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L'école doit certes ouvrir sur la vie: mais l'ouvrir à la vie est une ineptie destructrice. Qu'en pensez-vous ?

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Cette culture acquise à l'école procure d'abord un plaisir esthétique ou affectif : comment apprécier l'Italie sans connaître son art et son histoire : on ne verra alors que les plages et les restaurants ! Elle apporte d'autre part une force sur le plan professionnel, en permettant la reconversion par l'art de dominer les problèmes. « Ouvrir l'école à la vie » apparaît au contraire comme une ineptie destructrice. C'est en effet donner un savoir utilitaire et immédiat non reconvertible : les difficultés rencontrées par les informaticiens-programmeurs entraînés seulement à un travail particulier montrent bien les dangers d'une formation trop positive et trop partielle dans un monde et un savoir en mouvement. Suivre cette voie, c'est supprimer aussi toute capacité d'abstraction, toute clef pour comprendre le monde qui devient opaque. On tombe ainsi sur l'écueil que heurtèrent les frères Goncourt lorsqu'ils voulurent faire du roman réaliste une photographie absolue de la réalité, sans aucune interprétation et sans aucun choix entre les divers éléments : la réalité devenait alors incompréhensible, ou au mieux, le lecteur n'en percevait qu'une faible apparence. Adhérer à cette tendance, c'est aussi supprimer tout esprit critique par l'absence de la connaissance et de la réflexion : comment juger une évolution historique ou politique, comment comprendre la Révolution française si l'on place Louis XVI au xviie siècle, et si l'on n'a jamais entendu parler de l'analyse des différents régimes politiques que fait Montesquieu dans L'Esprit des Lois! On rejoint ainsi un certain nombre d'expériences pédagogiques du type de celles décrites dans un livre récent Le Poisson Rouge dans le Perrier, dont on commence à constater les inconvénients : ce type d'enseignement, déjà prôné par Rousseau dans l'Emile au xviiie siècle, partait du monde et des désirs de l'enfant pour lui apporter des connaissances ou les lui faire trouver. Mais on voit aisément que passer un trimestre sur la confection des crêpes ou sur une enquête chez le boulanger ouvre peut-être l'enfant à la vie, mais lui apporte des connaissances limitées, peu d'esprit critique, et une culture bien spécialisée. L'affirmation de Roger Ikor présente cependant quelques aspects discutables par son caractère absolu. En effet, on ne peut pas nier tout bienfait de l'ouverture à la vie. Éveiller une curiosité intéressée peut être une bonne motivation chez de jeunes enfants ; une ouverture ponctuelle permet parfois de rappeler l'attention distraite des plus âgés.

« La fonction de l'école, et la position qu'elle doit adopter par rapport au monde extérieur représentent un sujet souvent débattu par les hommes politiques, la presse, les enseignants, les parents et les élèves eux-mêmes.

Roger Ikor, dans son livre Je porte plainte, donne sa position à ce propos : « L'école doit certes ouvrir sur la vie, mais l'ouvrir à la vie est une ineptie destructrice.

» La formulation un peu surprenante de cette phrase ne doit pas faire oublier qu'elle présente un point de vue largement justifié malgré son caractère excessif. Il faut « ouvrir l'école sur la vie », mais se garder de P « ouvrir à la vie ».

Pour comprendre cette opposition, il est bon de préciser la différence entre ces deux expressions.

« Ouvrir l'école sur la vie », c'est offrir une vision du monde extérieur, une fenêtre sur le monde sans le laisser entrer; c'est le contempler de haut et de loin sans s'y mêler.

Au contraire, « ouvrir l'école à la vie », c'est mettre l'école dans la vie, dans le concret, loin de l'abstrait ; c'est laisser pénétrer le monde extérieur dans l'école sans barrière, sans contrôle. Pour « ouvrir sur la vie », l'école doit analyser la vie, la regarder de loin et de haut pour mieux la dominer.

C'est ainsi qu'étudier La Princesse de Clèves ou Le Rouge et le Noir apporte des éléments pour mieux comprendre la vie, la psychologie des femmes et des hommes, les mécanismes de la société. La culture est une valeur durable qui permet de mieux se situer par rapport à la vie, de mieux l'appréhender. Jacqueline de Romilly, dans L'enseignement en détresse, montre toutes les implications actuelles de la culture grecque ancienne : on voit ainsi comment une langue moderne évolue, s'enrichit ou s'appauvrit, et cette connaissance permet de comprendre la situation de notre propre langage à partir d'une langue ancienne. Cette culture acquise à l'école procure d'abord un plaisir esthétique ou affectif : comment apprécier l'Italie sans connaître son art et son histoire : on ne verra alors que les plages et les restaurants ! Elle apporte d'autre part une force sur le plan professionnel, en permettant la reconversion par l'art de dominer les problèmes. « Ouvrir l'école à la vie » apparaît au contraire comme une ineptie destructrice.

C'est en effet donner un savoir utilitaire et immédiat non reconvertible : les difficultés rencontrées par les informaticiens-programmeurs entraînés seulement à un travail particulier montrent bien les dangers d'une formation trop positive et trop partielle dans un monde et un savoir en mouvement. Suivre cette voie, c'est supprimer aussi toute capacité d'abstraction, toute clef pour comprendre le monde qui devient opaque.

On tombe ainsi sur l'écueil que heurtèrent les frères Goncourt lorsqu'ils voulurent faire du roman réaliste une photographie absolue de la réalité, sans aucune interprétation et sans aucun choix entre les divers éléments : la réalité devenait alors incompréhensible, ou au mieux, le lecteur n'en percevait qu'une faible apparence. Adhérer à cette tendance, c'est aussi supprimer tout esprit critique par l'absence de la connaissance et de la réflexion : comment juger une évolution historique ou politique, comment comprendre la Révolution française si l'on place Louis XVI au xviie siècle, et si l'on n'a jamais entendu parler de l'analyse des différents régimes politiques que fait Montesquieu dans L'Esprit des Lois! On rejoint ainsi un certain nombre d'expériences pédagogiques du type de celles décrites dans un livre récent Le Poisson Rouge dans le Perrier, dont on commence à constater les inconvénients : ce type d'enseignement, déjà prôné par Rousseau dans l'Emile au xviiie siècle, partait du monde et des désirs de l'enfant pour lui apporter des connaissances ou les lui faire trouver.

Mais on voit aisément que passer un trimestre sur la confection des crêpes ou sur une enquête chez le boulanger ouvre peut-être l'enfant à la vie, mais lui apporte des connaissances limitées, peu d'esprit critique, et une culture bien spécialisée. L'affirmation de Roger Ikor présente cependant quelques aspects discutables par son caractère absolu. En effet, on ne peut pas nier tout bienfait de l'ouverture à la vie.

Éveiller une curiosité intéressée peut être une bonne motivation chez de jeunes enfants ; une ouverture ponctuelle permet parfois de rappeler l'attention distraite des plus âgés.

De plus, la connaissance de certains savoir-faire est utile et même indispensable, dans l'enseignement général et technique.

Et il faut enfin reconnaître que certains esprits ne sont pas tournés vers l'abstraction, et qu'on l'est d'ailleurs plus ou moins selon son âge et son degré d'évolution. D'un autre côté, on doit bien admettre que la seule ouverture sur la vie est parfois insuffisante.

L'enseignement d'autrefois comportait des aspects trop théoriques, et on peut encore reprocher à certaines études de lettres de mal préparer à un métier quelconque : c'est l'idée qui a mené à une volonté de professionnalisation de l'Université. Connaître seulement le passé et n'avoir aucune connaissance du présent peuvent constituer un handicap.

En effet, connaître le latin et le grec, sans aucune langue vivante serait excessif, apprendre l'anglais à travers Shakespeare et Byron sans être capable de demander son chemin dans la rue serait gênant — même si savoir seulement demander son chemin en ignorant la civilisation et la culture du pays apparaît comme une lacune ; avoir étudié l'histoire de la Russie et ne rien savoir de l'URSS actuelle serait regrettable, mais comment comprendre l'URSS actuelle sans avoir étudié la Russie des Tsars ? L'opinion exprimée par R.

Ikor apparaît comme une boutade à cause du jeu sur les mots, mais les idées les moins sérieuses à première vue se révèlent parfois les plus profondes : c'est bien le cas ici, où la plaisanterie cache une grande vérité qui se vérifie le plus souvent ; on semble bien commencer à y revenir aujourd'hui et à rejoindre Montaigne lorsqu'il pensait qu' « instruire, c'est former le jugement ».. »

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