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Le développement des sciences justifie-t-il l'optimisme ?

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D'abord, la réflexion sur le progrès doit précéder l'action. La recherche appliquée peut étudier, lors de la conception d'un produit, les moyens de rendre son élimination plus facile. Le gaspillage des matières premières peut aussi être évité en privilégiant les énergies renouvelables : voiture et chauffage électriques ou solaires. Dans le domaine médical, un conseil national d'éthique a été créé en 1983 pour réfléchir aux implications futures des découvertes récentes, et proposer des lois réglant leur application. Des réactions rapides peuvent enrayer une partie des méfaits déjà commis : interdiction de colorants dangereux, réserves naturelles pour protéger la faune et la flore, stations d'épuration ou centres de recyclage des déchets... Mais l'efficacité suppose une coordination des efforts, du niveau individuel au niveau international. En effet, ce sont les pressions de l'opinion en faveur de la protection de l'environnement ou de la qualité de la vie qui incitent les États à promulguer des lois ou les industriels à proposer des produits respectueux de la nature. Les constructeurs de voitures acceptent les pots catalytiques quand ils savent que l'augmentation de prix correspondante ne découragera pas les acheteurs. C'est le vote « vert » des électeurs qui amène les gouvernements à se réunir pour collaborer au niveau international sur la couche d'ozone, autant que la prise de conscience des dangers. L'initiative et l'action viennent de la base comme du sommet : si tous acceptent de perdre quelques minutes pour trier leurs décrets et les déposer dans des poubelles appropriées, les communes se préoccuperont plus facilement d'installer des containers pour recueillir le verre ou le papier et organiser leur recyclage.

« Depuis le xviiie siècle la science et les techniques ne cessent de progresser.

Les effets bienfaisants de ces découvertes ne manquent pas : allongement de la vie, essor des communications...

M a i s l e u r s retombées peuvent aussi se révéler nocives, avec la pollution, l'invention d'armes nouvelles, ou des pratiques médicales défiant l'éthique. Louis de Broglie, physicien français dont les recherches aboutirent à des avancées techniques, s'est inquiété en 1 9 4 7 , dans son ouvrage P hysique et M icrophysique, des risques encourus par les hommes lorsqu'ils jouent aux apprentis sorciers.

C ependant, conscient de l'irréversibilité du progrès, il espère que « nous serons assez raisonnables pour employer l'accroissement de notre puissance à des fins bienfaisantes», et que l'homme montrera « la sagesse de sa volonté » après avoir fait preuve de « la force de son intelligence ». C et optimisme s'accorde-t-il avec la réalité ? Les conséquences du progrès, y compris depuis 1947, restent inquiétantes, et seule la coordination des efforts de tous permettra de justifier les espoirs du physicien. La science est destructrice autant que bienfaitrice.

En 1947, L.

de Broglie pouvait penser aux bombes de Hiroshima, aux expériences médicales nazies.

Si de tels désastres furent évités depuis, les menaces demeurent réelles dans plusieurs domaines. L'environnement souffre des méfaits dus aux techniques incontrôlées.

C haque jour une pollution insidieuse détruit la nature : des pluies acides attaquent les arbres ; les gaz industriels asphyxient les villes, et réduisent la couche d'ozone.

Des déchets radioactifs sont enfouis dans le sol ou dans la mer, sans que l'on sache toujours quels sont leurs effets.

L'accident de Tchernobyl a montré quelles catastrophes provoque l'insécurité des centrales nucléaires. La prolifération des armes reste aussi inquiétante malgré l'absence de conflit mondial depuis 1945.

C ette prolifération est dite verticale, lorsqu'elle se traduit par des améliorations techniques.

Par exemple, les ogives nucléaires sont désormais beaucoup plus puissantes qu'à Hiroshima ; la bombe à neutrons est capable de détruire les êtres sans toucher aux matériels ni aux bâtiments.

Mais on parle aussi de prolifération horizontale, parce que des pays, de plus en plus nombreux, se dotent de l'arme nucléaire (URSS, France, Grande-Bretagne, C hine depuis 1945) ou d'autres moyens moins performants, mais plus menaçants encore parce qu'il est tentant de les employer.

M algré une convention de Genève par laquelle de nombreux États ont proscrit les armes chimiques en 1925, celles-ci furent utilisées par l'Irak dans le conflit iranien (1980-1988). Les innovations médicales risquent de transformer la vie, la mort et l'identité des hommes.

P ar exemple, l'insémination artificielle permet à des couples stériles d'avoir un enfant, mais laisse d a n s l e s congélateurs des hôpitaux des ovules fécondés dont la destruction ou l'emploi éventuel posent des problèmes éthiques.

Les greffes donnent lieu à des trafics d'organes.

La science permet aussi de conserver artificiellement vivants durant des années des êtres cérébralement morts. O r le détournement des techniques vers des pratiques dangereuses ou immorales est difficile à éviter, car il favorise des intérêts économiques ou politiques très puissants et variés. A insi les pesticides, les engrais chimiques, les hormones accroissent la productivité de l'agriculture et de l'élevage, au détriment de la santé des humains ou de la terre.

La société de consommation multiplie les objets jetables, faits dans des matières peu coûteuses, comme le plastique, mais difficiles à éliminer.

Des firmes pétrolières peu scrupuleuses déversent leurs déchets en mer malgré les interdictions légales, au lieu de financer leur retraitement. La course aux armements s'explique par les rivalités entre les deux blocs, occidental et communiste, mais aussi par le désir des Etats du Tiers M onde de peser grâce à ce moyen sur la scène politique.

O n nomme les armes chimiques là « bombe des pauvres », car elles permettent d'inspirer le respect aux pays voisins même sans posséder l'arme nucléaire. M ais les intérêts et les comportements individuels ont aussi leur part dans ces méfaits : la multiplication des voitures au détriment des transports en commun augmente la pollution des villes; l'abus des médicaments, somnifères ou psychotropes, particulièrement en France, ruine en fait la santé de ceux qu'ils devraient soulager. Souvent ces phénomènes sont d'une complexité redoutable par les intérêts divers qui se mêlent pour les créer.

La médiatisation des compétitions sportives pousse ainsi les athlètes à se doper pour améliorer un record, au mépris de l'idéal olympique. C 'est pourquoi L.

de Broglie semble bien optimiste lorsqu'il espère que l'homme saura maîtriser la science par la sagesse de sa volonté.

Les tentatives faites pour sauver la nature ou éviter les usages immoraux de la science se heurtent donc à d'importantes difficultés.

C hico M endès, qui voulait protéger la forêt amazonienne de la déforestation, a été assassiné par ceux qui tirent profit de l'exploitation effrénée du bois.

Les lois, les règles de sécurité existantes sont souvent violées. L'optimisme de L.

de Broglie n'est possible que si une prise de conscience générale, et de tous les instants, s'oppose à ces tendances puissantes générées par la recherche du profit ou l'égoïsme. D'abord, la réflexion sur le progrès doit précéder l'action.

La recherche appliquée peut étudier, lors de la conception d'un produit, les moyens de rendre son élimination plus facile.

Le gaspillage des matières premières peut aussi être évité en privilégiant les énergies renouvelables : voiture et chauffage électriques ou solaires.

Dans le domaine médical, un conseil national d'éthique a été créé en 1983 pour réfléchir aux implications futures des découvertes récentes, et proposer des lois réglant leur application. Des réactions rapides peuvent enrayer une partie des méfaits déjà commis : interdiction de colorants dangereux, réserves naturelles pour protéger la faune et la flore, stations d'épuration ou centres de recyclage des déchets... M ais l'efficacité suppose une coordination des efforts, du niveau individuel au niveau international. En effet, ce sont les pressions de l'opinion en faveur de la protection de l'environnement ou de la qualité de la vie qui incitent les États à promulguer des lois ou les industriels à proposer des produits respectueux de la nature.

Les constructeurs de voitures acceptent les pots catalytiques quand ils savent que l'augmentation de prix correspondante ne découragera pas les acheteurs.

C 'est le vote « vert » des électeurs qui amène les gouvernements à se réunir pour collaborer au niveau international sur la couche d'ozone, autant que la prise de conscience des dangers. L'initiative et l'action viennent de la base comme du sommet : si tous acceptent de perdre quelques minutes pour trier leurs décrets et les déposer dans des poubelles appropriées, les communes se préoccuperont plus facilement d'installer des containers pour recueillir le verre ou le papier et organiser leur recyclage.

Quand une industrie est polluante, les gouvernements peuvent l'interdire, mais il est impossible de supprimer entièrement l'exploitation du pétrole par exemple.

La solution peut venir alors d'une taxe imposée aux pollueurs, qui servira à financer des actions en faveur de l'environnement.

M ais ces mesures n'excluent pas la promotion de produits ou pratiques moins nocifs. De même l'abus des médicaments n'est évitable que par l'information et la responsabilisation des malades.

Une légère dépression peut être traitée par d'autres moyens que des calmants violents, qui masquent les problèmes psychiques au lieu de vraiment les guérir. En matière d'éthique médicale, les décisions sont encore plus délicates.

En France, il existe une tradition du don gratuit de sang et d'organes, peu favorable aux trafics lucratifs.

Mais la prévention et la répression demeurent indispensables pour empêcher la contrebande.

De même, les restrictions apportées au phénomène des mères porteuses, l'encadrement de l'euthanasie ou des expériences faites sur des malades en état de mort clinique doivent veiller à concilier la liberté individuelle et les choix moraux d'une société entière.

C ar la recherche scientifique elle-même pose parfois des problèmes de conscience Q uant au désarmement actuel, il répond davantage à un souci d'économie des deniers de l'État, à l ' E s t c o m m e à l'O uest, qu'à l'attention portée aux mouvements pacifistes.

M ais seule la concertation confiante, au plus haut niveau, permet ces réductions et surtout leur contrôle par satellite ou inspection. La réduction des risques inhérents au développement des sciences dépend donc de facteurs divers et d'une collaboration complexe entre les différents acteurs. C omme le souligne L.

de Broglie, le progrès scientifique ne peut être stoppé : il reste impossible de « désinventer » la bombe, de renoncer au confort ou à la santé octroyés par les énergies et les médicaments nouveaux.

M ais croire que l'homme se montre spontanément sage dans son utilisation des techniques relève de la naïveté : il ne se soucie du gaspillage, de la pollution que depuis l'apparition manifeste des effets négatifs de l'industrialisation ; il ne surveille étroitement les pratiques médicales que depuis l'expérience tragique des médecins nazis. L e s progrès dans la maîtrise du progrès sont possibles et même réels depuis quelque temps.

Une prise d e c o n s c i e n c e mondiale émerge dans l e s nombreuses réunions internationales, comme le sommet de La Haye en 1989, où de nombreux chefs de gouvernement ont solennellement affirmé vouloir œuvrer pour la protection de l'environnement.

La percée du vote écologique en Europe y contribue. M ais l'essentiel se fait, se fera, grâce à la prise de conscience de chacun et par la volonté commune : nous pouvons tous bénéficier du progrès, nous devons aussi veiller à son contrôle.. »

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