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François Mauriac, Le Baiser au lépreux.

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François Mauriac, Le Baiser au lépreux. Jean Péloueyre sortit. De nouveau, entre les murs aveugles et sous la muette indulgence des arbres, il marchait, gesticulait ; parfois il feignait de se croire allégé de sa croyance : ce liège qui l'avait soutenu sur la vie lui manquait d'un coup. Plus rien ! Plus rien ! Il savourait ce dénuement ; des réminiscences scolaires se pressaient sur ses lèvres : "... Mon malheur passe mon espérance... Oui, je te loue, ô Ciel, de ta persévérance..." Un peu plus loin, il démontrait aux arbres, aux tas de cailloux, aux murs qu'il existe parmi les chrétiens des Maîtres et que les Saints, les grands Ordres, toute l'Église universelle offre un sublime exemple de volonté de puissance. Agité de tant de pensées, il ne reprit conscience qu'au bruit de ses pas dans le vestibule – bruit qui, au premier étage, déclencha un gémissement ; une voix pleurarde et ensommeillée appela Cadette ; alors les savates de la servante traînèrent dans la cuisine ; le chien aboya ; des volets furent rabattus : le réveil de M. Jérôme désengourdissait la maison. C'était l'heure de ses yeux gonflés, de sa bouche amère où sa conception du monde atteignait au plus sombre. Jean Péloueyre se réfugia donc au "salon de compagnie" aussi frais qu'une cave. Des papiers moisis découvraient le salpêtre des murs. Une pendule n'y fragmentait le temps pour aucune oreille humaine. Il s'enfonça dans un fauteuil capitonné, regarda en lui la place où sa foi souffrait et se pénétrait d'angoisse. Une mouche bourdonnait, se posait. Alors un coq chantait – puis un bref trille d'oiseau – puis un coq encore... la pendule sonna une demie – un coq..., des coqs... Il s'endormit jusqu'à l'heure si douce où il avait coutume, par des ruelles détournées, d'atteindre la plus petite porte de l'église et de se couler dans la ténèbre odorante. N'irait-il donc plus à ce rendez-vous – le seul qui ait jamais été assigné au cloporte Jean Péloueyre ? II n'y alla pas, mais gagna le jardin où le soleil déclinant lui fit dire : "La chaleur va tomber." Des papillons blancs palpitaient. Le petit-fils de Cadette arrosait les laitues – un beau drôle aux pieds nus dans ses sabots, le bien-aimé des filles et que fuyait Jean Péloueyre honteux d'être le maître : n'aurait-ce pas été à lui, chétif, de servir ce triomphant et juvénile dieu potager ? Même de loin il n'osait lui sourire ; avec les paysans, sa timidité atteignait à la paralysie. Maintes fois il avait essayé d'aider le curé au patronage, au cercle d'études, et toujours perclus de honte, stupide, objet de risée, était rentré dans sa nuit.

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