires, gammes exotiques et antiques, genres d'intervalles nouveaux ou renouvelés. Comme, avant eux, leurs peintres impressionnistes avaient ouvert à l'oeil un monde nouveau — Christophes Colombs de la lumière —leurs musiciens s'acharnaient à la conquête de l'univers des sons; ils pénétraient plus avant dans les retraites mystérieuses de l'ouïe; ils découvraient des terres inconnues dans cette mer intérieure. Plus que probablement, d'ailleurs, ils ne feraient rien de leurs conquêtes. Suivant leur habitude, ils étaient les fourriers du monde. Christophe admirait l'initiative de 'cette musique qui renaissait d'hier, et qui déjà marchait à l'avant-garde. Quelle vaillance il y avait dans cette élégante et menue petite personne ! Il devenait indulgent pour les sottises que naguère il avait relevées en elle. Seuls, ceux qui ne font rien ne se trompent jamais. Mais l'erreur qui s'efforce vers la vérité vivante est plus féconde que la vérité morte. Romain ROLLAND, Jean-Christophe (Albin Michel).

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