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« J'ai l'optimisme de croire qu'on a enfin compris dans les autres sphères de l'Enseignement que plus un auteur est proche de l'enfant dans le temps, plus il a de chance de l'intéresser et de l'enrichir. Toute éducation littéraire doit commencer par les contemporains » écrit Michel Tournier dans Le Vent Paradet (1977). Partagez-vous cette opinion? Vous illustrerez votre pensée par des exemples précis tirés de vos lectures.

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Les mentalités ont évolué, et la morale a changé vers une moins grande rigidité : ils ne peuvent qu'être surpris devant l'éducation des enfants dans les romans de la Comtesse de Ségur, et si les bêtises de Sophie les amusent encore, les sermons et les punitions leur paraissent tout à fait excessifs, et même parfois incompréhensibles. Ainsi, grâce à la littérature contemporaine, on peut supposer que l'enfant non dépaysé acceptera ce qu'il lit, il le comprendra mieux, et il apprendra donc plus volontiers, à partir de textes plus proches de ses préoccupations quotidiennes. Mais cette facilité apparente se révèle bien souvent illusoire, et l'éducateur constate plus d'une fois avec surprise combien un enfant, d'abord attiré par une oeuvre contemporaine, l'apprécie moins ensuite qu'une oeuvre classique : elle se révèle à l'usage aussi difficile ; sinon plus, par la langue, par la structure, et par les idées. La barrière de la langue ne disparaît pas par magie lorsqu'on aborde des textes modernes : on a assez parlé des registres de langage pour savoir que le langage moyen d'un enfant est beaucoup plus pauvre en vocabulaire et en tours syntaxiques que ne l'est un poème de Pré vert ou un roman de Pagnol. Divers tests de langage montrent les lacunes extraordinaires des enfants, dans de nombreux domaines, dès qu'on sort des mots d'usage pratique : le test présenté par A. Peyrefitte dans La Rosé se fanera et pratiqué sur des élèves de Seconde est révélateur à cet égard, puisqu'il utilise des termes courants dans la presse et l'information télévisée. Les réponses aux questionnaires de la classe de Sixième et de Seconde du rapport Girault sur l'histoire sont tout aussi impressionnants. La structure des textes modernes est souvent moins claire que celle des oeuvres d'autrefois ; on exige moins de rigidité dans la construction, alors qu'une pièce classique comporte cinq actes et obéit à des règles strictes, et qu'une fable de La Fontaine est organisée autour d'une exposition, d'une intrigue et d'un dénouement suivi d'une morale : l'enfant sait ainsi où il va, il a moins de mal à se retrouver que dans le désordre naturel et spontané d'un poème moderne. Pour des enfants plus grands, les idées des auteurs modernes constituent souvent un obstacle : les adolescents sont parfois plus enthousiasmés à l'idée d'étudier La Nausée de Sartre ou La Peste de Camus, mais il s'aperçoivent bien vite que Le Père Goriot de Balzac ou Le Rouge et le Noir de Stendhal leur donnait beaucoup moins de difficultés : les idées sont moins philosophiques dans les textes du xixe siècle, et le roman est conçu selon un schéma plus compréhensible. De la même façon, L'Écume des Jours de Boris Vian séduit souvent les jeunes par son côté surréaliste et anticonventionnel, mais ils comprennent vite que c'est beaucoup plus difficile à étudier qu'un roman de Zola.

« « J'ai l'optimisme de croire qu'on a enfin compris dans les autres sphères de l'Enseignement que plus un auteur est proche de l'enfant dans le temps, plus il a de chance de l'intéresser et de l'enrichir.

Toute éducation littéraire doit commencer par les contemporains » écrit Michel Tournier dans Le Vent Paradet (1977).

Partagez-vous cette opinion? Vous illustrerez votre pensée par des exemples précis tirés de vos lectures. L'éducation des enfants soulève beaucoup de controverses : certains prétendent qu'ils ne s'intéressent plus à rien, qu'ils n'apprennent plus rien, qu'ils ne savent même plus lire, tandis que d'autres soutiennent que si on leur offrait des œuvres d'auteurs contemporains, leur attention se réveillerait, et ils feraient des prodiges.

C'est l'opinion soutenue par Michel Tournier dans Le Vent Paradet : « J'ai l'optimisme de croire qu'on a enfin compris dans les hautes sphères de l'Enseignement que plus un auteur est proche de l'enfant dans le temps, plus il a ta chance de l'intéresser et de l'enrichir.

Toute éducation littéraire doit commencer par les contemporains ! Si les auteurs contemporains paraissent plus proches de l'enfant, ils sont parfois moins abordables pour lui, et il préfère souvent la littérature d'autrefois. Les auteurs contemporains paraissent au premier abord plus susceptibles d'intéresser l'enfant, car ils ne comportent en principe d'obstacles ni de langue, ni de milieu, ni d'idées. Le langage du xvie et xviie siècles est difficile pour un enfant : les aventures de Gargantua le feraient peut-être rire s'il les comprenait, et les plaisanteries des Plaideurs, passent tout à fait inaperçues, tellement le texte a besoin d'une traduction.

C'est d'ailleurs le reproche que Rousseau faisait déjà à La Fontaine lorsqu'il déplorait l'obscurité de la fable Le Corbeau et le Renard : « Maître Corbeau sur un arbre perché » suggérait à l'enfant, peu habitué aux inversions, que c'était l'arbre qui était perché. Les œuvres contemporaines ont aussi l'avantage de décrire les habitudes familières à l'enfant, des familles qui ressemblent à la sienne, des maisons qui ne le dépaysent pas.

Quand un jeune lecteur se trouve devant C'est Mozart qu'on assassine de Gilbert Cesbron, il se reconnaît dans le petit garçon, et il comprend les problèmes de sa famille.

Quand il voit une pièce de Molière, il ne comprend plus l'attitude de ces pères nobles qui interviennent toujours dans le mariage de leur fille, se lamentent sur la dot — ils ne savent même plus ce que c'est —, ils s'étonnent devant ces médecins maladroits et ignorants qui n'ont plus beaucoup de ressemblances avec les praticiens qu'ils rencontrent à l'hôpital. Les idées développées dans les œuvres récentes sont elles aussi plus proches de l'enfant, et donc ont plus de chance de l'intéresser que ne peuvent le faire les sentiments de Corneille : ils se sentent plus touchés par les difficultés des trois adolescents décrits dans Malataverne que par les dilemmes cornéliens de Rodrigue dans Le Cid.

Les mentalités ont évolué, et la morale a changé vers une moins grande rigidité : ils ne peuvent qu'être surpris devant l'éducation des enfants dans les romans de la Comtesse de Ségur, et si les bêtises de Sophie les amusent encore, les sermons et les punitions leur paraissent tout à fait excessifs, et même parfois incompréhensibles. Ainsi, grâce à la littérature contemporaine, on peut supposer que l'enfant non dépaysé acceptera ce qu'il lit, il le comprendra mieux, et il apprendra donc plus volontiers, à partir de textes plus proches de ses préoccupations quotidiennes. Mais cette facilité apparente se révèle bien souvent illusoire, et l'éducateur constate plus d'une fois avec surprise combien un enfant, d'abord attiré par une œuvre contemporaine, l'apprécie moins ensuite qu'une œuvre classique : elle se révèle à l'usage aussi difficile ; sinon plus, par la langue, par la structure, et par les idées. La barrière de la langue ne disparaît pas par magie lorsqu'on aborde des textes modernes : on a assez parlé des registres de langage pour savoir que le langage moyen d'un enfant est beaucoup plus pauvre en vocabulaire et en tours syntaxiques que ne l'est un poème de Pré vert ou un roman de Pagnol.

Divers tests de langage montrent les lacunes extraordinaires des enfants, dans de nombreux domaines, dès qu'on sort des mots d'usage pratique : le test présenté par A.

Peyrefitte dans La Rosé se fanera et pratiqué sur des élèves de Seconde est révélateur à cet égard, puisqu'il utilise des termes courants dans la presse et l'information télévisée.

Les réponses aux questionnaires de la classe de Sixième et de Seconde du rapport Girault sur l'histoire sont tout aussi impressionnants. La structure des textes modernes est souvent moins claire que celle des œuvres d'autrefois ; on exige moins de rigidité dans la construction, alors qu'une pièce classique comporte cinq actes et obéit à des règles strictes, et qu'une fable de La Fontaine est organisée autour d'une exposition, d'une intrigue et d'un dénouement suivi d'une morale : l'enfant sait ainsi où il va, il a moins de mal à se retrouver que dans le désordre naturel et spontané d'un poème moderne. Pour des enfants plus grands, les idées des auteurs modernes constituent souvent un obstacle : les adolescents sont parfois plus enthousiasmés à l'idée d'étudier La Nausée de Sartre ou La Peste de Camus, mais il s'aperçoivent bien vite que Le Père Goriot de Balzac ou Le Rouge et le Noir de Stendhal leur donnait beaucoup moins de difficultés : les idées sont moins philosophiques dans les textes du xixe siècle, et le roman est conçu selon un schéma plus compréhensible.

De la même façon, L'Écume des Jours de Boris Vian séduit souvent les jeunes par son côté surréaliste et anticonventionnel, mais ils comprennent vite que c'est beaucoup plus difficile à étudier qu'un roman de Zola. Contrairement à l'opinion la plus répandue, l'enfant peut manifester spontanément du goût pour les auteurs d'autrefois, qui lui seront tout à fait probables si l'éducation littéraire les lui fait comprendre et aimer. L'enfant aime souvent les choses anciennes, et les œuvres anciennes, qui ont pour lui un côté « conte de fée » un peu magique.

Les fables de La Fontaine, les contes de Voltaire, les pièces de Molière et de Beaumarchais le font pénétrer dans un monde un peu mythique qui ne leur déplaît pas ; et même s'ils ne comprennent pas tout, le mystère constitue un charme supplémentaire.

D'autre part, l'enfant a souvent plus de facilités que l'adulte à entrer dans un autre univers, il a moins d'à priori, il est plus malléable.

Enfin, il n'a pas toujours envie de retrouver sa vie quotidienne, il a plutôt envie de rêver, et il rêve autant sinon plus avec Les Trois Mousquetaires ou le Tour du monde en quatre-vingts jours qu'avec des romans de science-fiction. Ce serait une erreur de penser que l'enfant a toujours un goût par lui-même, et ce serait oublier que l'éducateur a lui aussi un rôle à jouer.

Il a d'abord un rôle d'explication, et c'est ainsi qu'on peut critiquer les objections de Rousseau contre les fables de la Fontaine : que fait donc le précepteur, s'il n'est pas capable d'expliquer à Emile que ce n'est pas l'arbre qui est perché, mais le corbeau? L'éducation littéraire, ce n'est pas de suivre systématiquement toutes les erreurs de l'enfant, c'est de l'éclairer, c'est de lui montrer que ce qu'il ne comprend pas a un sens, et peut même être intéressant et enrichissant ; c'est là le second rôle de l'éducateur, un rôle de séduction.

S'il aime lui-même un poème ou un roman, il le fera découvrir à l'enfant, il saura le lui faire apprécier, et il lui procurera un certain plaisir.

Les élèves qui commencent à étudier Éluard ou Proust le trouvent souvent obscur et rébarbatif, et pourtant certains l'aiment beaucoup par la suite, si leur professeur a su le leur faire aimer.

Le caractère ancien du texte ne constitue plus alors un obstacle, mais il faut admettre que c'est souvent une facilité d'accrocher les adolescents avec le visuel, l'immédiat, l'actualité, cela évite de réfléchir, mais il n'en reste pas grand-chose par la suite. La phrase de Michel Tournier soutient une idée apparemment logique, mais en réalité tout à fait contestable.

On a d'ailleurs fait la même erreur avec l'histoire, quand on a pensé que les enfants ne s'intéressent plus qu'aux événements contemporains, alors qu'ils adorent les chevaliers et Napoléon.. »

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