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Les aspects comiques d'une pièce ne servent-ils qu'à faire rire ?

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Toute poésie exprime des états d'âme. Mais parmi ces états, il en est qui naissent surtout du contact de l'homme avec ses semblables. Ce sont les sentiments les plus intenses et aussi les plus violents. Comme les électricités s'appellent et s'accumulent entre les deux plaques du condensateur d'où l'on fera jaillir l'étincelle, ainsi, par la seule mise en présence des hommes entre eux, des attractions et des répulsions profondes se produisent, des ruptures complètes d'équilibre, enfin cette électrisation de l'âme qui est la passion. Si l'homme s'abandonnait au mouve­ment de sa nature sensible, s'il n'y avait ni loi sociale ni loi morale, ces explosions de sentiments violents seraient l'ordinaire de la vie. Mais il est utile que ces explosions soient conjurées. Il est nécessaire que l'homme vive en société, et s'astreigne par conséquent à une règle. Et ce que l'intérêt conseille, la raison l'ordonne : il y a un devoir, et notre destination est d'y obéir. Sous cette double influence a dû se former pour le genre humain une couche superficielle de sentiments et d'idées qui tendent à l'immutabilité, qui voudraient du moins être communs à tous les hommes, et qui recouvrent, quand ils n'ont pas la force de l'étouffer, le feu intérieur des passions indivi­duelles. Le lent progrès de l'humanité vers une vie sociale de plus en plus pacifiée a consolidé cette couche peu à peu, comme la vie de notre planète elle-même a été un long effort pour recouvrir d'une pellicule solide et froide la masse ignée des métaux en ébullition.

« Analyse du sujet : La comédie est un genre à part entière au théâtre.

Elle consiste à utiliser les ressorts du comique pour représenter sur une scène des personnages et des situations qui prêtent à rire ou à sourire. Le théâtre, d'après son étymologie grecque de theonomai, désigne cela même que l'on regarde ; cependant, il suppose un texte et des actions, de sorte qu'il est avant tout une oeuvre écrite ; à ce titre, la comédie commence dans les mots qu'est le texte de la pièce. Problématique : Quel est l'intérêt d'une pièce de théâtre comique ? Son objectif se limite-t-il à distraire le public ou peut-on lui attribuer une pensée sousjacente plus élaborée qu'il n'y paraît ? Proposition de plan : 1.

Comédie pour rire et se distraire Si l'on s'en réfère à Blaise Pascal, il est probable que nous n'allions au théâtre que pour nous distraire ; rire, au théâtre, est le moyen de nous délester de la tragédie d'une vie qui nous ennuie. Quand je m'y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.

Un homme qui a assez de biens pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place.

On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.

Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près. BLAISE PASCAL 2.

Représenter le comique : la catharsis par le rire, comme réflexion distancée du soi. La représentaion théâtrale, qu'il s'agisse de tragédie ou de comédie, a une fonction cathartique, c'est-à-dire purgatrice des émotions. Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l'âme hors d'elle-même, remises d'aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation.

C'est à ce même traitement dès lors que doivent être nécessairement soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui, d'une façon générale, sont sous l'empire d'une émotion quelconque pour autant qu'il y a en chacun d'eux tendance à de telles émotions, et pour tous il se produit une certaine purgation et un allégement accompagné de plaisir.

Or c'est de la même façon aussi que les mélodies purgatrices procurent à l'homme une joie inoffensive. (...) La tragédie (...) est une imitation faite par des personnages en action et non par le moyen de la narration, et qui par l'entremise de la pitié et de la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre.

ARISTOTE On peut penser que la comédie a même fonction purgatrice que la tragédie. Pour Bergson, le théâtre, tragique autant que comique, représente sur scène un reflet de nous-mêmes.

Il permet au spectateur de rire de sa situation, réfléchie par la scène, il lui permet de prendre du recul sur sa propre situation. Ce qui nous a intéressés, c'est moins ce qu'on nous a raconté d'autrui que ce qu'on nous a fait entrevoir de nous, tout un monde confus de choses vagues qui auraient voulu être, et qui, par bonheur pour nous, n'ont pas été.

Il semble aussi qu'un appel ait été lancé en nous à des souvenirs ataviques infiniment anciens, si profonds, si étrangers à notre vie actuelle, que cette vie nous apparaît pendant quelques instants comme quelque chose d'irréel ou de convenu, dont il va falloir faire un nouvel apprentissage.

C'est donc bien une réalité plus profonde que le drame est allé chercher au-dessous d'acquisitions plus utiles, et cet art a le même objet que les autres. BERGSON 3.

La représentation théâtrale comique nécessaire à la société Bien plus, la comédie à proprement parler met en scène et permet de rire de situations contraignantes imposées par les règles de vie en société.

Lavé d e ses frustrations, le spectateur pourra d e nouveau vivre dans ces contraintes.

La comédie a donc une réelle fonction politique. Ce que le drame va chercher et amène à la pleine lumière, c'est une réalité profonde qui nous est voilée, souvent dans notre intérêt même, par les nécessités de la vie.

Quelle est cette réalité ? Quelles sont ces nécessités ? Toute poésie exprime des états d'âme.

Mais parmi ces états, il en est qui naissent surtout du contact de l'homme avec ses semblables.

Ce sont les sentiments les plus intenses et aussi les plus violents.

Comme les électricités s'appellent et s'accumulent entre les deux plaques du condensateur d'où l'on fera jaillir l'étincelle, ainsi, par la seule mise en présence des hommes entre eux, des attractions et des répulsions profondes se produisent, des ruptures complètes d'équilibre, enfin cette électrisation de l'âme qui est la passion.

Si l'homme s'abandonnait au mouvement de sa nature sensible, s'il n'y avait ni loi sociale ni loi morale, ces explosions de sentiments violents seraient l'ordinaire de la vie.

Mais il est utile que ces explosions soient conjurées.

Il est nécessaire que l'homme vive en société, et s'astreigne par conséquent à une règle.

Et ce que l'intérêt conseille, la raison l'ordonne : il y a un devoir, et notre destination est d'y obéir.

Sous cette double influence a dû se former pour le genre humain une couche superficielle de sentiments et d'idées qui tendent à l'immutabilité, qui voudraient du moins être communs à tous les hommes, et qui recouvrent, quand ils n'ont pas la force de l'étouffer, le feu intérieur des passions individuelles.

Le lent progrès de l'humanité vers une vie sociale de plus en plus pacifiée a consolidé cette couche peu à peu, comme la vie de notre planète elle-même a été un long effort pour recouvrir d'une pellicule solide et froide la masse ignée des métaux en ébullition.

Mais il y a des éruptions volcaniques.

Et si la terre était un être vivant, comme le voulait la mythologie, elle aimerait peut-être, tout en se reposant, rêver à ces explosions brusques où tout à coup elle se ressaisit dans ce qu'elle a de plus profond.

C'est un plaisir de ce genre que le drame nous procure.

Sous la vie tranquille, bourgeoise, que la société et la raison nous ont composée, il va remuer en nous quelque chose qui heureusement n'éclate pas, mais dont il nous fait sentir la tension intérieure.

Il donne à la nature sa revanche sur la société.

Tantôt il ira droit au but ; il appellera, du fond à la surface, les passions qui font tout sauter.

Tantôt il obliquera, comme fait souvent le drame contemporain ; il nous révélera, avec une habileté quelquefois sophistique, les contradictions de la société avec elle-même ; il exagérera ce qu'il peut y avoir d'artificiel dans la loi sociale ; et ainsi, par un moyen détourné, en dissolvant cette fois l'enveloppe, il nous fera encore toucher le fond. (...) Elle n'est pas désintéressée comme l'art pur.

En organisant le rire, elle accepte la vie sociale comme un milieu naturel ; elle suit même une des impulsions de la vie sociale.

Et sur ce point elle tourne le dos à l'art, qui est une rupture avec la société et un retour à la simple nature. Conclusion : Certes, la fonction de la comédie est de faire rire un public, de le distraire.

Mais, par le rire, elle permet notamment à l'individu de se purger d e s e s passions et frustrations ; enfin, et plus que tout, elle permet aux individus vivant en société de s e rire d e lois contraignantes et de moeurs parfois aliénantes, tout en leur permettant de mieux en tolérer les aberrations et la nécessité.. »

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