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le conte sert-il sulement à divertir ?

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A première vue, nous commencerons par dire qu'il est parfaitement exact que le conte sert uniquement a divertir. En effet, il s'agit d'une forme littéraire parfaitement mineure, le plus souvent destinée à des lecteurs dont la raison n'est pas encore entièrement formée, auxquels ils s'adressent pour leur communiquer un sentiment de plaisir et d'amusement. Le conte apparait donc, en raison de sa caractéristique de genre de second ordre (beaucoup moins sérieux que la tragédie ou les maximes au XVIIe siècle, par exemple) comme un ouvrage a la fois divertissant pour le lecteur, et pour l'auteur qui le pratique comme un délassement intellectuel. Cependant, il faut bien prêter attention à l'adverbe de notre sujet : « seulement ». Il signifie que l'unique fonction du conte est de délasser, de divertir, et que nulle autre ne peut lui être trouvée. Loin de nous en tenir a cette position, ne pouvons nous pas penser au contraire que l'une des fonctions du conte est aussi de délivrer un message moral, sinon un avertissement ? Enfin, nous nous demanderons si le conte n'est pas en définitive un genre littéraire qui « avance caché » et qui, loin de ne servir qu'à divertir, se montre au contraire capable de porter un message subversif et de critiquer l'ordre politique et social en place.

« Le conte sert-il seulement à divertir ? Le conte est un récit de fiction généralement assez bref qui relate les actions, les épreuves, les péripéties vécues par un ou plusieurs personnages.

La plupart du temps, le conte avoue expressément son caractère de fictivité, c'est-à-dire le fait que l'histoire narrée se déroule dans un temps lointain et indéfini, comme l'annonce presque magiquement la formule célébrissime : « Il était une fois ».

Mais le temps n'est pas le seul aspect du conte qui soit indéfini : il en va de même de l'espace, dont l'actualisation reste vague et le plus souvent chimérique, étrangère a l'espace réel.

Enfin, nous noterons une dernière caractéristique importante du conte, qui est l'existence dans le cadre de celui-ci d'invraisemblances de toutes sortes.

Dans le conte, tout s'avère possible: un personnage peut dormir cent ans (comme « La belle au bois dormant ») les objets peuvent être doués de pouvoirs, les êtres faibles peuvent triompher du Mal (comme le « Vaillant petit tailleur »).

Les lois qui régissent l'univers des contes ne sont pas toujours les mêmes que celles qui régissent le monde réel, c'est pourquoi le conte appartient le plus souvent au genre du merveilleux, dont Roger Caillois a montré qu'il se définissait par l'existence de règles et de lois étrangères au monde réel, dont le fonctionnement apparait cependant normal et légitime. Par « divertir » nous entendrons une activité qui consiste à susciter un sentiment d'amusement chez autrui. A première vue, nous commencerons par dire qu'il est parfaitement exact que le conte sert uniquement a divertir.

En effet, il s'agit d'une forme littéraire parfaitement mineure, le plus souvent destinée à des lecteurs dont la raison n'est pas encore entièrement formée, auxquels ils s'adressent pour leur communiquer un sentiment de plaisir et d'amusement. Le conte apparait donc, en raison de sa caractéristique de genre de second ordre (beaucoup moins sérieux que la tragédie ou les maximes au XVIIe siècle, par exemple) comme un ouvrage a la fois divertissant pour le lecteur, et pour l'auteur qui le pratique comme un délassement intellectuel. Cependant, il faut bien prêter attention à l'adverbe de notre sujet : « seulement ».

Il signifie que l'unique fonction du conte est de délasser, de divertir, et que nulle autre ne peut lui être trouvée.

Loin de nous en tenir a cette position, ne pouvons nous pas penser au contraire que l'une des fonctions du conte est aussi de délivrer un message moral, sinon un avertissement ? Enfin, nous nous demanderons si le conte n'est pas en définitive un genre littéraire qui « avance caché » et qui, loin de ne servir qu'à divertir, se montre au contraire capable de porter un message subversif et de critiquer l'ordre politique et social en place. I. Le conte sert uniquement à divertir a. Le conte, un genre mineur divertissant pour l'auteur Nous commencerons par dire qu'effectivement, le conte est un genre qui ne sert qu'à divertir, et qui divertit tout d'abord son auteur.

En effet, si nous pensons à la classification des genres en fonction de leur valeur subjectivement reconnue, à laquelle s'est particulièrement livré le XVIIe siècle, nous dirons que le conte est considéré comme un genre mineur, une sorte de délassement littéraire pour esprits délicats.

En effet, le conte apparait comme un genre quelque peu vulgaire et campagnard en raison de deux facteurs : son origine et son public.

Loin d'être un genre noble théorisé par Aristote (comme la Tragédie) et de remonter a l'antiquité, le conte trouve ses racines au moyen âge et dans l'art des troubadours.

De plus, le conte est un genre que l'on retrouve dans les campagnes, pratiqué par les vieilles femmes qui les racontent aux enfants.

Nous dirons donc que le conte est d'abord destine à divertir l'auteur, car il est un « petit » genre a tous égards. b. Le conte, un texte qui n'a d'autre fonction que de divertir le lecteur D'autre part, nous pouvons continuer à affirmer que le conte est un genre qui ne sert qu'à divertir si nous nous penchons de plus près sur son public.

En effet, le conte est tout d'abord destine aux enfants : c'est le type de texte qui leur est lu a la veillée, ou au moment de se coucher, et qui sert principalement à les apaiser en les mettant en contact avec un univers fabuleux et manichéen, ou les forces du bien finissent par l'emporter sur les forces du mal, invariablement.

Parallèlement, nous dirons que le conte, en mettant en scène un univers fictif, imaginaire, aux lois distinctes du notre (on peut y voler, y rencontrer des êtres chimériques) est en dernier recours un genre qui ne prétend qu'a divertir, puisque par définition il ne peut rien nous apprendre sur notre monde, avec lequel il diffère totalement. II. Mais le conte a également une fonction morale fondamentale pour entendre ses enjeux a. « Conter pour conter me semble peu d'affaire » (Lafontaine) Cependant, nous ne pouvons en rester à une telle thèse.

En effet, le plus célèbre des fabulistes français nous met en garde contre la propension naturelle que nous avons à ravaler la dignité des genres prétendument mineurs que sont la fable et le conte au rang d'amusement digne des seuls enfants : “Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être; Le plus simple animal nous y tient lieu de maître. Une morale nue apporte de l'ennui: Le conte fait passer le précepte avec lui. En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire, Et conter pour conter me semble peu d'affaire”. La Fontaine, Le pâtre et le lion. Il faut prendre cet avertissement au sérieux et nous demander en quoi le conte est plus que ce qu'il se donne pour être.

Si « conter pour conter » semble « peu d'affaire » a La Fontaine, c'est incontestablement parce que le conte ne consiste pas qu'à raconter une simple histoire divertissante, mais bien à apporter quelque chose de plus substantiel a son lecteur (qui d'ailleurs n'est pas nécessairement un enfant).

Nous dirons donc que le conte ne sert pas qu'à divertir, mais aussi à envelopper une leçon morale. b. Le conte comme enveloppe d'une leçon morale Pour Charles Perrault, auteur important pour le genre du Conte et théoricien de celui-ci, le conte n'est nullement un simple moyen de divertissement, mais a au contraire une fonction d'instruction pour le lecteur, il a pour rôle de diffuser un savoir d'ordre moral.

En effet, pour Perrault, le conte en lui-même n'a pas de valeur éducative, mais il est l'enveloppe plaisante qui permet la transmission d'un message éducatif.

C'est ainsi que chez Perrault, dans la préface à ses Contes en vers et en prose, nous trouvons cette métaphore alimentaire qui explique sa capacité à délivrer un message éducative, d'autant mieux assimilé par l'enfant que celui-ci est d'abord plus attentif à l'histoire qui lui est contée : « N'est-il pas louable à des pères et à des mères, lorsque leurs Enfants ne sont pas encore capables de goûter les vérités solides et dénuées de tous agréments, de les leur faire aimer, et si cela se peut dire, les leur faire avaler, en les enveloppant dans des récits agréables et proportionnés à la faiblesse de leur âge ». Il semble donc que nous pouvons à bon droit affirmer que le conte n'est pas que divertissant, mais instructif pour le spectateur.

Il lui apprend quelque chose, qui est un savoir être, un savoir vivre en société, par la transmission de préceptes moraux.

Une telle thèse pourra être confirmée si nous considérons l'œuvre de l'abbé Prévost.

En effet, dans sa préface à Manon Lescaut, l'abbé Prévost définit ainsi l'utilité que son œuvre peut avoir pour un lecteur : « Chaque fait qu'on y rapporte est un degré de lumière, une instruction qui supplée à l'expérience ; chaque aventure est un modèle d'après lequel on peut se former : il n'y manque que d'être ajusté aux circonstances où l'on se trouve ».

Ainsi, nous dirons que le conte ne sert pas uniquement à divertir, mais nous apprend aussi à vivre puisqu'il est un supplément aux lacunes de l'expérience : dans la mesure où celle-ci est un bien difficile et dangereux à acquérir, le conte nous permet de nous former en amont de l'expérience, de savoir réagir de manière adéquate lorsque nous sortons du domaine de l'art pour entrer dans celui de la vie. III. Le conte, un instrument subversif de critique sociale et politique a. Le conte, un genre qui avance masqué Enfin, nous verrons que non seulement le conte ne sert pas qu'a divertir, mais qu'il est au contraire, en dépit des apparences qu'il manipule a son gré, un genre profondément subversif qui avance masqua, c'est-à-dire qui ne se donne pas pour ce qu'il est en vérité.

En effet, le conte est souvent un texte dont l'interprétation varie en fonction du degré de raison de celui qui le lit.

Prenons l'exemple du Petit Chaperon Rouge, qui parait être un texte mettant en garde les enfants contre les mauvaises rencontres, et, trivialement, leur inspirant une peur des animaux sauvages.

Mais en vérité, le texte peut également se lire comme une œuvre sur le libertinage : le loup est en effet une figure cryptée pour les séducteurs, et l'innocent chaperon l'archétype des jeunes filles qui se laissent séduire et entrent dans le lit de leurs prétendants.

Le texte est en vérité, en dépit de ses allures enfantines et innocentes, infiniment subversif, et lorsque le chaperon s'extasie sur les « grandes dents » du loup, l'auteur nous invite a penser qu'elle admire sans doute une autre partie anatomique de l'être qu'elle a devant les yeux, assez éloignée de la dentition ! b. Le conte au service d'une dénonciation de l'arbitraire Mais le conte n'est pas seulement subversif et crypté « : il peut s'avérer également contestataire.

En effet, le monde imaginaire qu'il met en scène peut se lire aussi comme un espace réfléchissant le monde réel et en dénonçant les travers en cachette.

Par exemple, nous pouvons voir la présence d'une figure royale dans nombre des contes de Perrault, notamment dans Le chat botte.

Dans ce texte, le roi est représente comme un amateur de vin rouge, qui se laisse aisément duper par un animal.

L'œuvre a donc un caractère souterrainement subversif, qui contribue à défigurer la figure royale de Louis XIV en personne.

Par ailleurs, dans Le petit poucet, le conte fait allusion a la pauvreté extrême des bucherons, aux famines et aux guerres qui ravagent un royaume imaginaire : celui-ci est en définitive l'image, le reflet du royaume de France, et l'œuvre, loin de ne servir qu'a divertir, a finalement une signification critique pour les conditions sociales des contemporains de l'auteur. Conclusion A première vue, le conte est un genre mineur qui ne sert à rien d'autre qu'a divertir son auteur et ses lecteurs enfantins.

Cependant, cet aspect mineur et divertissant du conte n'est en définitive qu'une apparence, le résultat d'une stratégie auctoriale.

Le conte est utile pour diffuser une leçon morale ; mais aussi un discours subversif sur les conditions politiques et sociales de son temps.

Loin d'être un genre enfantin et mineur, il est au contraire un genre de lutte et de critique sociale, un combattant de la clandestinité.. »

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