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Émile VERHAEREN (1855-1916) (Recueil : Les forces tumultueuses) - Ma race

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Émile VERHAEREN (1855-1916) (Recueil : Les forces tumultueuses) - Ma race Je suis le fils de cette race Dont les cerveaux plus que les dents Sont solides et sont ardents Et sont voraces. Je suis le fils de cette race Dont les desseins ont prévalu Dans les luttes profondes De monde à monde, Je suis le fils de cette race Tenace Qui veut, après avoir voulu, Encore, encore et encore plus ! Races d'Europe et des soudaines Amériques, - Ma race ! - Oh ! que vos pas sont beaux Quand ils portent sur les sommets lyriques Toujours plus haut Les feux maintenus clairs des antiques flambeaux ! Le monde entier est ce jardin des Hespérides Où vous cueillez, parmi des arbres tors, Avec des bras fougueux, avec des mains torrides, La force et le savoir, la volonté et l'or. S'ils furent lourds, vos coups, dans les luttes fatales, Du moins votre oeuvre immortelle et mentale Recouvre, avec ses ailes de clarté, L'oeuvre basse de cruauté. Vos noms ? Qu'importent ceux dont l'histoire vous nomme ; Vous vous reconnaissez toutes, au même sceau Empreint sur vos berceaux, D'où se lèvent les plus purs des hommes. Avec des regards nets, puissants et ingénus, Vous explorez la terre entière ; Toute lueur qui filtre, à travers l'inconnu, Devient, entre vos mains, une énorme lumière. L'urgence d'innover vous étreint le cerveau Et vous multipliez les escaliers mobiles Et les rampes et les paliers nouveaux, Là-haut, autour des vérités indélébiles. Trouver, grouper, régler, choisir et réformer. Vos voyages, vos recherches, votre science, Tout se ligue pour vous armer D'une plus lucide conscience. Vous vous servez de l'air, de l'eau, du sol, du feu, Vous les exorcisez de leurs terreurs dardées ; Ceux qui furent, aux temps liturgiques, les Dieux, S'humanisent et ne sont plus que vos idées. Tout se règle, tout se déduit, tout se prévoit. Le hasard, fol et vieux, sous vos calculs, se dompte ; L'action vibre en vous, mais sans geste, sans voix, Et ne fait qu'un avec l'intelligence prompte. Ô les races magnifiques ! L'Est, l'Ouest, le Nord, Terre et cieux, pôles et mers sont vos domaines. Régnez : puisque par vous la volonté du sort Devient de plus en plus la volonté humaine.

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