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Molière fait dire à Dorante dans la Critique de l'École des femmes : « C'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. » Commenter cette formule en montrant de quelle manière Molière fait rire les honnêtes gens. ?

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Esclave de sa vanité, Monsieur Jourdain ne s'avise pas une seconde qu'il est berné et exploité, et il se prête avec enthousiasme à la grotesque cérémonie où il reçoit la dignité de Mamamouchi. Parfois ces personnages sont complexes sans cesser d'être comiques. En eux se heurtent des traits et des sentiments inconciliables. Ils sont le théâtre d'un perpétuel conflit. Ils ne sont jamais à l'unisson d'eux-mêmes. Alceste, le misanthrope, est amoureux d'une coquette. Il étouffe dans l'atmosphère brillante et factice du salon où brille Célimène, mais ne peut se décider à s'en évader. Dans la scène du sonnet on le sent tiraillé à la fois par ses scrupules d'homme de qualité qui ne saurait se résoudre à dire à Oronte de désobligeantes vérités et par sa volonté bien arrêtée de ne jamais déguiser sa pensée. Harpagon éprouve pour Mariane une passion sénile et, lorsque Cléante la comble de cadeaux en son nom, l'amour et l'avarice s'affrontent dans son âme sans que ni l'un ni l'autre de ces sentiments ne parvienne chez lui à l'emporter. Ses mimiques furieuses, ses sourdes exclamations traduisent son désarroi et son impuissance.

« PLAN DÉTAILLÉ A l'époque où, dans la Critique de l'École des femmes, il tait exposer sur la scène par un de ses personnages, Dorante, sa conception de la comédie, Molière se trouve à une étape essentielle de sa carrière.

C'est la première fois qu'avec L'École des femmes il vient de réaliser pleinement sa conception de la haute comédie qui s'attache à peindre les ridicules humains.

Il ne délaisse pas d'ailleurs pour autant les procédés plus grossiers du comique traditionnel, mais il les fait largement contribuer à l'expression du comique des caractères.

On conçoit que la fusion étroite et harmonieuse de ces éléments hétéroclites réclame de la part de l'écrivain une parfaite maîtrise.

C'est en ce sens qu'il fait dire à Dorante : « C'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens.

» I.

Le comique de caractère C'est ainsi que les grandes comédies de Molière nous offrent la peinture des défauts et des ridicules de l'homme.

Et cette peinture est comique parce que les personnages se montrent dominés par un trait essentiel qui dicte leur conduite à tout propos et surtout hors de propos.

Bref ils ne sont jamais à l'unisson des circonstances.

Orgon n'écoute pas les détails que lui donne Dorine sur la santé de sa femme.

Il ne pense qu'à Tartuffe, son protégé, et le seul objet de ses soucis.

Esclave de sa vanité, Monsieur Jourdain ne s'avise pas une seconde qu'il est berné et exploité, et il se prête avec enthousiasme à la grotesque cérémonie où il reçoit la dignité de Mamamouchi.

Parfois ces personnages sont complexes sans cesser d'être comiques.

En eux se heurtent des traits et des sentiments inconciliables.

Ils sont le théâtre d'un perpétuel conflit.

Ils ne sont jamais à l'unisson d'eux-mêmes.

Alceste, le misanthrope, est amoureux d'une coquette.

Il étouffe dans l'atmosphère brillante et factice du salon où brille Célimène, mais ne peut se décider à s'en évader.

Dans la scène du sonnet on le sent tiraillé à la fois par ses scrupules d'homme de qualité qui ne saurait se résoudre à dire à Oronte de désobligeantes vérités et par sa volonté bien arrêtée de ne jamais déguiser sa pensée. Harpagon éprouve pour Mariane une passion sénile et, lorsque Cléante la comble de cadeaux en son nom, l'amour et l'avarice s'affrontent dans son âme sans que ni l'un ni l'autre de ces sentiments ne parvienne chez lui à l'emporter.

Ses mimiques furieuses, ses sourdes exclamations traduisent son désarroi et son impuissance. II.

Les procédés du comique de farce servent à l'expression du comique de caractère Or cette incapacité du personnage comique à se mettre à l'unisson des circonstances ou à l'unisson de lui-même, se traduit d'abord dans ses propos.

Par là le comique de mots, amusant en soi, l'est bien davantage quand on s'avise qu'il livre le secret d'un ridicule ou d'un travers.

Le patois de Pierrot dans Don Juan trahit sa lourdeur et sa rusticité, comme font les calembours de Martine dans Les Femmes savantes.

Il en est de même du comique de répétition, où la même formule inlassablement répétée exprime la hantise d'un individu.

Tel est le cas du « sans dot » qu'oppose à chaque fois l'avare aux objections de Valère qui veut le dissuader de marier sa fille au vieillard Anselme.

De même le marquis de la Critique de l'École des femmes étale son obstination bornée dans ce «tarte à la crème»» qu'il jette à plusieurs reprises en guise d'argument, à la face de ses interlocuteurs. Il n est pas jusqu'au comique de gestes qui ne contribue à mettre en relief le ridicule d'un caractère.

Les coups de bâton qui pleuvent sur l'échine complaisante de Monsieur Jourdain au cours de la cérémonie où il est fait Mamamouchi prouvent qu'il est prêt à se plier aveuglément à tout pour satisfaire sa soif des honneurs et des titres.

Et la chute de Lépine dans Les Femmes savantes donne l'occasion à Bélise d'étaler dans une réflexion saugrenue son pédantisme.

Enfin le comique de situation lui-même est souvent provoqué par la :réaction d'un trait de caractère ridicule : l'intrigue de L'Ecole des femmes se fonde sur un quiproquo. Horace renouvelant à toute occasion ses confidences à Arnolphe ne sait pas qui s'adresse à son rival qu'il ne connaît que sous le nom de M.

A.

le Souche.

Sans le changement de nom d'Arnolphe, Horace n aurait pu commettre une pareille méprise.

Or, si Arnolphe s'est ainsi « débaptisé », c'est qu'il voulait se débarrasser d un nom que les conteurs du moyen âge attribuaient ordinairement aux maris malheureux en ménage.

La hantise d'Arnolphe, qui lait son ridicule, est donc bien à l'origine du quiproquo sur lequel repose la conduite de la pièce. Ainsi Molière a su faire servir à l'expression du Conclusion comique le plus fin les procédés traditionnels du gros comique.

Par là, il a pu satisfaire à la fois les catégories nécessairement variées et disparates de son public.

Les « honnêtes gens »» pouvaient donc s'associer aux éclats de rire du parterre, car, enfin de compte, s'ils se divertissaient aux mêmes choses et en même temps, ce n'était pas pour le même motif.

Voilà pourquoi sans doute, en dépit des cabales, son oeuvre a toujours connu un si large succès. Cet auteur comique reste avant tout un classique, puisque tous les éléments de son oeuvre concourent, sans rien sacrifier des lois du genre, à mettre en valeur la vérité humaine de ses peintures.. »

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