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LE ROMAN AU 18e SIÈCLE

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Avec le 18e siècle apparaît le roman moderne, promis à un bel avenir, tant par le renouvellement de ses formes et de ses contenus, que par son audience auprès du public, de plus en plus large (près de la moitié de la production littéraire du siècle). I. L'ÉMERGENCE D'UN GENRE MODERNE 1. Une demande nouvelle Lié aux récits d'aventures fabuleuses et héroïques, le terme même de roman reste discrédité. Il sert au mieux « à divertir les dames », au pire à contaminer les esprits par son extravagance et son immoralité. Le roman héroïque véhiculait au 17e s. des valeurs aristocratiques. Au 18e s. la bourgeoisie, classe montante, veut qu'on lui présente les réalités concrètes de sa vie, des aventures sentimentales et morales dans le cadre de l'univers quotidien et de l'intégration sociale. Elle cherche des oeuvres accordées à une morale nouvelle fondée sur la sensibilité et le sensualisme. L'influence des romans anglais est très grande (Pamela ou la vertu de Richardson).

« LE ROMAN AU 18e SIÈCLE Avec le 18e siècle apparaît le roman moderne, promis à un bel avenir, tant par le renouvellement de ses formes et de ses contenus, que par son audience auprès du public, de plus en plus large (près de la moitié de la production littéraire du siècle). I.

L'ÉMERGENCE D'UN GENRE MODERNE 1.

Une demande nouvelle Lié aux récits d'aventures fabuleuses et héroïques, le terme même de roman reste discrédité.

Il sert au mieux « à divertir les dames », au pire à contaminer les esprits par son extravagance et son immoralité.

Le roman héroïque véhiculait au 17e s.

des valeurs aristocratiques.

Au 18e s.

la bourgeoisie, classe montante, veut qu'on lui présente les réalités concrètes de sa vie, des aventures sentimentales et morales dans le cadre de l'univers quotidien et de l'intégration sociale.

Elle cherche des oeuvres accordées à une morale nouvelle fondée sur la sensibilité et le sensualisme.

L'influence des romans anglais est très grande (Pamela ou la vertu de Richardson). 2.

La fiction déguisée Les récits, pour « faire vrai » et échapper à l'étiquette infâmante, se présentent sous des formes nouvelles avec toujours la caution d'un ou de plusieurs narrateurs déclarés romans par lettres (La Nouvelle Héloïse de Rousseau en 1761, le plus gros tirage du siècle ; Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, 1782) ; mémoires fictifs (Manon Lescaut de l'Abbé Prévost, (1731) ; histoires vraies racontées dans des manuscrits trouvés par hasard (La Vie de Marianne de Marivaux, 1741) ; contes philosophiques (Voltaire) ; romans dialogués (Diderot).

On y retrouve toutefois les ingrédients romanesques, en particulier le procédé du récit dans le récit. II.

UNE PRODUCTION VARIÉE 1.

L'héritage picaresque Dans Gil Blas de Santillane (1717-1735), Le Sage narre avec un réalisme truculent les aventures d'un vaurien plutôt sympathique, balloté au gré des événements dans divers milieux sociaux décrits de façon satirique, et tirant de ses multiples expériences des leçons de vie. 2.

Thèmes dominants : romanesque et réalisme • L'analyse psychologique est toujours minutieuse : peinture des sentiments interdits et des passions fatales dans Manon Lescaut, jeux cyniques de la séduction dans Les Liaisons dangereuses, art de « débrouiller les sentiments secrets » chez Marivaux, hymne à l'amour lié à la vertu dans La Nouvelle Héloïse. • La peinture des moeurs : situées dans un décor contemporain, les intrigues permettent l'observation des réalités sociales, souvent dénoncées à travers le regard des héros confrontés au rôle dominant de l'argent (La Vie de Marianne, Le Paysan parvenu de Marivaux.) Le réalisme de la peinture est accentué par l'apparition, très nouvelle, du réalisme dans le langage (Diderot). • Le roman d'apprentissage : ces récits, à visée à la fois satirique et moralisatrice, montrent presque tous la difficulté, pour un être jeune et plein d'élans, à s'accomplir totalement dans un monde immoral et les tricheries dont il doit payer son insertion sociale (Le Paysan parvenu). 3.

Tendances originales Fortes individualités et visions du monde différentes interdisent les généralisations excessives.

Le roman est pour Crébillon fils l'expression du libertinage (Les Égarements du coeur et de l'esprit, 1736), pour Sade celle de la révolte et de la marginalisation, pour Rousseau le refuge dans la rêverie, la nature (décrite pour son pittoresque et son accord avec les émotions) et la société d'êtres selon son coeur. Voltaire a su, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs, détourner un genre qu'il méprisait afin d'y introduire ses idées philosophiques.

Ni psychologiques, ni réalistes, ses courts récits (qui sont des contes et non des romans, sauf Candide, à la rigueur) manifestent un talent de conteur et un génie parodique éblouissants outre l'intérêt d'une pensée qui s'est rarement exprimée de façon plus convaincante ailleurs. Diderot (Le Neveu de Rameau, 1762 et Jacques le Fataliste, 1773) est un novateur et un précurseur.

Réaliste, il s'intéresse à la matérialité des corps et des comportements, il cultive une langue drue et savoureuse.

Epris de caractères tranchés, d'individus originaux, il leur prête un regard décapant sur la société dont il analyse toutes les contradictions.

Par l'usage du dialogue auquel il participe par philosophe interposé ou par ses personnages, il met à l'épreuve de la contestation ses propres idées en matière philosophique ou esthétique, brisant avec délectation l'illusion romanesque dont il joue de façon très moderne.. »

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