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L'abbé d'Aubignac écrivait en 1657 dans sa Pratique du théâtre: Les poètes tragiques prennent de l'Histoire ce qui leur est à propos et y changent le reste pour en faire leurs poèmes, et c'est une pensée bien ridicule d'aller au théâtre pour apprendre l'Histoire. Discuter cette théorie et examiner si elle s'applique au théâtre de Corneille ?

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Une autre critique régulière du Cid stigmatise l'effet de surcharge créé par la condensation d'une intrigue de plusieurs années en une seule journée de crise. Le naturel historique se fait incongru sur une scène, et vice-versa.   III : Pour une histoire non factuelle   _Sous l'Histoire mythique et mythifiée, le spectateur d'une pièce de Corneille reconnaît les enjeux de sa propre époque. De ce point de vue, Le Cid, est écrit dans le contexte de la fin de la guerre franco-espagnole. De même les metteurs en scène d'aujourd'hui relient volontiers la guerre contre les maures menée par Rodrigue, et les problématiques propres au Moyen-Orient moderne. Le théâtre est un langage symbolique, aussi peut-il servir d'ossature à une réflexion historique de n'importe quelle époque. _Le théâtre en général, et tout particulièrement celui de Corneille, est à l'âge classique un lieu privilégié de l'expression politique, en ce qu'il déplace les circonstances historiques du problème traité, tout en respectant la problématique que celle-ci soulève. Ainsi, la tragédie de Nicomède traite de manière implicite mais très claire les infortunes du prince de Condé, enfermé pour son soutien à la Fronde de Paris. _Enfin, de façon quelque peu ironique, Corneille est lui-même devenu un sujet d'Histoire (sa bibliographie est marquée par la création de l'académie, protection, puis la brouille avec  Richelieu, la prise de position dans la querelle entre jésuites et jansénistes, le soutien à Mazarin au cours de la Fronde...) Ce n'est plus le sujet de la pièce, c'est la pièce elle-même qui devient matière historique.

« Introduction _Le propos ici tenu par l'Abbé d'Aubignac, s'il n'en fait pas mention explicite, n'en est pas moins étroitement lié à l'œuvre de Corneille.

En effet, d'Aubignac a fait partie du comité de lecture chargé de la première lecture d'Horace, à connu personnellement Corneille, et son essai est largement et inspiré par l'expérience du théâtre cornélien.

De fait, l'accueil du dramaturge par le public français s'est accompagné d'une vive controverse visant à déterminer jusqu'à quel point le style tragique se doit de correspondre aux données historiques qu'il traite, et inversement, dans quel mesure l'exigence poétique autorise l'auteur à se libérer du principe de fidélité historique.

Cette problématique, toutefois, doit-elle être comprise de la même manière chez un contemporain de Corneille tel que d'Aubignac, et chez un spectateur moderne ? I : Le théâtre cornélien, un théâtre historique _En effet, le lecteur ou le spectateur de Corneille ne doit pas oublier l'Histoire n'est pas à proprement parler une série d'évènements : c'est une discipline, et jusqu'à un certain point, un exercice d'écriture et de mise en scène.

De fait, la poésie et le théâtre ont longtemps assumé auprès du public la fonction qu'on attribue aujourd'hui à la discipline historique. Le travail de documentation qui sous-tend les principales tragédies de Corneille est à ce titre révélateur : l'auteur indique ainsi précisément dans sa préface à Polyeucte les sources à partir desquelles il a déterminé l'intrigue de sa pièce, afin, ditil, que le lecteur puisse « démêler la vérité d'avec ses ornements ». _L'affirmation même de d'Aubignac, selon laquelle apprendre l'Histoire au théâtre est ridicule, prouve bien la tendance du public à traiter l'œuvre historique sur le même pied que l'historiographie.

De façon plus nette encore, le réflexe classique est de valoriser la tragédie historique ou mythique, au détriment des comédies de l'auteur telles que L'Illusion comique ou La Place Royale, dont l'intrigue se situe dans le Paris du XVIIe siècle.

Ainsi le genre historique est reconnu comme « sérieux », et doit inspirer au spectateur des sentiments nobles, contrairement aux faits quotidiens, jugés plus propres au ton léger. II : Le poème tragique, une nécessaire distorsion de la matière historique _Dans Le Cid, le thème de la Reconquista espagnole n'est effectivement qu'un prétexte pour aborder un dilemme psychologique posé par l'articulation du devoir politique et du devoir courtois.

De même, l'Histoire de Rome n'est qu'un prétexte littéraire à partir duquel la tragédie d'Horace oppose le désir amoureux au désir héroïque. _Il est donc indubitable que l'enjeu d'une valeur historique de la tragédie cornélienne en dissimule un autre, plus essentiel, qui est celui de la valeur morale du récit historique.

La célèbre querelle qu'avait soulevé la présentation du Cid portait à priori sur un problème spécifiquement scénique, à savoir la légitimité d'un écart entre le vrai et le vraisemblable.

Aux attaques de Scudéry qui accuse Corneille de l'immoralité de Chimène épousant l'assassin de son père, l'auteur se défend au nom de la vérité historique...

Manifestement, les critiques adressées au Cid n'étaient pas tant soulevées par la liberté prise par Corneille vis-à-vis de son sujet, que par la moralité douteuse qui s'en dégageait. _Il faut donc en conclure, conformément à l'exigence des opposants à Corneille, que la règle historique ne saurait s'adapter à la règle littéraire.

Le respect des unités de lieu, de temps et d'action, dans la tragédie Cornélienne, apparaît comme une contrainte qui pousse obligatoirement le dramaturge à modifier profondément les données historiques, toujours nées de mille phénomènes indépendants et étalées dans le temps et l'espace.

Une autre critique régulière du Cid stigmatise l'effet de surcharge créé par la condensation d'une intrigue de plusieurs années en une seule journée de crise. Le naturel historique se fait incongru sur une scène, et vice-versa. III : Pour une histoire non factuelle _Sous l'Histoire mythique et mythifiée, le spectateur d'une pièce de Corneille reconnaît les enjeux de sa propre époque.

De ce point de vue, Le Cid, est écrit dans le contexte de la fin de la guerre franco-espagnole.

De même les metteurs en scène d'aujourd'hui relient volontiers la guerre contre les maures menée par Rodrigue, et les problématiques propres au MoyenOrient moderne.

Le théâtre est un langage symbolique, aussi peut-il servir d'ossature à une réflexion historique de n'importe quelle époque. _Le théâtre en général, et tout particulièrement celui de Corneille, est à l'âge classique un lieu privilégié de l'expression politique, en ce qu'il déplace les circonstances historiques du problème traité, tout en respectant la problématique que celle-ci soulève.

Ainsi, la tragédie de Nicomède traite de manière implicite mais très claire les infortunes du prince de Condé, enfermé pour son soutien à la Fronde de Paris. _Enfin, de façon quelque peu ironique, Corneille est lui-même devenu un sujet d'Histoire (sa bibliographie est marquée par la création de l'académie, protection, puis la brouille avec Richelieu, la prise de position dans la querelle entre jésuites et jansénistes, le soutien à Mazarin au cours de la Fronde...) Ce n'est plus le sujet de la pièce, c'est la pièce elle-même qui devient matière historique.

Après tout, l'Histoire littéraire est bien un aspect de l'Histoire. Conclusion _Dans son recueil Les Caractères, La Bruyère parle ainsi de Corneille : « Il peint les romains : ils sont plus grands et plus Romains dans ses vers que dans leur histoire ».

De ce fait, l'affirmation de l'abbé d'Aubignac s'avère plus légitime dans sa signification moderne : la tragédie cornélienne, en effet, fait de l'Histoire la scène d'affrontements héroïques entre le désir, le devoir et l'individu.

Le fait historique est bien conservé dans Cinna, mais sa signification se fait épique et non plus chrétienne.

De ce point de vue, le spectateur de Corneille qui croirait s'instruire des choses passées ne s'instruit que de la part vivante de l'écriture historique, il y apprend un langage qui n'est fait que pour être entendu par le contemporain.

Mais l'historiographie elle-même, n'est-elle pas vouée en réalité à établir un pacte de lecture d'un type particulier entre un narrateur et son lecteur, entre des personnages et leur public ?. »

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