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Dans quelle mesure un personnage médiocre devient-il un héros de roman ?

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Pourquoi ce sujet? parce que la tendance du roman contemporain est de mettre en scène des êtres ordinaires représentant l'humanité moyenne. Pourquoi y a-t-il là un problème? C'est parce que le roman, à son origine et pendant très longtemps, s'était construit autour de personnages hors du commun. Les romans d'aujourd'hui sont-ils encore des romans? Cette métamorphose du personnage dans le roman actuel, notamment dans le « nouveau roman », est-elle un progrès ou un appauvrissement? Telles sont les questions que le candidat peut se poser. Il pourra bien sûr y répondre dans un sens ou dans un autre, selon son jugement. Nous proposons notre réponse sans prétendre qu'elle soit la seule possible.

« Remarques préalables Pourquoi ce sujet? parce que la tendance du roman contemporain est de mettre en scène des êtres ordinaires représentant l'humanité moyenne.

Pourquoi y a-t-il là un problème? C'est parce que le roman, à son origine et pendant très longtemps, s'était construit autour de personnages hors du commun.

Les romans d'aujourd'hui sont-ils encore des romans? Cette métamorphose du personnage dans le roman actuel, notamment dans le « nouveau roman », est-elle un progrès ou un appauvrissement? Telles sont les questions que le candidat peut se poser.

Il pourra bien sûr y répondre dans un sens ou dans un autre, selon son jugement.

Nous proposons notre réponse sans prétendre qu'elle soit la seule possible. Développement La double nature du roman Le roman tire son origine de l'épopée (cf.

le chapitre « Les genres littéraires »).

Ses héros ont donc conservé quelque chose du caractère extraordinaire et surhumain des demi-dieux de la mythologie.

Mais par ailleurs, le roman étant l'épopée d'aujourd'hui, il a pour obligation de transporter ces héros dans le monde moderne; même s'ils sont les descendants d'Achille ou de Clytemnestre, les personnages de roman sont par définition nos contemporains; ils vivent parmi nous et doivent nous ressembler.

Il leur faut satisfaire à une double exigence : être d'essence supérieure et en même temps être comme tout le monde.

Il y a donc là une contradiction.

Mais c'est cette ambiguïté qui les rend attachants nous les aimons parce qu'ils nous ressemblent, nous les prenons comme modèle parce qu'ils ne nous ressemblent pas. Cependant un équilibre aussi fragile ne peut manquer d'être rompu.

Il peut l'être de deux façons. 284 Les sujets du baccalauréat Une simplification néfaste La première consiste, sans souci de vraisemblance, à faire du héros un surhomme, ce qui est en contradiction avec l'époque à laquelle on le fait vivre.

Car ce que nous admettons volontiers des héros mythologiques, nous ne pouvons le croire de nos contemporains.

Dès l'époque romantique, des héros de ce genre sont apparus en grand nombre : personnages surhumains ignorant l'échec et la défaite, perdant du même coup toute vérité et toute crédibilité.

Par exemple le Capitan de Michel Zévaco est d'autant plus au-dessous de d'Artagnan sur, le plan humain qu'il lui est supérieur par son invincibilité.

Mais là où ce défaut apparaît le plus nettement, c'est dans certains romans policiers ou certains romans d'aventures où le héros, sans âge, sans faiblesse et sans psychologie, devient une simple allégorie du bien ou du mal.

Les auteurs qui suivent cette voie perdent beaucoup par cette simplification, mais reconnaissons-leur le mérite de n'avoir pas renié la dimension épique du roman. Inversement, oubliant, semble-t-il, cette dimension, des écrivains ont voulu réduire totalement l'écart entre leurs héros et ceux dont ils s'imaginaient qu'ils seraient leurs lecteurs : écrivant pour un public moyen et bourgeois, ils ont voulu lui proposer un miroir où il puisse se reconnaître.

Cette tendance s'amorce avec Flaubert; sa justification doctrinale est le réalisme (cf.

le chapitre « Les doctrines littéraires »).

Son alibi est la science.

Le romancier réaliste prétend à une étude objective et quasi expérimentale de la société.

Depuis Madame Bovary, cette lignée nous a offert des personnages de plus en plus ternes et de plus en plus médiocres.

Que l'on songe à l'Idiot de Dostoïevski, au narrateur du roman Le Bruit et la Fureur de Faulkner et à L'Étranger de Camus.

Le roman, dans ces conditions, devient peut-être la peinture d'une humanité vraie, mais est-ce encore un roman ? Le lecteur y trouve-t-il ce qu'il attend ? Ce n'est pas sûr.

La grande masse du public, le public populaire notamment, préfère à tout prendre les héros invincibles à ceux qui sont d'avance vaincus.

Les romanciers réalistes justifient leur orientation par la considération du public mais celui-ci ne les suit pas.

Paradoxalement cette littérature qui veut peindre l'humanité moyenne est lue non par le peuple mais surtout par la bourgeoisie.

Le succès de Michel Zévaco, homme de gauche par ailleurs a été bien plus grand auprès du public populaire que celui des romanciers naturalistes. Esquisse d'une solution Cependant la mise en scène de personnages ordinaires n'interdit pas absolument à un roman de satisfaire aux lois du genre et à l'attente du public; mais il y faut une condition : que l'extraordinaire que l'on a retiré au héros soit reporté sur l'intrigue.

Prenons par exemple Le Procès de Kafka.

Le personnage de K.

est l'image de tout homme, il est par essence moyen; mais l'aventure fantastique qui s'empare de lui fait presque du livre une épopée, celle du combat de l'homme contre l'absurde. Existe-t-il un autre moyen de concilier la nature épique du roman avec la nécessité, imposée par notre époque, de mettre en scène des personnages communs? Il en est un qui convient dans tous les cas, c'est de faire en sorte que le héros ne reste pas identique à lui-même tout au long de son aventure.

Peu importe ce qu'est le personnage quand commence l'histoire, l'important est ce qu'il devient; c'est l'effort qu'il fera pour répondre au défi de la situation qui donnera au roman sa valeur et sa signification.

Il est indifférent que le héros soit au début médiocre, vil et méprisable, mais il importe qu'ensuite il s'élève au-dessus de lui-même.

Si l'on y regarde bien, on s'aperçoit que c'est justement ce qui advient dans les meilleurs romans, aux héros qui semblaient d'abord les plus médiocres : K.

s'insurge contre l'injustice qui lui est faite; l'Étranger de Camus devient soudain conscient des justifications métaphysiques de sa conduite et accède à un état de révolte lucide. Reste le cas inverse : celui où le héros, au lieu de se grandir, s'abaisse; où son aventure est une chute ou une agonie; c'est l'exemple qu'offrent notamment beaucoup de personnages du « nouveau roman ».

Mais là encore, l'évolution du héros peut n'être pas contraire aux exigences du genre romanesque; une des composantes du roman étant la tragédie, la décadence, comme l'héroïsme, peut y avoir sa place.. »

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