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« Nous autres, écrivains du XXe siècle, ne serons plus jamais seuls. Nous devons savoir au contraire que nous ne pouvons nous évader de la misère commune, et que notre seule justification, s'il en est une, est de parler, dans la mesure de nos moyens, pour ceux qui ne peuvent le faire... Il n'y a pas pour l'artiste de bourreaux privilégiés... » A. Camus, Discours de Suède. La littérature a-t-elle attendu le XXe siècle pour lutter contre les bourreaux? Vous avez lu des textes qui prouven

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Les Nuées ont causé pas mal d'ennuis à Aristophane et l'empereur Auguste a exilé Ovide. Corneille a été contraint de mettre beaucoup d'eau dans son... cidre de Normandie pour apaiser la colère de Richelieu après sa tragédie-comédie du Cid et Voltaire à Ferney avait un pied en France et l'autre en Suisse, à toutes fins utiles. Chénier a fini sur l'échafaud : il ne s'est pas contenté de rester « sur les gradins » comme le dit Camus I et Chateaubriand a eu pas mal de démêlés avec le pouvoir. Mais, avant le XXe siècle, l'exemple le plus marquant est celui de Victor Hugo, qui paye de dix-huit ans d'exil son opposition à « Napoléon le Petit ». Avec les Châtiments et Histoire d'un crime, il ne s'agit plus d'un « embarquement » mais bien d'un « engagement », voulu et réfléchi, nettement déterminé. Avant Camus et tous ceux de notre temps qui ont pris part courageusement à la lutte, Hugo a donc parlé « pour ceux qui ne pouvaient le faire ». Et comme ses moyens étaient grands, il a parlé d'un ton à la mesure de ses moyens. Il savait que rien de ce qu'il disait ou faisait ne passerait inaperçu ; il était conscient de sa « présence » dans son siècle et qu'on pouvait lui écrire à l'adresse : « Monsieur Victor Hugo - Océan », la lettre lui parviendrait... Avant Camus encore, Victor Hugo aurait pu affirmer : « L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire.

« « Nous autres, écrivains du XXe siècle, ne serons plus jamais seuls.

Nous devons savoir au contraire que nous ne pouvons nous évader de la misère commune, et que notre seule justification, s'il en est une, est de parler, dans la mesure de nos moyens, pour ceux qui ne peuvent le faire...

Il n'y a pas pour l'artiste de bourreaux privilégiés...

» A.

Camus, Discours de Suède.

La littérature a-t-elle attendu le XXe siècle pour lutter contre les bourreaux? Vous avez lu des textes qui prouvent le contraire.

Parmi les écrivains que vous connaissez, quels sont ceux qui, à votre avis, ont le mieux accompli la mission fixée par Camus ? Et pourquoi ? Développement Camus lui-même raconte qu'un sage oriental demandait à la divinité de lui épargner de « vivre une époque intéressante », et constatait que, sans doute pas assez « sage », cette prière n'était pas exaucée en ce qui le concernait. Dans le vacarme — au sens multiple du terme — qui nous entoure, nous ne pouvons plus nous abstraire, nous tenir à l'écart.

Le silence même, l'abstention, sont considérés comme une prise de position ; aussi l'artiste est-il, qu'il le veuille ou non, « embarqué » — et le terme correspond mieux à la réalité que « engagé ».

Embarqué sur la galère de son temps.

Et on ne peut plus lui demander : « Que diable alliezvous faire sur cette galère ? » Ce n'est pas lui qui a demandé à y monter.

Il doit y prendre sa part de tourments, ramer à sa place, et, s'il survit, que ce soit pour « créer ». Mais si la nouveauté réside dans le fait que l'artiste est souvent embarqué malgré lui, il n'en est pas moins vrai que le fait n'est pas « de notre temps ».

Et Camus lui-même reconnaît qu'il y a toujours eu le cirque et l'histoire du martyr et du lion.

Mais, prétend-il, l'artiste jusqu'ici se tenait sur les gradins : « Il chantait pour rien, pour lui-même, ou, dans le meilleur des cas, pour encourager le martyr et distraire un peu le lion de son appétit.

» L'histoire ne confirme pas cette opinion.

Les Nuées ont causé pas mal d'ennuis à Aristophane et l'empereur Auguste a exilé Ovide.

Corneille a été contraint de mettre beaucoup d'eau dans son...

cidre de Normandie pour apaiser la colère de Richelieu après sa tragédie-comédie du Cid et Voltaire à Ferney avait un pied en France et l'autre en Suisse, à toutes fins utiles.

Chénier a fini sur l'échafaud : il ne s'est pas contenté de rester « sur les gradins » comme le dit Camus I et Chateaubriand a eu pas mal de démêlés avec le pouvoir. Mais, avant le XXe siècle, l'exemple le plus marquant est celui de Victor Hugo, qui paye de dix-huit ans d'exil son opposition à « Napoléon le Petit ».

Avec les Châtiments et Histoire d'un crime, il ne s'agit plus d'un « embarquement » mais bien d'un « engagement », voulu et réfléchi, nettement déterminé. Avant Camus et tous ceux de notre temps qui ont pris part courageusement à la lutte, Hugo a donc parlé « pour ceux qui ne pouvaient le faire ».

Et comme ses moyens étaient grands, il a parlé d'un ton à la mesure de ses moyens.

Il savait que rien de ce qu'il disait ou faisait ne passerait inaperçu ; il était conscient de sa « présence » dans son siècle et qu'on pouvait lui écrire à l'adresse : « Monsieur Victor Hugo — Océan », la lettre lui parviendrait... Avant Camus encore, Victor Hugo aurait pu affirmer : « L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire.

» Avant Sartre, il aurait pu dire : «L'écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi.

» Et avant Éluard : « Le temps est venu où tous les poètes ont le droit et le devoir de soutenir qu'ils sont profondément enfoncés dans la vie des autres hommes, dans la vie commune.

». »

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