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Vous commenterez ce jugement d'un critique contemporain sur Pascal : « Ce puissant génie nous confond par la diversité de ses dons. Comme savant il est l'égal des plus illustres. Ses pensées nous le révèlent comme un grand moraliste. Son style est celui d'un homme de science et d'un poète. » ?

Extrait du document

A vingt-cinq ans il renouvelle la célèbre expérience de Toricelli sur la pesanteur de l'air : par la manière dont il conduit et interprète ses recherches il s'affirme comme le fondateur de la méthode expérimentale ; par les conclusions qu'il en tire et notamment par son traité sur L'Équilibre des liqueurs il donne naissance à la science hydrostatique. Plus tard, il jettera, dans sa correspondance avec Fermât, les bases du calcul des probabilités et ses travaux sur la roulette formulent le principe de l'analyse infinitésimale.II. Le moraliste Ce grand savant fut aussi un grand moraliste. Après avoir illustré, par le magnifique exemple de ses découvertes, les ressources de l'intelligence humaine, il s'est appliqué à en dénoncer les inconséquences et les faiblesses. Il nous montre comment notre raison est le jouet de puissances trompeuses : l'amour-propre nous fait méconnaître la vérité quand elle se révèle contraire à nos intérêts et à nos désirs et nous fait aimer ceux qui nous flattent même quand nous savons pertinemment qu'ils nous mentent; l'imagination exerce son pouvoir sur les plus sages et fait que nous nous laissons abuser par des apparences. En face d'un prédicateur à la voix enrouée, au « tour de visage bizarre », le magistrat le plus grave est incapable d'écouter avec sérieux le sermon le plus édifiant. Les passions, les maladies contribuent encore à gâter notre jugement. Et quant aux principes qui régissent nos sociétés, Pascal y voit une preuve de plus de l'infirmité de l'homme. Qu'est-ce que cette justice qui varie d'un pays à l'autre?

« PLAN DÉTAILLÉ Ce qui frappe dès l'abord chez Pascal, c'est la diversité de ses dons.

Homme de science, il a ouvert, par ses découvertes dans le domaine des mathématiques et de la physique, des voies nouvelles et fécondes.

Moraliste profond et nuancé, il s'attache à analyser les faiblesses de la nature humaine.

Écrivain, il unit dans son style, à la précision du savant, la sensibilité et l'imagination d'un poète. I.

Le savant La formation de Pascal et ses aptitudes l'orientèrent d'abord vers les sciences.

Son père, qui se chargea de son éducation, s'attacha à développer chez lui, dès son jeune âge, le raisonnement et l'esprit d'observation.

Mathématicien et physicien du plus grand mérite, il fréquentait des savants comme le père Mersenne, Desargues et Roberval, et de bonne heure il admit son fils aux doctes entretiens qu'il tenait avec ses amis.

Dans un milieu aussi favorable, les brillantes dispositions de l'enfant, qui, si l'on en croit sa soeur Gilberte, avait reconstitué à l'âge de douze ans les trente-deux premières propositions de la géométrie euclidienne, ne tardèrent pas à s'épanouir.

A seize ans il écrivit un traité des coniques qui a provoqué l'admiration de Leibniz.

A dix-neuf il imagine la première machine à calculer.

A vingt-cinq ans il renouvelle la célèbre expérience de Toricelli sur la pesanteur de l'air : par la manière dont il conduit et interprète ses recherches il s'affirme comme le fondateur de la méthode expérimentale ; par les conclusions qu'il en tire et notamment par son traité sur L'Équilibre des liqueurs il donne naissance à la science hydrostatique.

Plus tard, il jettera, dans sa correspondance avec Fermât, les bases du calcul des probabilités et ses travaux sur la roulette formulent le principe de l'analyse infinitésimale. II.

Le moraliste Ce grand savant fut aussi un grand moraliste.

Après avoir illustré, par le magnifique exemple de ses découvertes, les ressources de l'intelligence humaine, il s'est appliqué à en dénoncer les inconséquences et les faiblesses.

Il nous montre comment notre raison est le jouet de puissances trompeuses : l'amour-propre nous fait méconnaître la vérité quand elle se révèle contraire à nos intérêts et à nos désirs et nous fait aimer ceux qui nous flattent même quand nous savons pertinemment qu'ils nous mentent; l'imagination exerce son pouvoir sur les plus sages et fait que nous nous laissons abuser par des apparences.

En face d'un prédicateur à la voix enrouée, au « tour de visage bizarre », le magistrat le plus grave est incapable d'écouter avec sérieux le sermon le plus édifiant.

Les passions, les maladies contribuent encore à gâter notre jugement.

Et quant aux principes qui régissent nos sociétés, Pascal y voit une preuve de plus de l'infirmité de l'homme.

Qu'est-ce que cette justice qui varie d'un pays à l'autre? «Plaisante justice qu'une rivière borne; vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà.

» Les lois, les coutumes, les moeurs sont différentes selon les lieux et les époques.

Dans l'ordre moral comme dans l'ordre intellectuel se confirme l'impuissance de la raison. III.

L'écrivain Enfin, ce moraliste est un de nos plus grands écrivains.

A la précision du savant il joint l'imagination et la sensibilité d'un poète.

Cette précision inspire le choix des mots qui n'ont d'autre mission que de rendre le plus fidèlement possible toutes les nuances de la pensée derrière laquelle ils s'effacent.

Les variantes de Pascal sont significatives à cet égard.

Dans le célèbre passage sur les deux infinis il avait d'abord écrit : « Que l'homme considère...

la nature entière dans sa haute et pleine majesté.

» Puis il remplace « considère » par « contemple ».

On voit sur-le-champ ce que le texte gagne à cette retouche : le second terme ajoute à la simple notion d'un examen attentif mais sentimentalement détaché, celle, plus naturelle en présence d'un pareil spectacle, d'une émotion admirative.

De même la place des mots s'inspire exactement de l'importance qui doit revenir à chacun d'eux dans l'expression de la pensée.

Ainsi en est-il de la célèbre formule : « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.

» En tête se trouve mis en valeur le détail à la fois inattendu et essentiel sur lequel aurait pu se jouer le destin du monde. ANECDOTE: Si le nez de Cléopâtre avait été plus court, écrit Pascal, toute la face de la Terre aurait changé.

Que voulait-il dire par là ? Si Marc-Antoine, amoureux de la reine d'Égypte, avait préparé son combat contre Octave au lieu de compter fleurette à la belle, il serait devenu empereur à la place de son rival.

En changeant de chef, Rome aurait changé le monde. Ainsi, l'histoire tient-elle à des riens, à des hasards insignifiants que Pascal s'empresse de rallier afin de faire une apologie du Dieu du christianisme. Poète, il a le don de l'imagination concrète : parfois il ne craint pas de semer son argumentation de termes familiers, s'ils ont le mérite du pittoresque.

Ainsi il n'hésite pas à faire figurer dans une grave maxime des termes comme « choux » et «poireaux».

Souvent ses images s'élargissent en visions, la simple opposition de deux mots suffit à suggérer des abîmes : « Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ? » En une formule saisissante il évoque le redoutable mystère de cette immensité du temps et de l'espace où nous sommes plongés : « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.

» Il sait trouver dans la sonorité des mots et le martèlement du rythme la note âpre et tragique : « On jette enfin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais.

» Du poète il possède aussi la sensibilité.

L'inspiration lyrique domine dans les Pensées : à chaque page l'écrivain, rempli de son sujet, nous communique tous les frissons de son âme.

Les interrogations pressantes et véhémentes succèdent aux apostrophes, et parfois il se met lui-même en scène pour donner plus de chaleur de conviction à ce qu'il affirme : « Je vous dis que vous y gagnerez.

» Souvent enfin ce croyant, dans l'évocation des vérités éternelles, atteint à une sérénité plus qu'humaine et sa démonstration s'élargit en une méditation : « Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que moi-même...

Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir.

». »

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