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Horace

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Il est probable qu'Horace ne s'attarda pas à Rome après l'inoubliable journée du 3 juin de l'an 17 av. JC. Ce jour-là avait été le troisième jour des jeux séculaires solennellement organisés par Auguste et c'est Horace qui avait composé la grande cantate officielle exécutée au Palatin et au Capitole par trente-quatre jeunes gens et jeunes filles choisis parmi les meilleures familles romaines. Il en avait créé la musique aussi bien que les vers. Il avait dirigé lui-même la noble chorale. La monodie chantait encore dans sa mémoire de compositeur et il savait bien que Rome n'oublierait pas de longtemps la troisième strophe, où l'actuel destin de la Ville s'amplifiait jusqu'au plan cosmique : Bon soleil, toi qui nais chaque jour, pour les hommes, Différent et pareil, en ton char radieux, Puisses-tu ne rien voir en parcourant les cieux Qui soit plus grand, dans le monde, que Rome ! Décidément, Horace était bien devenu le grand poète de l'empire et en se promenant dans les jardins de sa villa, ombragés par les monts Sabins, l'homme dont la devise était qu'il ne faut s'étonner de rien ne pouvait toutefois s'empêcher de s'émerveiller devant les contrastes et les paradoxes qui avaient jalonné sa carrière. Quintus Horatius Flaccus était né à Venouse, quarante-huit ans auparavant, dans la montagneuse et peu fertile Apulie. Son père, qui était d'origine servile, lui avait fait donner une éducation princière au point de l'envoyer, avec les fils de famille, achever ses études à Athènes. C'est là qu'Horace, alors âgé de vingt-deux ans, avait commis la terrible erreur qui, sans la protection des Muses, n'aurait pas manqué de lui être funeste : dans un beau mouvement d'enthousiasme juvénile, il s'était enrôlé sous la bannière des assassins de César. Il avait même, ô imprudence ! accepté un grade d'officier dans l'armée de Brutus.

« Horace Il est probable qu'Horace ne s'attarda pas à Rome après l'inoubliable journée du 3 juin de l'an 17 av.

JC .

Ce jour-là avait été le troisième jour des jeux séculaires solennellement organisés par Auguste et c'est Horace qui avait composé la grande cantate officielle exécutée au Palatin et au Capitole par trente-quatre jeunes gens et jeunes filles choisis parmi les meilleures familles romaines.

Il en avait créé la musique aussi bien que les vers.

Il avait dirigé lui-même la noble chorale.

La monodie chantait encore dans sa mémoire de compositeur et il savait bien que Rome n'oublierait pas de longtemps la troisième strophe, où l'actuel destin de la Ville s'amplifiait jusqu'au plan cosmique : Bon soleil, toi qui nais chaque jour, pour les hommes, Différent et pareil, en ton char radieux, Puisses-tu ne rien voir en parcourant les cieux Qui soit plus grand, dans le monde, que Rome ! Décidément, Horace était bien devenu le grand poète de l'empire et en se promenant dans les jardins de sa villa, ombragés par les monts Sabins, l'homme dont la devise était qu'il ne faut s'étonner de rien ne pouvait toutefois s'empêcher de s'émerveiller devant les contrastes et les paradoxes qui avaient jalonné sa carrière. Quintus Horatius Flaccus était né à V enouse, quarante-huit ans auparavant, dans la montagneuse et peu fertile A pulie.

Son père, qui était d'origine servile, lui avait fait donner une éducation princière au point de l'envoyer, avec les fils de famille, achever ses études à Athènes.

C'est là qu'Horace, alors âgé de vingt-deux ans, avait commis la terrible erreur qui, sans la protection des Muses, n'aurait pas manqué de lui être funeste : dans un beau mouvement d'enthousiasme juvénile, il s'était enrôlé sous la bannière des assassins de César.

Il avait même, ô imprudence ! accepté un grade d'officier dans l'armée de Brutus. Dès leur première rencontre avec les légions d'Octave et d'A ntoine, à Philippes (42 av.

JC), les forces républicaines avait été écrasées et le lieutenant Horace avait fui aussi rapidement que ses compagnons, abandonnant sans vergogne son bouclier sur le champ de bataille.

Sa retraite avait même été particulièrement prompte d'autant plus, qu'à l'en croire, Mercure, le souriant et astucieux patron des porteurs de lyre, l'avait enveloppé dans un nuage afin de le dérober à la poursuite de l'ennemi. Puis la bienveillance des dieux avait cessé pour un temps de s'exercer en sa faveur.

Octave, vainqueur, avait proclamé l'amnistie, et Horace était venu s'établir à Rome, “ abattu, les ailes fauchées ”. Il avait acheté un petit emploi de rond-de-cuir et, à ses moments perdus, il versifiait. Le poète en vogue était alors Virgile, son aîné de cinq ans, dont la grande pastorale messianique n'avait pas fini d'occuper le monde des lettres.

C e fut à Virgile que s'en prit, pour commencer, la causticité naturelle d'Horace : toute sa XVIe Épode est une parodie de l'optimisme avec lequel Virgile avait annoncé le retour imminent de l'âge d'or.

En fait, les guerres civiles avaient repris.

“ Il est joli, votre âge d'or ! ” insinuait l'Épode persifleuse, pour quiconque savait comprendre le jeu serré des rappels et des allusions. Deux hommes y furent particulièrement attentifs : Virgile lui-même, puis, grâce à lui sans doute, Mécène, grand organisateur de la propagande augustéenne. Beau joueur, Virgile, rallié de longue date, présenta à Mécène le jeune confrère encore dans l'opposition et qui écrivait des Satires et des Épodes si piquantes... Mécène et Horace étaient faits pour se comprendre.

Bientôt se noua entre le premier ministre d'Auguste et le poète débutant une amitié qui devait rester dans la vie d'Horace le grand événement sentimental. Sensible au charme des nombreuses jolies filles qu'il chantait dans ses Odes, Horace était demeuré néanmoins prudent et réservé en amour.

Épicurien par tempérament, mais fortement attiré par la morale stoïcienne, il s'était attaché de plus en plus à cette énigme vivante que constituait l'épicurien Mécène, stoïquement dévoué à sa tâche d'organisateur de l'empire.

Horace se rappelait, non sans complaisance, l'Ode étonnante (III, 29) qu'il avait adressée à Mécène au moment où celui-ci remplaçait dans Rome l'empereur absent.

“ Dans la villa que tu m'as donnée, disait familièrement le poète, il y a tout ce qui te ferait du bien : des roses, du vin, de l'ombre.

Rome, avec son vacarme, sa poussière, ses gratte-ciel (le mot est dans Horace), doit être, en cet été, une véritable fournaise...

” Toi, cependant, penché sur Rome et sur l'Empire, Tu t'enquiers, ô Mécène, avec anxiété, Si le C hinois, le Parthe ou le Scythe conspirent Contre notre tranquillité : Un dieu, qui prévoit tout, plonge dans l'ombre obscure D'une nuit sans clarté l'avenir des humains Et rit, lorsqu'un mortel tremble, par aventure, En songeant trop au lendemain.

: Celui-là vivra sage, et maître de soi-même, Qui pourra, chaque soir, se dire : “ J'ai vécu ” Que, demain, Dieu nous fasse un ciel obscur ou blême, Un firmament d'azur tendu, Il ne pourra jamais changer, ni rendre vaines Les choses qui, déjà, forment notre passé, Ni jamais rien ôter au souvenir qu'entraîne Un de nos moments écoules. Hélas ! cet appel de la sagesse et de l'amitié vraie n'avait pas empêché Mécène de s'obstiner à consacrer presque tout son temps au travail dans la grande cité tumultueuse.

Horace voyait de moins en moins Mécène et cette séparation à peu près constante assombrit ses dernières années.

Il avait, dans ses vers, promis à son puissant patron de le suivre de près dans la mort.

Il tint parole, et mourut quelques jours à peine après Mécène. Il laissait, outre ses Odes et ses Épodes, des Satires où le réalisme caustique s'alliait à la plus profonde finesse, et des Épîtres en vers qui furent, pour Voltaire comme pour Boileau, le modèle inégalé du genre. Mais il savait bien que c'était ses Odes surtout qui lui vaudraient, dans la suite des âges, d'échapper à l'oubli, c'est-à-dire à la mort.

C'est dans ces quatre livres de “ chansons ” qu'il avait donné à Rome, tour à tour, ses plus beaux hymnes de victoire, ses plus gaies chansons à boire et ses romances d'amour les plus personnelles : à peu près tout le lyrisme dont Rome ait jamais été capable.. »

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