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Publié le 30/03/2022

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Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 L’imprimerie en France au XVIe siècle 5 I. La révolution du XVIe siècle 5 A. La diffusion de l’imprimerie en France 5 B. L’imprimerie humaniste 6 II. Le régime de l’édition 7 A. Le livre et la Réforme 7 B. Les diversités françaises 8 Le livre et la production imprimée en France (1660-1780) 9 I. La force de la tradition 9 A. La foi 9 B. L’histoire et le droit 9 C. Les lettres 10 II. Les sciences et le mouvement encyclopédiste 11 A. Les valeurs de la science 11 B. L’économie politique. 11 C. Les dictionnaires 11 La Presse 12 I. Le système d’information au XVIIe siècle 12 A. Les gazettes 12 II. La diffusion de la presse 14 III. Censure, information et opinion publique 15 A. La multiplication des journaux au XVIIIe siècle 15 B. Le contrôle de l’opinion publique 16 Libelles, pamphlets dans la France d’Ancien Régime 17 I. Crise politique et ambition individuelle 17 A. L’héritage de la Ligue 17 B. Les Mazarinades 18 II. Opinion publique et sédition populaire 19 A. Le livre interdit 19 B. La littérature clandestine 20 Les routes de l’information 21 I. Les routes du roi 21 A. Le réseau routier 21 B. Les caractéristiques techniques 22 2 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 II. Les routes postales 23 A. Quelle définition dans les dictionnaires ? 23 B. Le système postal sous l’Ancien Régime 23 III. Le temps de l’information 24 A. L’exigence d’une montre 24 B. Entendre une cloche 25 Le commerce du livre au XVIIIe siècle 26 I. Le système de vente 26 A. La primauté parisienne 26 B. Le colporteur 27 II. Le contrôle royal 27 A. Le système de la censure 27 B. La police du livre 28 III. Le livre prohibé 28 A. Les livres contrefaits 28 B. Les livres interdits 29 Les correspondances et formes d’information (XVIe-XVIIIe siècles) 30 I. La correspondance pour quelle information ? 30 A. Un genre 30 B. Le rapport public privé 31 II. Le service postal 31 A. De la poste aux lettres 31 B. L’utilisation de l’écrit 32 III. Les ambitions philosophiques 32 A. Montesquieu 32 B. Voltaire 33 Les réseaux d’information du monde savant 34 I. La République des Lettres. 34 A. L’Académie parisienne = Academia parisiensis. 34 B. L’Académie royale des Sciences 35 C. Les Académies royales 35 II. La place de l’échange. 36 A. Les applications pratiques. 36 B. La place du voyage. 36 3 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 III. La correspondance scientifique. 36 A. Une nécessité scientifique. 36 B. Le groupe et l’individu. 37 C. Le cas de Jérôme Joseph de Lalande. 37 Les voyages et la circulation sous l’Ancien Régime. 39 4 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 L’imprimerie en France au XVIe siècle L’impression par caractère mobile voit le jour dans l’Allemagne rhénane, l’un des inventeurs en est Johann Genfleisch = Gutenberg mais plusieurs travaillent autour de lui sur ce même schéma. L’invention se place donc au milieu du XVe siècle. Cette technique révolutionne le livre et la diffusion des idées car elle multiplie les possibilités de reproduction. L’invention de l’imprimerie a trois conséquences. D’abord elle permet de répandre à une échelle inconnue jusque là des textes nouveaux, ceux de l’Humanisme, des grands auteurs du XVIe siècle comme Montaigne (fin XVIe). Elle permet aussi les critiques théologiques et politiques, la réforme protestante vient de là. L’imprimerie met au service de l’Église catholique un instrument tout à fait irremplaçable pour assurer l’unité de la liturgie. Au Moyen Âge, selon l’endroit, on a pas forcément la même liturgie, les mêmes rites. Elle permet aussi de mettre en place une nouvelle pédagogie, la manière dont on était formé, éduqué, du XVIe jusqu’au début du XXe siècle, est la même, inventée par les Jésuites. L’Église catholique peut aussi répondre aux critiques et donc combattre le protestantisme. L’imprimerie met au service de l’État un élément essentiel de propagande, d’administration. La diffusion de l’imprimerie a été très rapide. Les historiens Lucien Febvre et Henri Jean-Martin ont beaucoup parlé des débuts de l’imprimerie. Jean d’Ormesson, Au plaisir de Dieu : « À la liste des ennemis, il fallait donc ajouter Gutemberg, il avait fait parler le silence. Nous avions beau nous presser les mains sur les oreilles, cette rumeur du monde nous venait de partout. » I. La révolution du XVIe siècle A. La diffusion de l’imprimerie en France L’implantation de l’imprimerie en France a lieu vers 1470-1500. Les premières presses sont installées par deux personnes d’origine allemande : Guillaume Fichet et Jean Heynlin, à la Sorbonne, ce qui est très symbolique : leur objectif n’est pas commercial mais intellectuel. Cela déclenche la protestation des copistes. On n’a jamais autant copié qu’à cette époque-là de la fin du XVe siècle. Fichet et Heynlin font appel à trois techniciens allemands eux aussi pour bien mettre en place les caractères mobiles. Le premier livre français est Les Lettres de Gasparin de Bergame. La diffusion est ensuite très rapide, des ateliers d’imprimerie apparaissent à Lyon dès 1473. Celui qui y installe les premières imprimeries est Barthélémy Buyer. Il n’est pas intellectuel et a un but commercial, il veut gagner de l’argent et a compris qu’il y a la possibilité de faire des bénéfices importants. L’imprimerie se diffuse ensuite dans toute la France, Toulouse, Angers… Certaines installations ont été éphémères comme à Périgueux. Mais, ceci dit, en 1515, l’imprimerie est présente dans toute la France. L’imprimerie dévient au début du XVIe siècle une industrie. On change d’échelle d’abord à cause des capitaux investis, il faut de l’argent, et par les activités que cela suscite. En amont du livre, l’imprimerie fait appel à la papèterie, à la fonte et la gravure des caractères. En aval, il y a la reliure, elle peut être de luxe ou standard. Il faut également vendre le livre, ce qui demande chaque fois un financement important. L’imprimerie est très liée à la ville, aux structures modernes et aux vastes horizons commerciaux. Le livre est vendu en France mais aussi dans le monde entier, ce qui est une rupture fondamentale avec le Moyen Âge. Le choix du lieu d’implantation de l’imprimerie se fait de deux façons. 5 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 Par des causes ponctuelles d’abord. Il y a des implantations éphémères, ce peut être à cause du mécénat, de l’appel d’un riche mécène, exemple de Jean de Rohan, château, qui fait appel à un imprimeur pour avoir une imprimerie dans son château de Bréhan en Bretagne. À Cluny, une transition entre le Moyen âge et le monde moderne se fait par l’appel d’un imprimeur pour éditer à Cluny des Bréviaires nouveaux et les diffuser aux moines rattachés à l’abbaye. Ensuite, il y a des causes structurelles, liées à une implantation durable qui nécessite la présence d’écoles et d’universités. Il faut aussi des centres judiciaires comme à Toulouse ou Poitiers. Il faut aussi pouvoir diffuser rapidement la production, l’imprimerie s’est donc implantée très vite à Lyon, Rouen et Caen : des ports qui permettent une diffusion dans toute l’Europe. Enfin, la présence de la cour joue aussi. Le livre reste un objet de luxe, l’imprimerie s’installe donc à Tours où la cour est souvent. En 1500, l’imprimerie française a deux capitales : Paris avec une cinquantaine d’ateliers et Lyon avec une trentaine. La production de l’information est géographiquement très concentrée et sa diffusion vient donc très largement de ces deux villes. B. L’imprimerie humaniste 1. Le cas de Lyon Le fait qu’une presse s’installe à Lyon est étonnant car il n’y a alors pas de centre universitaire ou judiciaire. Il y a cependant une élite cléricale et aussi une très grande foire internationale qui a des liens avec tous les grands foyers européens de l’économie et de la culture. Cette foire et ces réseaux européens ont un rôle aussi important que la cour ou l’université. En 1520, on le sait grâce à des sources fiscales, il y a 80 imprimeurs auxquels il faut ajouter des libraires, des fondeurs de caractère, des marchands de papier… Il y a donc à peu près presque 800 personnes qui vivent directement de l’imprimerie. La production lyonnaise se vend jusqu’à Francfort, Anvers, Venise, Espagne, Angleterre. En 1540, les échevins de Lyon déclarent : « l’art des l’imprimerie est le plus beau et le plus grands en cette ville qu’il soit en la chrétienté ». Il y a toute une hiérarchie dans l’imprimerie. Il y a tout en haut les marchands-libraires ou les libraires, ce sont eux qui apportent le capital. À Lyon, six familles dominent le marché : les Gabiano, les Giunta, les La Porte (viennent du Dauphiné), les Rouillé de Tourangel, les Vincent et les Senneton. Ils définissent la politique éditoriale, décident de ce qui va être publié, ce sont donc ces familles qui contrôlent l’information. Deuxième groupe de personnes, les marchands-imprimeurs ou imprimeurs, les premiers travaillent pour leur compte alors que les seconds travaillent pour les libraires, reçoivent des commandes. Certains des marchands-imprimeurs sont devenus de véritables héros de l’humanisme comme Étienne Dolet, un des grands humanistes français, qui publie des livres qui lui plaisent. Les marchands-imprimeurs de Lyon sont installés dans une rue très précise, la rue Mercière. Le troisième groupe est celui des compagnons imprimeurs ou compagnons, en bas de l’échelle, ceux qui travaillent dans l’imprimerie. À Lyon, en 1440, ils sont 400. C’est un travail souvent ingrat et difficile. Ils sont souvent d’origine rurale, ne sont pas des Lyonnais mais viennent de régions proches. Il faut pour être compagnon un apprentissage de 3 à 4 ans. Il y a une très forte solidarité entre eux et ils créent vers 1539 une organisation clandestine : la compagnie des Griffarins, pour se soutenir. Elle est théoriquement interdite par le roi mais fonctionne quand même. Pour entrer dans cette compagnie, il faut un apprentissage qui se clôture par un banquet. Elle pouvait soutenir ses membres contre les imprimeurs, notamment pour obtenir un salaire minimum. 2. Le cas de Robert Estienne Considéré comme le plus grand typographe de la Renaissance française, il est un grand imprimeur mais aussi libraire, installé à Paris rue Saint-Jean de Beauvais (avec la rue SaintJacques grandes rues des imprimeurs). Il prend la suite de son père Henri qui avait été nommé libraire de la Sorbonne. Celui-ci avait publié l’un des plus grands humanistes, Jacques Lefèvre d’Etaples. À la mort d’Henri, sa femme se remarie et épouse un tailleur de caractère, Simon de Colines, qui se rapproche du protestantisme qui est en train de naître, on est en 1520, c’est le 6 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 parti évangélique. En 1526, Robert épouse Pérette de Bade qui a une grosse dot qui lui permet de multiplier les publications. Il publie des auteurs anciens, cicéron, Plaute, beaucoup de dictionnaires français-latin. En 1528, il publie la Vulgate, une Bible avec des notes de bas de page, où il critique l’Église. Tant que François Ier vivait, il était protégé car avait le titre d’imprimeur du roi depuis 1539. Cependant, en 1547, sous Henri II, il est condamné par le conseil du Roi. Ce dernier lui demande de se soumettre pour continuer à produire uniquement de « beaux livres ». Robert s’enfuie, quitte Paris et, de 1550 à 1559, il termine sa vie à Genève chez les Calvinistes. II. Le régime de l’édition A. Le livre et la Réforme 1. Parti évangélique De 1520 à 1540, le livre est utilisé par le parti évangélique qui veut un retour strict à l’écriture sainte pour réformer l’église. Les imprimeurs qui soutiennent ce mouvement existent mais ne sont pas pas beaucoup. Le 6 janvier 1535, c’est l’affaire des placards, des radicaux évangélistes passés au protestantisme viennent dans la nuit placarder les thèses protestantes à la Chambre du Roi, ce qui est un crime de lèse-majesté. François Ier, le 13 janvier, décide d’interdire toute impression en France. Cela ne tient cependant pas. Après 1540, un nouveau pôle de l’imprimerie naît, à Genève, avec notamment Jean Girard, un protestant qui multiplie les impressions pour diffuser en France les idées de Calvin, dont le premier grand livre de Calvin, De l’institution de la religion chrétienne, publié en latin la première fois puis en français par Girard notamment. La réponse du pouvoir royal, le 26 juin 1551, est l’édit de Châteaubriant qui interdit l’arrivée de tout livre imprimé à Genève. Cet édit marque l’organisation de la censure royale. Il doit s’appliquer dans tout le royaume mais la situation n’est bien contrôlée qu’à Paris tandis que, ailleurs, et notamment à Lyon, les éditions clandestines se multiplient. De plus, entre 1562 et 1565, Lyon est tenue par les protestants. Le point culminant du livre protestant en France est le lancement en 1562 des Psaumes de Marot (m. 1544), très bien accueillis à la cour, mais repris par les protestants. C’est un grand succès du XVIe siècle. 27 400 Psaumes sont publiés à Genève car Calvin y encourage les imprimeurs. À partir de 1565, le livre comme moyen de diffusion du protestantisme en France décline à cause des guerres de religion qui déplacent le combat sur le plan militaire. Il n’y a plus à la fin du XVIe siècle qu’un seul bastion protestant du livre en France, à la Rochelle. 2. La Ligue (1576) Ce sont des catholiques extrémistes regroupés en partis, surtout à Paris, car ils estiment que le gouvernement royal ne va pas assez vite et assez loin. À partir de 1576, ils utilisent la presse, les périodiques, comme une arme de combat et de conquête. Beaucoup de placards et de feuilles volantes sont publiées mettant en cause les protestants mais aussi le pouvoir royal. 3. La Réforme catholique C’est la réponse de l’imprimerie catholique à l’imprimerie protestante avec deux aspects à retenir. Le livre est désormais moins luxueux. Le papier est de moins bonne qualité, de même que la typographie, mais désormais le livre est donc moins cher. Début XVIe siècle, les livres étaient souvent des œuvres latines, voire grecques, à la fin du siècle, les livres sont désormais en langue vernaculaire, en français. L’Église catholique comprend cela et veut y répondre en diffusant ses idées en Français. Elle veut un contrôle plus strict de l’imprimerie et fait un gros effort d’édition pour répondre aux critiques protestantes. Le livre 7 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 catholique du dernier quart du XVIe siècle bénéficie d’une triple demande : le matériel pédagogique, notamment pour les collèges, livres de catéchisme, bréviaires, missels, petits livres de prière, et des livres qui répondent aux réformistes, pour mettre en avant les faiblesses calvinistes. À long terme, l’imprimerie est donc favorable au catholicisme plus qu’au protestantisme. Idée de renvoyer les fidèles vers des prêtres catholiques mieux formés dans la deuxième moitié du XVIe siècle. B. Les diversités françaises Quelque soit la quantité ou qualité de production du livre, en France, fin XVIe siècle, énorme différence entre les productions parisiennes et lyonnaises très au-dessus au niveau production, et le reste de la France. Des imprimeries un peu partout en France, mais au niveau global c’est Pairs et Lyon qui fin XVIe dominent. Il y a une grande dispersion géographique mais avec quand même quelques pôles régionaux. Après Paris et Lyon, il y a comme centres régionaux Poitiers et Orélans, deux centres anciens, des pôles du premier humanisme français, des lieux très anciens, l’imprimerie y est ancienne. Calvin a fait ses études à Orléans. Il y a ensuite, quasiment une petite province, la Champagne, fin XVIe, avec deux villes principales : - Reims, où il y a une université créée en 1548, et donc une imprimerie, c’est aussi un centre historique de la réforme Tridantine ou contre-Réforme et y arrivent donc de nombreux imprimeurs pour diffuser les livres de la réforme catholique - Troyes : centre marchand de diffusion où bcp de personnes passent. Il y a un troisième pôle : les résidences royales de la Renaissance. On a la vallée de la Loire avec notamment Blois où des États Généraux siègent régulièrement au XVIe, Tours où vient régulièrement la cour et enfin Angers autre ville royale du XVIe. Autre région où beaucoup d’imprimeurs s’installent : la Normandie avec Caen et Rouen, des villes de commerce, d’exportation. Rouen est la première ville portuaire en matière de librairie, la production française, lorsque exportée à l’étranger, part soit de Lyon soit de Rouen. Dernier cas particulier : celui du Midi où l’implantation de l’imprimerie fut tardive car le sud de la France au XVIe siècle est un région de passage largement ouverte à l’influence lyonnaise : la production lyonnaise se diffuse très largement dans le sud de la France. Une ville importante est Toulouse, avec une dynastie d’imprimeurs-libraires, les Colomiès, qui s’y installent dès 1526. Toulouse devient au XVIe siècle un centre intransigeant du catholicisme romain, c’est un héritage depuis le IIe siècle. Au XVIIIe siècle, le procès de Callas a lieu à Toulouse. Simon Millange, professeur au collège de Guyenne, est poussé a s’installer comme imprimeur par le principal du collège de Guyenne par Élie Vinet. Il est un imprimeur libraire bordelais mais tardif, au XVIIe siècle, début XVIIIe siècle. La production bordelaise est très limitée, elle est soumise à la concurrence de Toulouse, ultra catholique, et de La Rochelle, centre de production protestant. S’installer à Bordeaux au XVIe siècle n’est donc pas facile à cause de ces deux concurrents. Il y a quelques zones où l’on trouve une grande faiblesse de l’imprimerie : la Bourgogne (où l’action de Cluny est très éphémère), la Bretagne (où l’action de Jean de Rohan est très éphémère), Nantes, le Berry (trop proche de Lyon), la Picardie (influence parisienne). Il y a le cas des provinces du Nord, Picardie, certaines régions de la Champagne, influencées des provinces espagnoles (les Pays-Bas) dont la production est très largement diffusée en France du Nord. L’information ne tant que livre vient aussi de l’étranger. Concurrence internationale. 8 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 Le livre et la production imprimée en France (1660-1780) « Le livre est le principal véhicule des savoirs et de la pensée, c’est l’instrument de tous les débats. » - Daniel Roche Louis-Sébastien Mercier, auteur du XVIIe siècle, publie en 1771 un livre qui s’appelle L’an 2440, une utopie. Dans ce livre, LSM évoque un bûcher bibliographique : des livres condamnés qu’il faut brûler. Dans ce bûcher, il met « cinq à six cent mille dictionnaires », « cent mille volumes de jurisprudence », « cent mille poèmes », « seize cent mille voyages » et « un milliard de romans ». (Au XVIIe, la poésie est très à la mode.) On a une explosion de la production. Le livre religieux se vend encore beaucoup par la force de la tradition. Les catégories nouvelles qui plaisent beaucoup au XVIIIe sont les sciences, les arts et la géographie. Spécialisation de la production au XVIIIe siècle et goût du condensé : le dictionnaire. I. La force de la tradition A. La foi Au XVIIe siècle, on a une évolution critique, le dogme catholique n’est pas remis en cause, mais il peut y avoir au XVIIe le genre de l’érudition critique. Bossuet publie Discours sur l’histoire universelle, un livre originellement destiné au Dauphin car il était précepteur du fils de Louis XIV et lui montre donc comment les empires se sont élevés mais aussi comment ils se sont écroulés. Sa conclusion est que cet enchaînement repose sur la volonté divine, c’est dieu qui règle tout. Lorsqu’on s’intéresse aux ouvrages religieux du XVIIe siècle, les auteurs sont très largement des ecclésiastiques, des clercs, et même des congrégations religieuses sont presque spécialisées là-dedans : les Jésuites et les Bénédictins de Saint Maure. Il y a parfois des divisions et querelles entre eux, notamment au sujet du jansénisme. C’est là la situation au XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, le succès des œuvres religieuses n’est pas remis en cause mais décline considérablement. Le livre le plus imprimé au XVIIIe siècle est encore la Bible, c’est le livre le plus produit. Le Praelectiones Theologicæ est un ouvrage théologique très complexe publié dans la première moitié du XVIIIe siècle par l’auteur Honoré de Tournely, c’est un énorme succès du premier XVIIIe siècle, publié en 16 volumes. À partir de 1740, on voit un déclin, les théologiens français publient surtout des ouvrages censés contrer les idées nouvelles des Lumières. C’est le deuxième XVIIIe siècle. L’archevêque de vienne, Lefranc de Pompignan, a été ministre de Louis XVI, est un des grands adversaires de Voltaire, membre de l’académie française, il est irréprochable au niveau du dogme catholique, avait tout pour être canonisé mais accepte la constitution civile du clergé à la fin de sa vie, loi révolutionnaire qui rogne l’autorité du pape sur l’Église de France au niveau théologique. Au XVIIIe siècle, dans la vie courante, il y a toujours des publications de catéchisme, des livres de prière… B. L’histoire et le droit Fin XVIIe siècle, mise en place, organisation d’une monarchie absolue. Il y a trois conséquences : - le développement d’une érudition nationale - Discours glorifiant l’ordre établi pour mettre en valeur le roi (de la lèche) - La multiplication de livres concernant les actes législatifs Trois types d’écrivains correspondent à ces livres reposant sur l’histoire et le droit. Le premier type est celui des polygraphes, qui rédigent des biographies de personnages très célèbres, c’est vendeur, ou qui rédigent des Histoires de France, à la mode, souvent règne par règne. 9 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 Le deuxième groupe est celui des historiographes, des gens payés par le roi pour glorifier le monarque en place. Voltaire a été historiographe de Louis XV et publie notamment Le Siècle de Louis XIV. Ce sont souvent des professeurs au Collège Royal, des protégés du roi car, pour y être nommé à cette époque, il faut avoir ses faveurs. Souvent, ces professeurs sont aussi souvent des censeurs du roi. Troisième groupe : les Bénédictins de Saint-Maure dont l’activité traditionnelle est l’édition de textes bénédictins, ils vivent de cela. À la fin du XVIIe siècle, cela ne marche plus, ne se vend plus. Le supérieur des Bénédictins de Saint Maure au XVIIIe siècle s’appelle Dom Rivet, il va, à la fin du XVIIe siècle, aller voir un très grand libraire parisien, Jean-Baptiste Coignard. Il lui amène le dernier livre des Bénédictins de Saint-Maure, un dictionnaire bénédictin. Coignard lui répond « Il serait à propos Mon Père de suivre le plus commun (= de répondre au goût) ». Les Bénédictins veulent alors répondre à cette évolution et multiplient les ouvrages, d’abord les histoires de province dont la première L’Histoire de la Province de Bretagne en 1707 qui est un énorme succès (financé par les États de Bretagne). Après avoir fait les histoires de toutes les provinces, ils se lancent dans les histoires de villes, qui marchent aussi : en 1725 ils publient en premier L’Histoire de Paris financé par les échevins de Paris. Après avoir épuisé toutes les grandes villes, ils se lancent dans les recueils archéologiques avec un système classique connu de souscriptions. À partir de 1711, ils se lancent dans une Histoire des Écrivains français, en une vingtaine de tome. Leur rythme de publication décline à partir de 1750. D’abord parce qu’ils se querellent régulièrement entre eux, entre les différentes maisons. C. Les lettres Fin XVIIe siècle, il y a un changement. Jusqu’en 1660, le théâtre marche bien, voire jusqu’en 1700. Lorsque l’on veut faire une carrière littéraire, on va écrire des pièces de théâtre, c’est ce que fit Voltaire. 1. Le théâtre Pour le XVIIIe siècle il y a au moins 14 000 pièces de théâtre originales auxquelles on ajoute les rééditions, les ré-impressions, les contre-façons. Un des grands succès littéraires des pièces de théâtre au XVIIIe siècle est le Mariage de Figaro. Il y a plusieurs types de pièces de théâtre, d’abord un théâtre quasi-officiel, qui bénéficie de la surveillance royale, avec des gens comme Corneille au milieu du XVIIe siècle, ce théâtre a des règles très strictes, presque codifiées. Mais à la fin du XVIIe siècle il n’est pas très dynémique. Au XVIIIe siècle, deuxuième typé : théâtre populair,e ouvert sur le monde, l’actualité, et qui opeut être un relais de l’information. Ce sont des formes de spectacle, de cimmunivation débirdée, plus ou moins contrôlées au XVIIIe siècle. Dans la deuxième loitié du XVIIIe siècle, la police n’arrive plus à contrôler tout cela. 2. Le roman C’est un des moyens de faire carrière même si l’on voit plutôt une évolution. Le roman n’est pas très à la mode sous Louis XIV, Les Aventures de Télémaque de Fénelon sont condamnées par le roi. Il y a un changement total à partir de la moitié du XVIIIe siècle. Cela vient d’Angleterre et d’Allemagne avec des gens comme Swift, Defoe, Goethe, Richardson, ils publient des romains aui sont ensuite diffusés en France. Les philosophes s’adaptent à cela en publiant eux aussi des romans : Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau, ont publié des romans, par exemple Candide. Ils sont eux aussi à la fin du XVIIIe siècle souvent passés au genre de l’utopie, la description d’une société imaginaire proposée comme modèle. Dans cette mode des romans, les femmes prennent au XVIIIe siècle une place importante, par exemple Françoise de Graffigny, qui publie en 1747 les Lettres d’une Péruvienne, et Émilie du Chatelet, Discours sur le Bonheur, 1779. 10 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 II. Les sciences et le mouvement encyclopédiste A. Les valeurs de la science Les sciences sont à leur apogée au XVIIIe siècle, vraiment à la mode, et le livre scientifique n’est plus destiné uniquement aux savants mais à des amateurs de plus en plus nombreux : il y a une véritable vulgarisation de la science. Il y a d’abord un effort pour la traduction d’œuvres anciennes comme Hippocrate, ensuite la spécialisation des textes et enfin le poids de la conjoncture : en fonction de l’actualité, on va avoir un livre qui va paraître. Les sciences naturelles plaisent beaucoup tout au long du XVIIIe siècle. L’un des plus gros succès littéraires du XVIIIe siècle est Le Spectacle de la Nature de l’abbé Pluche, publié en 1732 et réédité une vingtaine de fois. Il est plus diffusé que l’Encyclopédie. Les livres de géographie sont aussi très à la mode. Ensuite, cela dépend de la conjoncture : il y a des découvertes sur la circulation du sang, sur la vaccination (qu’on appelait vacci) notamment contre la variole, fin du XVIIIe siècle. Ce qui plaît beaucoup c’est l’électricité, ou encore le passage des comètes, notamment dans les années 60-66. B. L’économie politique. Cela voit le jour au XVIIIe siècle, il s’agit d’expliquer la naissance de la richesse, le renouvellement de la richesse, l’emploi de la richesse et la circulation de la richesse. À l’origine, c’est un mouvement anglais, en France c’est longtemps resté très restreint, le caractère des publications d’économie politique en France s’adressait à un public très confidentiel. Mais à partir des années 1740, avec la naissance du mouvement physiocratique, cela change. Jusque là, les ouvrages étaient très contrôlés par l’institution royale. Vauban a un projet de faire payer des impôts pour tout le monde, son ouvrage est condamné par le conseil du roi en 1707. Aussi, il n’y a jusqu’en 1740 pas encore de public pour s’y intéresser. À partir de 1740, des salons philosophiques se spécialisent là-dedans : - celui de la duchesse de La Rochefoucauld où elle accueille Quesnay, premier médecin du roi, père de la physiocratie, ou Dupont de Nemours, économiste qui a beaucoup travaillé avec Turgot et part aux USA après la Révolution, Condorcet aussi. - le salon de Madame Blondelle - le salon de Madame Marchais, éloge de Sully Le nombre d’amateurs est quand même limité. C. Les dictionnaires Diffusés plutôt au XVIIIe siècle, apogée en 1770-1780. C’est un phénomène qui marque profondément l’édition au XVIIIe siècle. Il y a une très grande diversité, il y a d’abord l’Encyclopédie et aussi, de plus en plus, des dictionnaires beaucoup plus petits, appelés alors des dictionnaires « portatifs ». Le succès des dictionnaires se voit d’abord dans la multiplication des rééditions. Il y a d’abord le dictionnaire de Furetière, la première édition est de 1690, elle se vend très bien, donne quatre éditions et beaucoup d’éditions pirates jusqu’à 1727. Ensuite, édition du dictionnaire de Bayle, avec neuf rééditions, il parait pour la première fois en 1697 et la dernière édition date de 1641. Enfin, le dictionnaire de Moreri, 23 éditions, 1674-1759. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, pour un grand dictionnaire, la première édition est d’environ 2 000 exemplaires. Coignard écrit en publiant un dictionnaire « Je peux marier une de mes filles à chaque édition de Moreri », cela lui rapporte en gros 180 000 livres. L’Encyclopédie de Diderot, dans sa première édition, rapporte à l’éditeur Le Breton 2,5 millions de livres, en sachant que Diderot n’est pas tout seul et a énormément de collaborateurs. Pour les dictionnaires « portatifs », ils sont rédigés de plus en plus par des professionnels. La valeur de ces dictionnaires était très inégale. François Aubert de la Chesnaye est un auteur peu connu aujourd’hui mais il a beaucoup publié au XVIIIe notamment neuf dictionnaires entre 1745 et 1786, il publie un dictionnaire militaire, énorme succès, un dictionnaire des aliments, un dictionnaire du jardinage et, enfin, parce que c’est à la mode, dictionnaire de la noblesse. 11 Cours Laurine Ribeiro 2021-2022 La Presse Les gazettes, les périodiques, les journaux, ne sont pas la même chose. La gazette sort rapidement, un numéro chaque semaine, les journaux sont éventuellement mensuels. Ces choses sont nées à l’époque moderne, c’est une différence avec le Moyen Âge, c’est une conséquence de l’imprimerie. Au niveau historiographique, les médias de l’époque moderne n’ont toujours pas la place de ceux de l’époque contemporaine. Jean Sgard a écrit un Dictionnaire des journaux avec des rubriques pour chaque journal et même des journalistes. I. Le système d’information au XVIIe siècle Le mot gazette désigne un périodique, hebdomadaire ou bi-hebdomadaire. Elles sont très largement consacrées à la politiques. Il faut faire la différence entre l’almanach et la gazette, le premier parle d’événements du passé et le deuxième d’événement actuels. Le journal est plutôt une information littéraire, mondaine, éventuellement religieuse, mais est plutôt mensuel. Ces médias durent jusqu’à la révolution, même si dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle on peut confondre de plus en plus. A. Les gazettes 1. La Gazette Au XVIIe-XVIIIe, on dit toujours « la gazette », ce qui désigne la Gazette de France, fondée en 1631 par un médecin philanthrope : Théophraste Renaudot. Elle sortait chaque samedi et contenait 12 pages de nouvelles. L’objectif était d’en faire profiter les lecteurs éloignés. Il s’agissait d’une reprise de la tradition antique, avec Hérodote, Tacite, pour cerner l’évolution politique et la montrer au lecteur. Reprise des travaux de la fin du Moyen Âge, avec Philippe de Commynes qui écrit des mémoires pour « rapporter les faits », les « gestes des Grands ». En 1633, Renaudot obtient un privilège exceptionnel pour la publication des nouvelles, il est le seul à pouvoir publier cette gazette en France. La gazette est une presse qui est ensuite rapportée, présentée, comme un véritable moniteur universel = sorte de journal officiel. Renaudot suit les instructions du gouvernement de Richelieu, ce n’est pas une presse tout à fait indépendante. Elle est très contrôlée. C’est un moyen de propagande. Les articles sont toujours anonymes mais Richelieu a éventuellement écrit des articles dans la Gazette. Le père Joseph, principal conseiller de Richelieu, publie lui aussi des articles dedans. Ils y valorisent leurs décisions politiques. La gazette a pu, lors des périodes de crise, avoir une certaine autonomie, par exemple lors de la Fronde, lorsque le pouvoir royal est en déclin. Dans chaque exemplaire, la manière dont est présentée la gazette, les nouvelles sont toujours données ville par ville. Ce n’est pas un choix aléatoire, tout est calculé, les deux objectifs sont : de montrer l’homogénéité de la représentation politique et sociale, l’organisation, et de montrer que toute l’Europe tourne autour du roi de France. Les types de nouvelles que l’on peut avoir : - la vie du roi : sa santé, ses actes de dévotion, la vie de cour, les parties de chasse —> compte-rendu des journées du roi - L’exercice du pouvoir : les actes, les lits de justice (lorsque le roi se rend au Parlement) - Les entrées royales : lorsque le roi vient dans une ville, la gazette raconte cela - L’information romaine : informer de tout ce qu’il se passe dans toute l’Europe, et donc à Rome, là où vit et gouverne le pape. La gazette de France met toujours en cause l’absolutisme pontifical. En revanche, à certains moments, la critique du pouvoir pontifical peut être nuancée, limitée, lorsque le roi de France a besoin de l’appui du pape.

« 2021-2022 Informations et communications Nous allons voir que le public est devenu inexorablement un interlocuteur indispensable petit à petit au XVIe siècle et au XVIIe siècle.

Il a fallu d’abord l’informer ensuite le séduire et aussi le convaincre.

Au XVIIIe siècle voit le jour le terme « d’opinion publique », on ne le trouve pas dans l’encyclopédie de Diderot mais on a des termes assez proches : « esprit public », « murmures ». On a, au début du XVIIe siècle, des moyens de communication qui voient le jour : les journaux, les gazettes, les canards, les périodiques… Pendant longtemps, selon Lucien Bély, ces journaux et gazettes étaient vus comme de simples outils de propagande peu ables.

Le cas de François Michel, un maréchal-ferrant modeste de St Laurent en Provence, rencontre Louis XIV en 1697 pour un entretien divinatoire (on croit à la divination au XVIIe siècle), tout cela après avoir eu une apparition, cette rencontre a donné lieu à toute une série de chansons, d’articles de presse, de feuilles publiques, di usées dans toute la France, et le visage de François Michel était alors plus connu à la n du XVIIe siècle que de très grands princes du royaume.

Cela montre le développement des moyens d’information.

Dans la France du deuxième XVIIIe siècle, de juin 1764 à juin 1767, toute la France a été obnubilée par la bête du Gévaudan.

Tous les sujets étaient informés de cette a aire par la presse.

L’information circule par la presse mais aussi par le livre, les lettres/correspondances que se soient privées ou publiques, les mandements (les instructions des évêques aux gens installés dans leur diocèse), les estampes, les canards, les feuilles volantes di usées par les colporteurs (des gens qui se promènent un peu partout en France avec des choses à vendre comme du l à coudre, des aiguilles, des petits livres, des coli chets, des feuilles volantes, ils jouent un rôle très important dans l’information car ils savent des choses et participent à répandre la rumeur, le bruit). Il faut aborder les moyens de communication et de déplacement, les réseaux routiers, uviaux, postaux, comment est-ce-que l’information passe ? Tout cela est contrôlé et espionné plus ou moins par le pouvoir royal. Dans cette France d’ancien Régime, « l’humeur est vagabonde » (Roch).

Au XVIe siècle les Français se déplacent beaucoup, encore plus au XVIIIe siècle.

En se déplaçant, ils di usent de l’information, des révoltes.

Le déplacement de l’information va de plus en plus vite du XVIe au XVIIIe, il y a un ouvrage qui parle de cela, de Christopher Studény, L’invention de la vitesse. Dans le Barbier de Séville, un des héros, Bazile, dit à son patron : « la calomnie, Monsieur, vous ne savez guerre ce que vous dédaignez, j’ai vu les plus honnêtes gens près d’un être accablé, croyez qu’il n’y a pas de plates méchancetés qu’on ne fasse adopter en s’y prenant bien », et la rumeur à la n du XVIIIe siècle va aussi vite qu’aujourd’hui.

Cela peut amener des choses comme la révolution française. ff fi fi fi fi ff ff fi 1 ff fl Cours Laurine Ribeiro. »

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