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Pourquoi le couple du maître et du serviteur est-il tandem privilégié dans le théâtre, depuis sa création jusqu'à nos jours ? Quelles ressources offre-t-il à l'auteur, au metteur en scène et aux acteurs ? Quel intérêt peut-il présenter pour le public ?

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Toutefois le cas de Dom Juan, maître de l'intrigue, est très différent. Ce maître court lui-même à sa damnation, mais avec un panache tout à fait aristocratique. Hormis cet exemple particulier, le maître est fréquemment un personnage ridicule. C'est le cas notamment dans les deux pièces de Beaumarchais, Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, où ce dernier est déconsidéré d'emblée. ·         Les relations entre le valet et son maître sont souvent de cet ordre : soumission, complicité, rivalité, et tous les enjeux de la comédie reposent sur le "couple" qu'ils forment. Cette observation se fonde sur les divers discours explicites entre ces deux personnages. Dans le Mariage de Figaro, par exemple, la relation de servilité, perceptible aux formules de politesse, se complique d'une relation de complicité antérieure. À cela s'ajoute une relation de rivalité pour obtenir les faveurs de Suzanne. II/Au-delà des conditions sociales : un langage révélateur   ·         Dans le Jeu de l'amour et du hasard l'échange des costumes transforme les duos M/V et maîtresse/servante en un quatuor endiablé. Chacun croit s'adresser à une personne d'une classe différente de la sienne et seul le public sait à quel point les couples sont bien assortis.

« Le duo maître/valet est véritablement un instrument fondamental de la comédie aux XVIIe et XVIII e siècles, voire au XIX e siècle.

Il est donc intéressant de s'interroger sur les raisons de ce succès et sur l'enjeu de ces pièces de théâtre. Ce « couple privilégié » permet de mettre en place différents ressorts dramatiques : de Dom Juan au Mariage de Figaro en passant par le Jeu de l'amour et du hasard comment évolue-t-il et que nous révèle-t-il ? I/Maître et valet, un couple complémentaire mais deux entités distinctes : [Avant toute chose, il faut nécessairement imaginer le valet de comédie comme un personnage typiquement théâtral, sans commune mesure avec la réalité sociale.

Quant au personnage du maître, il ne doit pas être réel, puisque parmi les spectateurs de l'époque certains peuvent s'identifier à lui.

En conséquence, il ne doit susciter ni sympathie ni compassion.] · Dans Dom Juan, le personnage de Sganarelle a pris une certaine épaisseur (comme ce sera le cas plus tard de Figaro), il fait montre de diverses qualités théâtrales.

En effet il est entremetteur du spectateur et du lecteur et énonce les objections que le public aurait eu à opposer à Dom Juan.

Qui plus est, le ressort comique repose sur son rôle et sa critique de la médecine (une critique récurrente dans les comédies de Molière) et lui confère un nouveau rôle, celui de porte-parole de l'auteur.

Enfin il possède une étonnante maîtrise des divers registres de langue et peut de la sorte s'adresser à chacun.

Il s'agit donc d'un valet caractérisé son habileté. · Le maître est souvent clivé en deux types de personnages opposés de façon presque manichéenne, notamment dans les comédies de Molière.

Toutefois le cas de Dom Juan, maître de l'intrigue, est très différent.

Ce maître court lui-même à sa damnation, mais avec un panache tout à fait aristocratique.

Hormis cet exemple particulier, le maître est fréquemment un personnage ridicule.

C'est le cas notamment dans les deux pièces de Beaumarchais, Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, où ce dernier est déconsidéré d'emblée. · Les relations entre le valet et son maître sont souvent de cet ordre : soumission, complicité, rivalité, et tous les enjeux de la comédie reposent sur le "couple" qu'ils forment.

Cette observation se fonde sur les divers discours explicites entre ces deux personnages.

Dans le Mariage de Figaro, par exemple, la relation de servilité, perceptible aux formules de politesse, se complique d'une relation de complicité antérieure.

À cela s'ajoute une relation de rivalité pour obtenir les faveurs de Suzanne. II/Au-delà des conditions sociales : un langage révélateur · · · Dans le Jeu de l'amour et du hasard l'échange des costumes transforme les duos M/V et maîtresse/servante en un quatuor endiablé.

Chacun croit s'adresser à une personne d'une classe différente de la sienne et seul le public sait à quel point les couples sont bien assortis.

Désirant plus que tout être à la hauteur de leur métamorphose sociale, les serviteurs tentent d'imiter les belles manières du grand monde.

En résulte une savoureuse comédie, car du comique des mots naît un comique des situations. En s'affranchissant des préjugés de leur classe, Dorante et Silvia font l'apprentissage de la liberté et comprennent que « le mérite vaut bien la naissance » (III, 8).

Vérité révolutionnaire s'il en est, rendue supportable puisque le dénouement rétablit l'ordre social d'abord menacé.

Pour tous, le travestissement aura été une épreuve, qui aura appris aux maîtres à dépasser leurs préjugés et aux serviteurs à ne pas se laisser prendre au piège de leurs illusions. Si les personnages arrivent travestis sur scène, leur comportement et leur langage peuvent être significatif de leur état.

L'étude du texte fait apparaître des dysfonctionnements, le choc de deux cultures : l'une raffinée et élégante, l'autre grossière.

Cette pièce caractéristique du théâtre de Marivaux offre un grand intérêt dramatique : le langage est ici révélateur de la condition sociale. Arlequin assume le rôle du valet grossier à « l'italienne », Silvia et Dorante sont engagées dans un jeu qui leur échappe.

Il est en opposition avec ce que l'on attendait et permet de continuer avec toutes les interrogations des personnages masqués.

Le plaisir du spectateur tient au fait qu'il connaît les identités et le stratagème. III/État de nature et nature humaine : une société en mutation · Dans le Mariage de Figaro le personnage éponyme devient « le Personnage » rival du Comte.

Maître et valet (sur le plan social) s'affrontent par l'intrigue, le maître étant entravé par les obligations de son statut, le valet ne disposant que de ce moyen.

Si la "légèreté" du rôle s'efface pour la densité du personnage, cette dernière relève de procédés théâtraux mais aussi des procédés d'origine romanesque.

Cela est enfin dû au ton même de la pièce, qui n'est pas seulement une comédie.

Nous sommes en 1784 et le XVIIIe siècle est en plein bouleversement. · Le Mariage de Figaro est une pièce qui s'émancipe du modèle de la comédie moliéresque : il s'agit d'une comédie d'intrigue, fondée sur la mise en valeur du personnage intriguant, c'est-à-dire Figaro, à laquelle s'ajoute l'esquisse d'un théâtre relevant du drame, genre "sérieux", et qui intègre aussi quelques aspects du théâtre de Marivaux (séduction et déguisements générateurs de quiproquos).

Le maître et le valet voient leurs rôles modifiés en conséquence. Le maître incarne l'arbitraire, mais il est aussi "victime" de sa condition et contraint par ses obligations.

Le valet, est un rival amoureux, un personnage progressivement achevé, mais homme aussi.

Car la pièce est aussi une œuvre "à thèse" sur les relations entre hommes et femmes, et réfléchit à la question du mariage, opposée à celle du libertinage amoureux. · Ainsi, la pièce de Beaumarchais illustre-t-elle à son insu, par le mélange des tons, et par son succès, la crise qui affecte le théâtre de la fin du XVIIIe siècle.

De la sorte, il nous laisse un Figaro brillant par ses mots d'esprit, par son sens de la formule, mais devenu personnage de drame et alourdi en ce sens... Malgré cela le tandem maître et valet demeure un couple intrinsèquement lié à la comédie de mœurs… L'un mettant en valeur les travers ou les qualités de l'autre dans un jeu de miroirs déformés.. »

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