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MONTAIGNE: «JE SUIS MOI-MÊME LA MATIÈRE DE MON LIVRE»

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. «qui craint de souffrir, souffre déjà de ce qu'il craint ». Transition : Mais l'intérêt des Essais dépasse de beaucoup celui d'un simple « journal intime ». Montaigne, premier en date des grands essayistes modernes, rend compte de ses idées philosophiques et son art de vivre se double d'un art de penser. II- Un art de penser. La vie privée et publique de Montaigne le conduit à réfléchir sur la vanité des connaissances humaines. De là une lucidité sans cesse accrue qui s'appuie sur les leçons de l'expérience. 1· Le scepticisme. Sur les idées de Montaigne, Les Essais nous apprennent qu'à ses yeux : les hommes, tels qu'il les a connus par les livres, la conversation et les voyages, sont comme lui-même un sujet merveilleusement « ondoyant et divers » et que, sur les questions de tout ordre (politiques, philosophiques, morales, etc.), il leur est impossible de se mettre d'accord, non seulement entre eux, mais avec eux-mêmes. Cette amère constatation conduit Montaigne au « Que sais-je ?

« MONTAIGNE: «JE SUIS MOI-MÊME LA MATIÈRE DE MON LIVRE» Introduction : Dès le début de ses Essais, Michel Eyquem s'adresse au lecteur pour lui exposer nettement son propos : « C'est ici un livre d e bonne foi, lecteur...

Je suis m o i - m ê m e la matière d e m o n livre ».

Dès lors, nous s o m m e s prévenus : c'est dans Montaigne qu'il convient de chercher Montaigne.

Mais comme « à chaque pied son soulier », à chacun sa façon de s'étudier.

Quant à lui, Montaigne a placé son analyse sous le double signe du mouvement et de la liberté.

Aussi devons-nous suivre son « allure poétique à sauts et à gambades » pour découvrir l'homme, le penseur et l'écrivain. I.

Un art de vivre. Dans un temps où la guerre civile déchire la France, les Essais offrent l'exemple d'une vie sage quoique mouvementée, adaptée aux exigences d'un tempérament. 1.

Une personnalité fortement contrastée.

Sur la personne même de Montaigne, les Essais nous apprennent : * qu'au physique, il était d e complexion plutôt nonchalante, inapte a u x exercices et pourtant capable d'endurance ; qu'il avait b o n estomac, mais des reins sujets aux coliques, et autres contrastes qu'il prend, semble-t-il, plaisir à faire ressortir ; * qu'au moral, on trouvait en lui des contrastes analogues : de la nervosité et un courage flegmatique ; du goût pour les plaisirs vulgaires (dés, cartes, etc.), mais du désintéressement ; de l'indifférence à l'endroit de son ménage (femme et enfants compris), mais en revanche la passion des livres et des voyages. 2.

Sauvegarder son indépendance.

Ainsi convaincu d e s e s propres faiblesses, Montaigne s'applique à jouir d e la vie en toute indépendance, mais sans entraver la liberté d'autrui : * en goûtant au plaisir d e la communication (cf.

son amitié avec La Boétie : attachement profond qui ne ressemble guère a u x « accointances et familiarités nouées pour quelque occasion ») ; % en s'adaptant aux circonstances (fortune, politique, maladie) ; * en s'en tenant au présent : « Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors...) ; * en suivant ses « humeurs plaisantes » et en se conformant à ses « inclinations naturelles » sans les contrôler de trop près puisque « nature nous a mis au monde libres et déliés » ; * en s'efforçant d'éviter la douleur : « fût-ce sous la peau d'un veau » et en s'acclimatant à l'idée de la mort car...

«qui craint de souffrir, souffre déjà de ce qu'il craint ». Transition : Mais l'intérêt des Essais dépasse de beaucoup celui d'un simple « journal intime ».

Montaigne, premier en date des grands essayistes modernes, rend compte de ses idées philosophiques et son art de vivre se double d'un art de penser. II- Un art de penser. La vie privée et publique de Montaigne le conduit à réfléchir sur la vanité des connaissances humaines.

De là une lucidité sans cesse accrue qui s'appuie sur les leçons de l'expérience.

1· Le scepticisme.

Sur les idées de Montaigne, Les Essais nous apprennent qu'à ses yeux : les hommes, tels qu'il les a connus par les livres, la conversation et les voyages, sont comme lui-même un sujet merveilleusement « ondoyant et divers » et que, sur les questions de tout ordre (politiques, philosophiques, morales, etc.), il leur est impossible de se mettre d'accord, non seulement entre eux, mais avec eux-mêmes.

Cette amère constatation conduit Montaigne au « Que sais-je ? », aveu de scepticisme universel ; que, d'autre part, au point de vue pratique, ce scepticisme doit nous porter à la tolérance, car c'est mettre ses idées à bien haut prix que « d'en faire cuire un homme ».

Voilà ce qui explique le long plaidoyer sur le voyage.

En effet, le « voyager » favorise notre « ouverture » sur le monde extérieur, vers tant « d'autres vies, fantaisies et usances ». De l'individu à la société.

Cette vision très large du monde fait d e Montaigne un penseur original a u x conceptions étonnamment modernes.

Il a abordé tous les problèmes essentiels : * origine de la société, et partant, différenciation entre l'individu et le citoyen ; * de la nécessité des lois, « non parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont lois » ; attitude religieuse qui opposera Montaigne à Pascal ; * les méthodes pédagogiques : « Je voudrais qu'on fût soigneux de choisir (pour les enfants) un conducteur qui eût la tête bien faite plutôt que bien pleine ». Transition : Le sérieux d e s questions traitées ne fait pourtant pas d e Montaigne un prédicateur austère.

Plus d'une fois, d'ailleurs, il s'insurge centre « discours et prêches » et revendique pour lui-même une démarche souple, sinueuse et déliée.

De fait, la composition des Essais reflète fidèlement toute la fantaisie de leur auteur. III.

Un art décrire. « J'ajoute mais ne corrige pas », déclare Montaigne.

D'où cette démarche souple, sinueuse et déliée qui fait le charme de son style et se caractérise par : * de multiples digressions qui s'entrelacent dans le fil du discours les « farcissures » ; * des anecdotes allusives ou explicites, empruntées aux œuvres de l'Antiquité, par lesquelles Montaigne émaille, illustre ses réflexions ; * les titres de chapitre qui ne correspondent pas toujours directement au contenu (^exemple le plus frappant de ce procédé est donné par le chapitre sur la « vanité »). En fait, Montaigne propose au lecteur les résultats d e son expérience « sans règles...

à tâtons.,, par articles décousus », car il veut exprimer par la variation toute la variété de la vie, tout ce qu'elle contient de « nonchalant » e t d e « fortuit ».

Or ce mouvement-là, il convient de le saisir et de le transposer dans l'écriture, afin d'en faire un objet d'art qui réponde à une double exigence : Il être à l'image de la vie et de la pensée de l'auteur ; * plaire. Telle est pour Montaigne la loi de la création esthétique : « C'est un mouvement d'ivrogne titubant, vertigineux, informe» qui, par là même, donne à l'œuvre une profonde unité : « Mon livre est toujours un ». Conclusion : Ainsi, l' ho m m e et l'œuvre sont chez Montaigne parfaitement liés et s'éclairent l'un l'autre.

L'auteur des Essais n'a pas enfermé la pensée dans des cadres rigides comme le faisait la scholastique.

Toutefois, par une grande rigueur à l'égard de lui-même, par la pratique constructive de l'introspection, Montaigne a réussi à 'préserver sa singularité.

De cette façon, son exemple peut encore guider le lecteur dans ce monde où la liberté individuelle est constamment menacée par les pressions croissantes de la Société.

C'est pourquoi, si Montaigne est avant tout « la matière de son livre », Les Essais méritent aussi bien le jugement de Voltaire : « Le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement comme il a fait, car il a peint la nature humaine ».. »

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