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On a dit que la vérité de Baudelaire était dans le conflit de son idéal et de son spleen, dans ce drame de l'homme aux prises avec l'existence. Cela vous paraît-il être une suffisante définition de l'oeuvre baudelairienne ?

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Sa morale de l'effort n'est pas altruiste et tournée vers le monde et l'action, mais égoïste et concentrée sur elle-même. C'est le dandysme; le culte de la « froideur », le goût de l'aristocratie de l'art, l'horreur de la nature et du naturel. 2. L'Art, la Beauté, sont en effet les seuls recours que possède le poète pour actualiser sa soif d'éternité et son goût de la perfection. Ce plan supérieur peut même s'atteindre par le vice ou le mal. La Beauté extraite du Mal n'en sera pas moins l'a Beauté, c'est-à-dire un objet délivré des contingences matérielles et participant à un au-delà, qui, sans être celui des mystiques, en possède la perfection et l'infini. La transfiguration du réel par l'art est donc une ascension exaltante et le reflet de la perfection divine. 3. Si le fait d'exalter les forces mauvaises dans une forme parfaite permettait à son sentiment de culpabilité de s'épanouir, il permettait aussi à Baudelaire de découvrir des terrains encore peu prospectés par la poésie. Esclave de son corps et de ses sensations, le poète rompt avec la morale et la psychologie conventionnelles et déchiffre le monde par un système de correspondances entre le physique et le spirituel.

« On a dit que la vérité de Baudelaire était dans le conflit de son idéal et de son spleen, dans ce drame de l'homme aux prises avec l'existence.

Cela vous paraît-il être une suffisante définition de l'œuvre baudelairienne ? Introduction : Il semble, en effet, que l'on doive voir dans l'œuvre de Baudelaire un drame de la condition humaine, un conflit entre les forces mauvaises de la réalité et les hautes aspirations que chaque poète porte en son cœur.

Mais elle n'est pas que cela.

Les Fleurs du Mal marquent d'une empreinte ineffaçable le début de la poésie moderne.

Mallarmé et Valéry verront en Baudelaire le créateur conscient, Rimbaud, Lautréamont et après eux les Surréalistes y reconnaîtront un frère maudit.

Sa pure confidence ne suffirait pas à expliquer l'importance qu'on lui accorde unanimement.

Il y a aussi la relation qu'il sut établir entre les rapports les plus hauts et les plus bas, cette correspondance du physique et du spirituel qui marque une révolution dans le domaine de l'expression poétique. I- L'Angoisse d'être : le Spleen. 1.Les Romantiques avaient déjà fait du Spleen le maître de l'âme.

Ils refusaient un monde ou l'action n'est pas la sœur du rêve.

Mais la position de révolte que cette optique entraîne nécessairement diffère profondément suivant les individus.

L'imagination créatrice et le rêve restent; pour la plupart des poètes du xixe siècle, le seul réservoir de monstres capables de lutter contre ceux de la réalité.

Ce n'est pas le cas pour Baudelaire.

C hez lui, « le sentiment douloureux de l'incomplet de la destinée », comme le dit Madame de Staël dans son analyse de L'âme romantique, se complique d'une angoisse quasi physiologique.

A ussi marquera-t-il bien la différence en refusant le terme de « mal du siècle », pour appeler son hydre dévorante d'un mot anglais pris chez Edgar Poe : le « Spleen ». 2.Ce qui frappe chez Baudelaire, c'est la mise en évidence de la complexité de l'âme humaine attirée et repoussée par les extrêmes.

Il semble que ce va-etvient inconfortable ait été pour beaucoup dans sa « difficulté à vivre ».

Son « horreur de la vie-extase de la vie » le poussait à cultiver cet état d'insatisfaction perpétuelle, qui tantôt se complaît en elle-même dans la morbidité, et qui tantôt pousse des cris de révolte et tente d'aller « au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ». 3.

C ette ambivalence affective prend le plus souvent la forme, chez Baudelaire, d'une contemplation lourde et indolente de soi-même, d'une jouissance immobile de son être et de son passé plutôt que de ses aspirations.

Enfant solitaire, vouant à sa mère un amour quasi incestueux, un psychanalyste moderne trouverait dans l'explication de son mal un sentiment de culpabilité, lui aussi cultivé et savouré : Soyez béni mon Dieu qui donnez la souffrance C omme un divin remède à nos impuretés.

Car il s'agit avant tout pour lui, non pas d'échapper à une angoisse qui est continuelle et constitue comme une seconde nature, mais bien d'échapper à l'ennui, au sentiment que vivre est inutile.

Sa souffrance est un état permanent de tension psychologique, que rien n'est susceptible d'accroître ou de diminuer, même pas le monde extérieur : « P aris change ! Mais rien dans ma mélancolie n'a changé, » Son malheur est une qualité de l'âme à laquelle il tient.

Pour le symboliser, il choisit non pas l'aigle orgueilleux cher aux Romantiques, mais l'albatros douloureux, cloué au sol et aspirant à l'infini. II.

L'idéal : la Religion de la Poésie. 1.

S'il tient à son malheur, c'est qu'il croit lui aussi, comme Madame de Staël, que « ce que l'homme fait de plus grand, il le doit au sentiment douloureux de l'incomplet de sa destinée».

Mais parce qu'il vit, sous Louis-Philippe, une époque où l'héroïsme a disparu de la scène du monde, où l'ère moderne commence avec sa médiocrité et son uniformisation, Baudelaire ne croit pas à l'héroïsme de la morale active et à l'ambition de la gloire.

Il croit seulement à l'héroïsme solitaire, à « l'askésis » des ascètes.

Sa morale de l'effort n'est pas altruiste et tournée vers le monde et l'action, mais égoïste et concentrée sur ellemême.

C 'est le dandysme; le culte de la « froideur », le goût de l'aristocratie de l'art, l'horreur de la nature et du naturel. 2.

L'A rt, la Beauté, sont en effet les seuls recours que possède le poète pour actualiser sa soif d'éternité et son goût de la perfection.

Ce plan supérieur peut même s'atteindre par le vice ou le mal.

La Beauté extraite du Mal n'en sera pas moins l'a Beauté, c'est-à-dire un objet délivré des contingences matérielles et participant à un au-delà, qui, sans être celui des mystiques, en possède la perfection et l'infini.

La transfiguration du réel par l'art est donc une ascension exaltante et le reflet de la perfection divine. 3.

Si le fait d'exalter les forces mauvaises dans une forme parfaite permettait à son sentiment de culpabilité de s'épanouir, il permettait aussi à Baudelaire de découvrir des terrains encore peu prospectés par la poésie.

Esclave de son corps et de ses sensations, le poète rompt avec la morale et la psychologie conventionnelles et déchiffre le monde par un système de correspondances entre le physique et le spirituel.

Un parfum « chargé de nonchaloir » est capable de l'enchaîner et de « changer son âme ».

La drogue, le vin, l'érotisme, sont les moyens de renouveler et d'enrichir les sensations, elles-mêmes seuls dérivatifs à l'Ennui de vivre.

L'essentiel restant de rendre « l'univers moins hideux et les instants moins lourds ». III.

Le « Phare » de la poésie moderne. 1.

La découverte des « paradis artificiels » par Baudelaire reste bien sûr d'une grande importance par rapport à ce qui va suivre.

« Le dérèglement de tous les sens » que mettra en pratique Rimbaud, était déjà pratiqué par le poète des Fleurs du M al.

Lautréamont et les Surréalistes n'auront plus qu'à puiser dans les merveilles acquises et à les nuancer de leur apport.

Devenu « voyant » ou « maudit », le poète ne se dissimule plus sa soif d'absolu, d'évasion, et sa hantise du surnaturel.

Ce que le chrétien trouvait dans la religion sublimée, le poète le rencontre dans l'ivresse des sens et l'éternité poétique qu'il veut en tirer.

Evasion et soif d'absolu ont ainsi trouvé leur voie dans le monde moderne, grâce à Baudelaire.

La poésie devient alors une morale et une religion. 2.

Si l'œuvre de Baudelaire est une « révolution morale », elle est aussi une révolution formelle.

Si Les Fleurs du Mal parurent dans le contexte de la poésie romantique, les P arnassiens eurent aussi leur influence sur Baudelaire.

Romantique par le « satanisme » et la soif d'absolu, sa prosodie est plus parnassienne que romantique, plus sage que celle d'un Hugo par exemple.

Valéry le reconnaîtra pour maître et dira qu'il a été le premier à s'appliquer à la production d'une poésie à l'état pur, construite sur un langage spécifique.

L'une de ses originalités les plus profondes, c'est d'avoir voulu être poète en pleine conscience : « Je plains les poètes que guide le seul instinct ; je les crois incomplets...

Il est impossible qu'un poète ne contienne pas un critique.

» A ussi son œuvre s'acharnera-t-elle à ordonner la nature, à composer cet univers qui lui paraît incohérent. 3.

Pour cela il découvre le « dénominateur commun » des correspondances.

Il devient un « déchiffreur de l'universelle analogie ».

Les métaphores que crée le poète sont de véritables « révélations » (au sens religieux du terme).

La poésie est bien une nouvelle religion, et La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles. Si « les parfums, les couleurs et les sons se répondent », c'est que le plan matériel de la sensation est subordonné au plan métaphysique du spirituel.

C ette correspondance est une reconstruction du monde, de l'intérieur.

Baudelaire refait ainsi l'unité d'un monde fragmentaire et décevant.

Ses poèmes sont une façon de rejeter le monde tel qu'il est, et d'accepter la vie, en la perpétuant sous une forme transmissible aux autres hommes. Conclusion : Ainsi « la vérité de Baudelaire » est bien dans l'angoisse d'assumer une existence dont on est le prisonnier, et de vivre dans un monde qui déçoit et qui blesse.

Son œuvre est donc un témoignage sur la psychologie humaine, qui enrichit la connaissance de la complexité de notre nature.

M ais parce qu'il est un poète épris d'absolu, qui veut lutter contre « l'horrible fardeau du temps » et le sentiment envahissant de la mort, il a créé une « mystique de l'art » qui éclaire d'un jour nouveau toute la poésie moderne.. »

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