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André Gide, La Symphonie pastorale, premier cahier.

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André Gide, La Symphonie pastorale, premier cahier. La route suivait le cours d'eau qui s'en échappait, coupant l'extrémité de la forêt, puis longeant une tourbière. Certainement je n'étais jamais venu là. Le soleil se couchait et nous marchions depuis longtemps dans l'ombre, lorsque enfin ma jeune guide m'indiqua du doigt, à flanc de coteau, une chaumière qu'on eût pu croire inhabitée, sans un mince filet de fumée qui s'en échappait, bleuissant dans l'ombre, puis blondissant dans l'or du ciel. J'attachai le cheval à un pommier voisin puis rejoignis l'enfant dans la pièce obscure où la vieille venait de mourir. La gravité du paysage, le silence et la solennité de l'heure m'avaient transi. Une femme encore jeune était à genoux près du lit. L'enfant, que j'avais prise pour la petite-fille de la défunte mais qui n'était que sa servante alluma une chandelle fumeuse, puis se tint immobile au pied du lit. Durant la longue route, j'avais essayé d'engager la conversation, mais n'avais pu tirer d'elle quatre paroles. La femme agenouillée se releva. Ce n'était pas une parente ainsi que je le supposais d'abord, mais simplement une voisine, une amie, que la servante avait été chercher lorsqu'elle vit s'affaiblir sa maîtresse, et qui s'offrit pour veiller le corps. La vieille, me dit-elle, s'était éteinte sans souffrance. Nous convînmes ensemble des dispositions à prendre pour l'inhumation et la cérémonie funèbre. Comme souvent déjà, dans ce pays perdu, il me fallait tout décider. J'étais quelque peu gêné, je l'avoue, de laisser cette maison, si pauvre que fût son apparence, à la seule garde de cette voisine et de cette servante enfant. Toutefois il ne paraissait guère probable qu'il y eût dans un recoin de cette misérable demeure, quelque trésor caché... Et qu'y pouvais-je faire ? Je demandai néanmoins si la vieille ne laissait aucun héritier.

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