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Le comique n'a-t-il qu'une fonction de divertissement ?

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Voltaire, qu'il s'attaque aux mêmes Jésuites ou à l'optimisme du philosophe Leibniz dans Candide, est sans conteste le maître français de l'ironie décapante. « Le rire de Voltaire a détruit davantage que les pleurs de Rousseau », a écrit Alexandre Herzen. De nos jours, la chanson de Renaud contre M. Thatcher, les dessins de Plantu sur l'actualité dans le journal Le Monde, les films de Jean-Pierre Mocky comme Le Miraculé prolongent cette veine de l'irrévérence, dont le symbole restera sans doute la moustache mise à la Joconde par un surréaliste. L'une des meilleures preuves que le comique n'a pas seulement une fonction de divertissement est dans la censure ou les poursuites judiciaires qui frappe les oeuvres, parce que le pouvoir a peur de cette force subversive. Ainsi, malgré ses précautions, Molière a dû retirer de la scène Tartuffe, par lequel des Jésuites se sont sentis visés ; Philipon ou Daumier furent poursuivis pour leurs caricatures de Louis-Philippe (que Philipon transforma en poire...). Certains, comme Beaumarchais, inquiété pour les audaces de Figaro, prétendent vouloir seulement divertir, afin de masquer la portée de leurs critiques. Les fonctions du comique ne se limitent cependant pas au divertissement et à la critique. En disant qu'on ne peut faire du bon comique sans philosopher un peu, R.

« PLAN ADOPTÉ DANS LE DEVOIR I.

Le comique comme divertissement - La permanence du comique comme divertissement dans l'art - Ses différentes formes II.

Le comique comme redresseur de torts - Le comique au service des moralistes - Le comique au service de la subversion III.

Le comique comme moyen d'affronter la vie et la mort - L'humour - L'absurde DEVOIR RÉDIGÉ La fonction la plus évidente du comique dans les œuvres d'art est de divertir, distraire le public.

Divertere, distrahere signifient en latin « détourner » : l'art de l'acteur ou de l'auteur comique consiste à nous emmener loin de nos soucis, grâce à la force libératrice du rire.

Le succès des comédies, au théâtre comme au cinéma, s'explique ainsi. Raymond Devos dit un jour : « On ne peut pas faire de bon comique sans philosopher un peu.

» Selon lui, le rire ne se limite pas à permettre une évasion temporaire ; il nous ramène au contraire à la vie réelle, nous fait méditer sur notre sort et nos semblables. Les œuvres concilient-elles ces fonctions, a priori contradictoires ? L'analyse des comédies, des caricatures, des parodies montre que, si la volonté de divertir est le plus souvent présente chez les artistes, elle reste rarement gratuite, et se double en général d'un enseignement moral ou d'une réflexion sur la condition humaine. Le divertissement est indispensable à l'homme: ce plaisir permet d'oublier les aspects négatifs de la vie.

Or, remarque Molière dans La Critique de l'École des femmes, « c'est une étrange entreprise que de faire rire les honnêtes gens ».

Des artistes passent maîtres dans cet art difficile et se spécialisent même selon le public : V. Hugo observe dans L'Homme qui rit que « Le peuple a besoin de rire ; les rois aussi ».

Ainsi au XVIIe siècle la farce, par son comique grossier composé de coups de bâton ou d'allusions grivoises, s'adresse aux basses couches de la société, tandis que la comédie de mœurs intéresse davantage les bourgeois et la cour.

Molière cependant trouvera un égal succès devant ses spectateurs grâce aux Fourberies de Scapin ou aux Femmes savantes. Ce besoin de rire, auquel répondent les artistes, est constant dans l'histoire, quelles que soient les civilisations, et donc dans l'art.

Des genres consacrés à cette fonction se forment, parfois disparaissent, le plus souvent perdurent. La comédie naît avec le théâtre durant l'Antiquité grecque, la satire s'y ajoute chez les Romains avec Horace ou Juvénal, la farce et les fabliaux distraient les populations du Moyen Age.

La caricature, les chansons satiriques traversent les siècles.

Lorsqu'un nouvel art apparaît, des créateurs s'en emparent pour distraire leurs contemporains: l'un des premiers films de Louis Lumière, L'Arroseur arrosé, reprend un procédé comique vieux comme le monde, celui du méchant puni par où il a péché, comme dans La farce du cuvier ou La farce de Maître Pathelin. Les comédies musicales, des acteurs metteurs en scène comme Charlie Chaplin, Jacques Tati, Woody Allen suivent ces traces. Des artistes qui ne se consacrent pas au comique lui donnent pourtant une place dans leurs œuvres, toujours pour distraire le public.

Déjà les « mystères » du Moyen Age, qui mettaient en scène la vie du Christ ou des saints devant les églises, et qui pouvaient durer des heures ou des jours, ménageaient des intermèdes plaisants pour atténuer la tension provoquée par le sérieux ou le tragique de leurs récits.

Ainsi naquirent les « farces », détachées ensuite de ce contexte pour devenir des œuvres à part entière.

De même, des films policiers ou d'aventures, comme Le Grand Sommeil d'Howard Hawks ou Indiana Jones de Steven Spielberg, prévoient des moments de détente ou des dialogues humoristiques pour ajouter le charme du rire à celui du genre cinématographique choisi. « Ceux qui savent pourquoi cette espèce de joie qui excite le ris retire vers les oreilles le muscle zigomatique, l'un des treize muscles de la bouche, sont bien savants », note Voltaire dans son Dictionnaire philosophique.

La difficulté augmente du fait que les origines du comique sont très variées.

Selon H.

Bergson dans Le Rire, « il faut distinguer le comique que le langage exprime et celui que le langage crée ».

On peut ainsi distinguer le comique de situation, par exemple les quiproquos* dus aux aventures des jumeaux ou des sosies, dans La comédie des erreurs de W. Shakespeare, Amphitryon de Molière ou le film Les Jumeaux joué par P.

Richard, et le comique du langage dans les sketches de R.

Devos ou Un mot pour un autre de J.

Tardieu.

Comme l'art en général, le comique dans les œuvres a la vertu de nous affranchir de la vie quotidienne ou même des lois de la nature : retour vers l'innocence ou l'insolence enfantine avec Zazie dans le métro de R.

Queneau, rire né de la fantaisie dans les dessins animés où le héros tombe d'une falaise puis rebondit, plaisir des tours de magie réussis ou ratés dans Merlin l'enchanteur de Walt Disney, situations cocasses nées de la faculté de transformation de Woody Allen dans Zélig. Le divertissement n'est cependant pas la seule fonction du comique dans les œuvres.

Pour Molière, dans L'Impromptu de Versailles, « l'affaire de la comédie est de présenter en général tous les défauts des hommes », pour instruire en distrayant. Les moralistes en effet utilisent notre faculté de nous moquer des vices d'autrui pour nous donner des leçons de morale plus efficaces : quand nous rions des ridicules de l'avare de Molière, nous le condamnons implicitement, et. »

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