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Commémoration de la libération de Paris, 1958, André Malraux.

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Commémoration de la libération de Paris, 1958, André Malraux. [En août 1944, les Allemands évacuent Paris. Le discours d André Malraux, prononcé en 1958, célèbre cet événement.] Et toute !a France apprenait que Paris s'était libéré lui-même : ceux de la première armée en marche vers le Rhin, ceux des maquis au combat pour les rejoindre au-delà de leurs provinces reconquises, la France combattante et la France prisonnière dans les camps d'extermination, celle de la joie et celle de l'enfer. Alors, dans tous les bagnes depuis la Forêt-Noire jusqu'à la Baltique, l'immense cortège des ombres qui survivaient encore se leva sur ses jambes flageolantes. Et le peuple de ceux dont la technique concentrationnaire avait tenté de faire des esclaves parce qu'ils avaient été parfois des héros, le peuple dérisoire des tondus et des rayés, notre peuple ! pas encore délivré, encore en face de la mort, ressentit que même s'il ne devait jamais revoir la France, il mourrait avec une âme de vainqueur. Telle est la simple et grande histoire que nous commémorons aujourd'hui - peut-être parce qu'aujourd'hui, la France ose la regarder en face. Jeunesse à qui elle appartient, avant que sonnent de nouveau toutes les cloches de Paris, les témoins qui m'entourent, et la poignante assemblée d'ombres que j'évoquais tout à l'heure, te disent avec la voix presque basse qui éveille les dormeurs : « Écoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi. »

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