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« Le comique étant intuition de l'absurde, il me semble plus désespérant que le tragique. Le comique n'offre pas d'issue. » Commentez et discutez ces propos d'Eugène Ionesco in Notes et Contre-notes, 1966 ?

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Dans les farces de Molière, les puissants et les nobles sont en effet souvent tournés en ridicule et ont besoin de leurs valets pour se sortir de situations compliquées : cf. Les Fourberies de Scapin. Le comique libère ici des pensées souvent refoulées et agit comme un exutoire.   - Existence d'une catharsis comique : le mécanisme de la catharsis comique est à certains égards le contraire de la catharsis tragique: au lieu de souffrir avec le protagoniste qui malgré son rang nous ressemble, ici on s'en désassocie, toute notre réaction est d'éviter de lui ressembler. C'est le rire qui marque cette distance, ce refus de compassion. C'est cette notion de la fonction comique qu'affirme Molière dans la Critique de l'École des femmes et L'impromptu de Versailles. Comme le dit Dorante, le but de l'auteur comique est d'« entrer [...] dans le ridicule des hommes, et [...] rendre agréablement sur le théâtre les défauts de tout le monde » . La comédie est, non moins que la tragédie, « utile »; elle permet de voir et ainsi d'éviter l'excès; c'est à ce titre que Voltaire a pu invoquer les deux genres comme des manifestations complémentaires d'une seule et même pratique: Je regarde la tragédie et la comédie comme des leçons de vertu, de raison et de bienséance.

« Analyse et problématisation Ce sujet porte sur un registre, le « comique », le registre du rire et de la dérision à travers l'énigmatique expression de Ionesco, célèbre dramaturge, pionnier du théâtre de l'absurde : « Le comique n'offre pas d'issue ».

Pour mieux la comprendre, on peut remettre cette expression dans le contexte de la phrase où elle apparaît :« Le comique étant intuition de l'absurde, il me semble plus désespérant que le tragique.

Le comique n'offre pas d'issue.

» Le comique est envisagé dans cette phrase dans une opposition au registre tragique (qui lui aurait alors une issue) ; il est montré paradoxalement comme plus désespérant que le tragique du fait de caractère absurde. Si le comique « n'offre pas d'issue », cela veut dire que l'on ne peut sortir du comique, qu'il est une sorte d'enfermement angoissant qui ne conduit à rien d'autre qu'à lui-même, qu'à sa propre dérision.

Si le comique « n'offre pas d'issue » c'est aussi qu'il n'offre aucune solution aux problèmes qu'il dénonce en les tournant en dérision, il montre les problèmes tout en affirmant l'impossibilité de les résoudre. Problématique : Le comique est-il un registre angoissant figurant une situation désespérée dont on ne peut sortir ? N'est-il pas un remède à l'angoisse ? I) Le comique est profondément absurde donc sans issue (par rapport au tragique qui en offre une) - Le comique est un moyen de révéler l'absurdité du monde : c'est ici en particulier le comique dit « absurde » qui révèle cette absurdité du monde. Ex : · Ionesco crée le comique dans ses pièces à travers des situations et/ou des répliques absurdes. (cf.

La Cantatrice chauve : incipit présentant une famille « anglaise », ayant un mode de vie « anglais » à la répétition de l'adjectif « anglais » associé de façon étrange à certains éléments crée le comique : on rit parce que c'est absurde.

Cf.

aussi Rhinocéros ou la situation présentée, à savoir la transformation des hommes en rhinocéros n'est pas du tout réaliste et, confinant à l'absurde, prête à rire) · les personnages de Beckett par leur difformité et leur caractère irréel peuvent prêter à rire mais ce rire masque une angoisse plus profonde qui se cache derrière ces personnages : celle de la mort et de l'absurdité de la vie qui nous engloutit peu à peu.

Cf.

Le personnage sympathique et étrange de Winnie dans Oh les Beaux Jours, enterrée dans une motte de terre dont ne dépasse que sa tête et ses bras mais qui reste une femme coquette.

Derrière la fantaisie se cache une angoisse profonde. à le comique n'est donc que le masque grimaçant d'un sentiment tragique de l'existence. - Le comique est « sans issue » car il révèle l'absurdité du monde en jetant un déni sur le langage.

Le langage est le signe de toutes les dépossessions puisqu'il a été appris et imposé de l'extérieur.

Faire que ce langage prête à rire, c'est détruire la plus sûre assise de la société.

Le comique fait flotter le langage entre le sens et le non sens, en le présentant comme un simple mécanisme (cf.

le principe même du jeu de mot ou de la contre pétrie réduit le langage à un mécanisme.) Ce qui provoque le rire est le placage de mécanique sur du vivant, pour reprendre ici la thèse de Bergson dans Le Rire.

Dès lors, le langage ne signifie plus rien d'extérieur à lui, il perd sa valeur de signe et ne renvoie plus qu'à lui-même. Ex : · Ionesco prend les mots au pied de la lettre et fait naître des objets ou des gestes qui possèdent un aspect comique : par exemple, on demande à Choubert de remonter dans son souvenir et il grimpe sur une table, de fouiller son passé et il mime « une descente au fond des eaux ».

Cette littéralité du langage crée le comique mais elle montre aussi que le langage échappe au contrôle de l'homme, qu'il n'est en rien le produit d'une vie intérieure ou d'une spiritualité pure. · L'usage constant de la répétition de mots ou d'expression venant ponctuer ses pièces chez Beckett prête à rire car ces expressions sont souvent incohérentes et ne veulent rien dire (cf.

« On attend Godot » dans En attendant Godot, « Quelque chose suit son cours dans Fin de partie…), mais, par là même, se présente comme angoissant :la répétition révèle qu'il suffit d'abandonner les mots à leur tendance incoercible à fabriquer du sens pour qu'ils éclatent alors et se ridiculisent d'euxmêmes : il suffit de parler pour se perdre.

La mort du langage par le comique de répétition chez Beckett fait écho au langage de la mort.

Et si on rit c'est seulement comme l'affirme Lucky « d'un rire sans joie, d'un rire qui rit du rire… du rire qui rit… de ce qui est malheureux » - Le comique s'oppose ainsi au registre tragique qui, lui, semble offrir plusieurs issues.

Comme l'affirme Ionesco, le comique est « plus désespérant que le tragique » car il révèle de façon grinçante le malheur et l'angoisse existentielle des hommes et empêche d'en sortir.

Le tragique, même s'il révèle aussi le malheur humain propose plusieurs issues à ce malheur.

Le dénouement tragique propose toujours une porte de sortie : Ex : · L'issue est souvent la mort, qui permet le soulagement des souffrances ( notons a contrario que, dans les pièces de Beckett, les personnages ne peuvent pas mourir : ils sont au seuil de la mort et n'en « finissent pas de mourir » sans jamais basculer de l'autre côté) : cf.

Antigone · L'issue peut être aussi l'exil : cf.

Œdipe dans Œdipe Roi de Sophocle est exilé et va trouver la paix dans son exil ( cf.

Œdipe à Colonne) · L'issue peut être par ailleurs, le choix de se retirer du monde, dans la confession religieuse, choix. »

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