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Le jeu de l'amour et du hasard, Acte 1, scène 7 (Marivaux)

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Le dialogue commence à partir de la didascalie signalant la fin de l'aparté (« Haut »). C'est Dorante qui prend l'initiative de la parole, conformément à la distribution traditionnelle des rôles dans le cadre d'une conversation galante. Certes, le jeune homme paraît se souvenir de son projet, puisqu'il fait mention de Silvia dans une question destinée à savoir si la jeune fille qu'on lui destine possède elle aussi une « physionomie » avenante. Cependant, cette question – « dis-moi, Lisette, ta maîtresse te vaut-elle ? » - instaure comme une rivalité entre les deux femmes en inversant la préséance attendue, puisque ce n'est pas ici la maîtresse mais la suivante qui constitue la référence, le modèle exemplaire en matière de séduction et de beauté, alors que dans l'univers comique et notamment chez Marivaux les domestiques sont bien souvent des reflets plus ou moins déformés et risibles de leurs maîtres. L'exclamation suivante (« Elle est bien hardie d'oser avoir une femme de chambre comme toi ! ») confirme d'ailleurs cette inversion en envisageant la possibilité que Silvia ne puisse pas soutenir la comparaison avec Lisette.

« Silvia a pris l'apparence de sa servante Lisette pour mieux observer Dorante, qu'elle ne connaît pas et qu'elle doit épouser.

Promis à Silvia, Dorante prend pour les mêmes raisons l'apparence de son valet Bourguignon.

Ils se rencontrent ici pour la première fois, chacun d'eux ignorant encore la véritable identité de l'autre. SILVIA.

à part.

– Ils se donnent la comédie ; n'importe, mettons tout à profit ; ce garçon-là n'est pas sot, et je ne plain pas la soubrette qui l'aura ; il va m'en conter, laissons-le dire, pourvu qu'il m'instruise. DORANTE.

à part.

– Cette fille m'étonne ! il n'y a point de femme au monde à qui sa physionomie ne fît honneur : lions connaissance avec elle.

(Haut) Puisque nous sommes dans le style amical et que nous avons abjuré les façons, dis-moi, Lisette, ta maîtresse te vaut-elle ? Elle est bien hardie d'oser avoir une femme de chambre comme toi ! SILVIA.

– Bourguignon, cette question-là m'annonce que, suivant la coutume, tu arrives avec l'intention de me dire des douceurs : n'est-il pas vrai ? DORANTE.

– Ma foi, je n'étais pas venu dans ce dessein-là, je te l'avoue ; tout valet que je suis, je n'ai jamais eu de grandes liaisons avec les soubrettes ; je n'aime pas l'esprit domestique ; mais à ton égard, c'est une autre affaire : comment donc ! tu me soumets ; je suis presque timide, ma familiarité n'oserait s'apprivoiser avec toi, j'ai toujours envie d'ôter mon chapeau de dessus ma tête, et quand je te tutoie, il me semble que je jure ; enfin, j'ai un penchant à te traiter avec des respects qui te feraient rire.

Quelle espèce de suivante es-tu donc, avec ton air de princesse ? SILVIA.

– Tiens, tout ce que tu dis avoir senti en me voyant, est précisément l'histoire de tous les valets qui m'ont vue. DORANTE.

– Ma foi, je ne serais pas surpris quand ce serait aussi l'histoire de tous les maîtres. SILVIA.

– Le trait est joli assurément ; mais, je te le répète encore, je ne suis pas faite aux cajoleries de ceux dont la garde-robe ressemble à la tienne. DORANTE.

– C'est-à-dire que ma parure ne te plaît pas ? SILVIA.

– Non, Bourguignon ; laissons là l'amour, et soyons bons amis. DORANTE.

– Rien que cela ? Ton petit traité n'est composé que de deux clauses impossibles. SILVIA.

à part.

– Quel homme pour un valet ! (Haut) Il faut pourtant qu'il s'exécute ; on m'a prédit que je n'épouserai jamais qu'un homme de condition, et j'ai juré depuis de n'en écouter jamais d'autres. DORANTE.

– Parbleu ! cela est plaisant ; ce que tu as juré pour homme, je l'ai juré pour femme, moi ; j'ai fait serment de n'aimer sérieusement qu'une fille de condition. SILVIA.

– Ne t'écarte donc pas de ton projet. Introduction (entrée en matière) L'originalité du théâtre de Marivaux réside dans l'invention d'un langage apte à suggérer les manifestations les plus cachées et les plus fines du sentiment amoureux.

L'auteur déclare ainsi « avoir guetté dans le cœur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l'amour lorsqu'il craint de se montrer.

» Dans Le Jeu de l'amour et du hasard, pièce créée le 23 janvier 1730, Silvia étant inquiète de son prochain mariage avec Dorante, jeune homme qu'on lui destine et qu'elle ne connaît pas, elle obtient de son père, Monsieur Orgon, la permission d'échanger de costume et de rôle avec Lisette, sa femme de chambre, afin de mieux observer son prétendant.

Or, Dorante, animé du même dessein, arrive déguisé sous l'apparence de son valet Bourguignon.

Informé de ce déguisement par une lettre du père de Dorante, monsieur Orgon en informe à son tour son fils Mario, le frère de Silvia, et ce dernier se prend alors à rêver du beau divertissement que leur fournira cette aventure : Peut-être que Dorante prendra du goût pour ma sœur, toute soubrette qu'elle sera, et cela serait charmant pour elle ? » (Acte O, scène 4). Inversement, Silvia tombera peut-être amoureuse de Dorante en dépit de son habit de domestique.

Dans les deux cas, l'amour devra vaincre l'obstacle de la différence sociale supposée. Lors de la scène 6, qui est la première scène de rencontre des deux jeunes gens en présence de Monsieur Orgon et de Mario, ces derniers rappellent les conventions du genre : le valet et la suivante sont censé mener une. »

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