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analyse de Happy Meal - Les nouvelles à chute Anna Gavalda, Happy Meal

Publié le 06/10/2022

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« 5GFRP8 Les nouvelles à chute Anna Gavalda, Happy Meal 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 Cette fille, je l’aime.

J’ai envie de lui faire plaisir.

J’ai envie de l’inviter à déjeuner. Une grande brasserie avec des miroirs et des nappes en tissu.

M’asseoir près d’elle, regarder son profil, regarder les gens tout autour et tout laisser refroidir.

Je l’aime. « D’accord, me dit-elle, mais on va au McDonald.

» Elle n’attend pas que je bougonne (brummen).

« Cela fait si longtemps…ajou3te-t-elle en posant son livre prèsd’elle, si longtemps… » Elle exagère, ça fait moins de deux mois.

Je sais compter. Mais bon.

Cette jeune personne aime les nuggets et la sauce barbecue, qu’y puisje ? Si on reste ensemble assez longtemps, je lui apprendrai autre chose.

Je lui apprendrai la sauce gribiche (würzige Kräutersauce) et les crêpes Suzette par exemple.

Si on reste ensemble assez longtemps, je lui apprendrai que les garçons des grandes brasseries n’ont pas le droit de toucher nos serviettes, qu’ils les font glisser en soulevant la première assiette.

Elle sera bien étonnée. Il y a tellement de choses que je voudrais lui montrer… Tellement de choses.

Mais je ne dis rien.

Je prends mon pardessus en silence.

Je sais comment sont les filles avec l’avenir : juste prometteuses.

Je préfère l’emmener dans ce putain de McDo et la rendre heureuse un jour après l’autre. Dans la rue, je la complimente sur ses chaussures.

Elle s’en offusque : « Ne me dis pas que tu ne les avais jamais vues, je les ai depuis Noël ! » Je pique du nez, elle me sourit, alors je la complimente sur ses chaussettes.

Elle me dit que je suis bête. Tu penses si je le savais.

C’est la plus jolie fille de la rue. J’éprouve un haut-le-cœur en poussant la porte.

D’une fois sur l’autre, j’oublie à quel point je hais le McDonald.

Cette odeur : graillon (Geruch von Bratfett), laideur et vulgarité mélangés.

Pourquoi les serveuses se laissent-elles ainsi enlaidir ? Pourquoi porter cette visière insensée ? Pourquoi les gens font-ils la queue ? Pourquoi cette musique d’ambiance ? Et pour quelle ambiance ? Je trépigne, les gens devant nous sont en survêtement.

Les femmes sont laides et les hommes sont gros.

J’ai déjà du mal avec l’humanité, je ne devrais pas venir dans ce genre d’endroit.

Je me tiens droit et regarde loin devant, le plus loin possible : le prix du menu best-of McDeluxe. Elle le sent, elle sent ces choses.

Elle prend ma main et la presse doucement.

Elle ne me regarde pas.

Je me sens mieux.

Son petit doigt caresse l’intérieur de ma paume et mon cœur fait zigzague. Elle change d’avis plusieurs fois.

Comme dessert, elle hésite entre un milkshake ou un sundae caramel.

Elle retrousse son mignon petit nez et tortille une mèche de cheveux.

La serveuse est fatiguée et moi, je suis ému.

Je porte nos deux plateaux. Elle se retourne vers moi : - Tu préfères le coin fumeur, j’imagine ? - Je hausse les épaules. - Si.

Tu préfères.

Je le sais bien. Elle m’ouvre la voie.

Ceux qui sont mal assis raclent leur chaise à son passage. Des visages se tournent.

Elle ne les voit pas.

Impalpable dédain (hochnäsige Verachtung) de celles qui se savent belles.

Elle cherche un petit coin où nous serons bien tous les deux.

Elle a trouvé, me sourit encore, je ferme les yeux en signe d’acquiescement (pour dire que je suis d’accord).

Je pose notre pitance (Frass) sur une table dégueulasse.

Elle défait lentement son écharpe, dodeline trois fois de la tête avant de laisser voir son cou gracile.

Je reste debout comme un grand nigaud (Tölpel). - Pourquoi tu ne t’assieds pas ? - Je te regarde. - Tu me regarderas plus tard.

Ça va être froid. 5GFRP8 55 60 65 70 75 80 85 90 95 100 - Tu as raison. - J’ai toujours raison. - Presque toujours. Petite grimace. J’allonge mes jambes dans l’allée.

Je ne sais pas par quoi commencer.

J’ai déjà envie de fumer.

Je n’aime rien de tous ces machins emballés. J’ai un moment de doute.

Que fais-je ici ? Avec mon immense amour et ma pochette turquoise.

J’ai ce réflexe imbécile de chercher un couteau et une fourchette.

Elle me dit : - Tu n’es pas heureux ? - Si, si. - Alors mange ! Je m’exécute.

Elle ouvre délicatement sa boîte de nuggets comme s’il s’était agi d’un coffret à bijoux.

(…) Elle trempe ses morceaux de poulet décongelés dans leur sauce chimique.

Elle se régale. - Tu aimes vraiment ça ? - Vraiment. - Mais pourquoi ? Sourire triomphal. - Parce que c’est bon. Elle me fait sentir que je suis un ringard (altmodisch), ça se voit dans ses yeux. Mais du moins le fait-elle tendrement.

Pourvu que ça dure, sa tendresse.

Pourvu que ça dure. Qu’est-ce que j’aime le plus chez elle ? En numéro un je mettrai ses sourcils. Elle a de très jolis sourcils.

En numéro deux, ses lobes d’oreilles.

Parfaits.

Ses oreilles ne sont pas percées.

J’espère qu’elle n’aura jamais cette idée saugrenue. Je l’en empêcherai.

En numéro trois, quelque.... »

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