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Montaigne écrit, dans le livre II de ses Essais : « Je n'ai pas plus fait mon livre que mon livre ne m'a fait. » Pensez-vous que l'on puisse définir ainsi toute entreprise autobiographique ?

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(ex : Les Essais de Montaigne ).   - Autre type d'écriture fragmentaire : le Je me souviens de Pérec, recueil de bribes de souvenirs rassemblés entre janvier 1973 et juin 1977, ce sont selon ses dires des : petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'État, des alpinistes et des monstres sacrés. Il arrive cependant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis. Parmi ces bribes de souvenirs se tisse une vérité de soi, une personnalité.    - Parfois, le recours à l'artifice est nécessaire pour que l'entreprise autobiographique aboutisse à une véritable construction de soi : Ex : Les autobiographies issues de la Shoah témoignent de cette nécessité du recours à l'artifice pour dire l'indicible et pour se reconstruire en écrivant : cf. Jorge Semprun dans L'écriture ou la vie: « Seul l'artifice d'un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage »             Georges Perec qui a besoin d'une forme pour se construire et choisit donc, pour W ou le Souvenir d'enfance, deux récits intercalés : un récit autobiographique constitué du peu de souvenirs qu'il a et le récit de la vie sur l'île W, semblable aux pays soumis au fascisme ou au nazisme, métaphore d'un univers concentrationnaire. C'est de l'entremêlement de ces deux récits que Georges Perec essaie de dégager sa vie.   II)                   Mais la « construction de soi » à laquelle aboutit l'entreprise autobiographique peut être un « roman de soi » La définition de Montaigne présente, peut-être sans le vouloir, un des dangers de l'entreprise autobiographique : au lieu de construire une image véritable de lui-même, l'autobiographe peut déformer la réalité de façon plus ou moins consciente et construire son roman ou sa légende.   - Le problème du mensonge ou du déguisement dans l'autobiographie est souvent présent. Même si l'auteur fait souvent un pacte autobiographique où il jure de sa sincérité, les entraves sont nombreuses : Ex : Ecriture autobiographique de Michel Leiris dans L'Age d'homme qui est un mélange de vérité et de mensonge.

« Analyse du sujet et problématisation Ce sujet invite à réfléchir sur la définition de l'autobiographie que donne Montaigne et à la discuter.

Cette définition, construite sur un chiasme, montre que l'entreprise autobiographique est une construction de soi : en écrivant son livre, l'autobiographe approfondit sa connaissance de soi et construit sa personnalité.

Il y a un effet rétroactif de l'écriture autobiographique sur l'autobiographe. Mais en disant que son livre l' « a fait » Montaigne montre aussi que cette construction de soi que permet l'entreprise autobiographique peut avoir quelque chose de factice : le livre fabrique en quelque sorte l'autobiographe, le terme fabriquer pouvant signifier un manque d'authenticité.

Il faudra tenir compte de cet aspect du sujet. Tentons de définir préalablement le genre autobiographique : Dans Le Pacte autobiographique, Philippe Lejeune le définit comme un « récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité.» Ainsi cette définition lie-t-elle d'emblée l'autobiographie un travail d'introspection pour se connaître soi-même, à partir des choses que l'on a vécues. Il faut aussi noter, dans ce sujet, l'importance du déterminant « toute » qui invite à montrer que certaines entreprises autobiographiques ne correspondent pas à la définition qu'en donne Montaigne. Problématique : L'écriture autobiographique est-elle nécessairement une entreprise de construction de soi ? Ce sujet met finalement en jeu les fins de l'écriture autobiographique. I) L'écriture autobiographique se présente souvent comme une entreprise de construction de soi - En écrivant son autobiographie, l'auteur reconstruit son passé, et ce-faisant construit sa personnalité. L'autobiographie est une construction rétrospective qui forcément privilégie l'unification de la personne.

Elle a pour but de construire une image cohérente et englobante.

L'autobiographie est une construction de soi car elle aide à se connaître soi-même.

Le ressort de la démarche Montaigne dans Les Essais est d'ailleurs le « connais-toi toimême » socratique.

Comment l'écriture autobiographique mène-t-elle à une construction de soi ? - C'est la mise à distance de soi par l'écriture qui permet à l'autobiographe de se « faire », de se construire dans et par son autobiographie.

L'autobiographe ne fait pas que restituer des souvenirs sur une page blanche, mais procède à une analyse rétrospective lui permettant de retracer la genèse de sa personnalité : ce moment de l'analyse, important dans toute entreprise autobiographique participe à la construction du « moi » de l'autobiographe.

Cette analyse est certes très présente chez Montaigne, mais aussi chez Stendhal dans la Vie de Henri Brulard.

Par les thèmes abordés Stendhal semble pratiquer une véritable psychanalyse (amour incestueux de la mère, haine « oedipienne » du père, dont le portrait que l'auteur trace fait une incarnation de l'autorité).

Mais surtout par l'idée que c'est l'enfance qui explique tout, Stendhal peut apparaître comme un Freud avant la lettre -La distance temporelle entre le temps vécu de l'événement raconté et le temps de l'énonciation est aussi indispensable à la vertu constructive de l'entreprise autobiographique.

Il s'agit dans un premier temps de se construire en tâchant de reconstruire sa vie, soit d'une manière chronologique par un effort difficile de mémorisation ou par la collecte de témoignages ( ex : Histoire de ma vie de George Sand) , soit en s'attachant à choisir, dans le flux de souvenirs quelques évènements marquant sans chercher à les chronologiser : Ex : l'écriture fragmentaire qui est au principe des essais de Montaigne ; l'entreprise Gidienne dans Si Le grain de meurt : J'écrirai mes souvenirs comme ils viennent, sans chercher à les ordonner.

Tout au plus les puis-je grouper autour des lieux et des êtres ; ma mémoire ne se trompe pas souvent de place ; mais elle brouille les dates; je suis perdu si je m'astreins à de la chronologie. II) Nécessité de trouver une forme de langage par lequel on puisse se dire et se construire : cette forme est souvent spécifique à chaque écrivain - L'écriture fragmentaire de l'essai est un véritable travail formel sur le langage qui permet à l'auteur de s'analyser et donc de se construire plus facilement, sans tomber dans les pièges du simple récit rétrospectif et chronologique qui peut aboutir parfois à une pure et simple énumération de faits sans distance critique.

(ex : Les Essais de Montaigne ). - Autre type d'écriture fragmentaire : le Je me souviens de Pérec, recueil de bribes de souvenirs rassemblés entre janvier 1973 et juin 1977, ce sont selon ses dires des : petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'État, des alpinistes et des monstres sacrés.

Il arrive cependant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce. »

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