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Voltaire

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Nous suivrons l'oeuvre de Voltaire dans l'ordre intellectuel ; dans l'ordre métaphysique ; dans l'ordre politique et social. Voltaire et la littérature d'idées Dans l'ordre intellectuel, une première position de Voltaire est de vouloir que l'écrit apporte, du moins s'y efforce, un enrichissement à la connaissance ; qu'il constitue une acquisition pour l'esprit. Cette volonté, s'il ne l'a pas formulée, éclate en cela que presque tous ses ouvrages, voire ceux en vers, sont des ouvrages d'idées. Sans doute maintes de ses pages proposent des faits, non des idées ; mais il répliquerait qu'un fait est un accroissement du connaître ; il dirait volontiers comme ce priseur d'outre-Manche : "L'homme qui m'apprend que le mercure bout à 108 degrés est un écrivain que j'estime". Par là Voltaire se distingue nettement des maîtres du XVIIe siècle, si admirables par leur bonheur verbal, mais dont on a pu dire (Renouvier) que, du moins en matière politique et sociale, ils n'ont pas d'idées, si l'on entend par là qu'ils n'en ont d'autres que des idées reçues. Cette opposition, peut-être fondamentale, entre la haute sensibilité littéraire et le maniement de l'idée, il l'a exprimée en une stèle saisissante : "Nous perdons le goût, mande-t-il à un confrère, mais nous acquérons la pensée." Or Voltaire ne perd nullement le goût ; il l'a même très sûr, aussi sûr qu'un Racine ou un La Fontaine. Et il a le culte du goût ; il n'eût jamais admis la thèse d'un Romain Rolland, statuant que la forme dont un auteur dit ce qu'il a à dire n'est d'aucune importance. Quelle est donc sa position littéraire ? Elle est précisément d'unir le goût et la pensée ; d'avoir créé un genre, dont l'Essai sur les moeurs est un modèle, qui relève à la fois de l'idée et de la littérature ; genre qui emplit tout le XVIIIe siècle et s'épanouira cent ans plus tard avec Port-Royal, les Origines du Christianisme, l'Histoire de la Littérature anglaise. En sorte que si nous voulons dès maintenant situer Voltaire dans son rapport, à l'âge contemporain, nous dirons qu'il est le père des littérateurs du XIXe siècle, mais aucunement de ceux du XXe lesquels ont maintes fois proclamé (Gide, Valéry, Suarès) leur religion du style au mépris de la pensée et n'ont d'ailleurs, comme l'observe un de leurs admirateurs (Thibaudet), pas produit un seul livre d'idées.

« Voltaire Nous suivrons l'oeuvre de Voltaire dans l'ordre intellectuel ; dans l'ordre métaphysique ; dans l'ordre politique et social. Voltaire et la littérature d'idées Dans l'ordre intellectuel, une première position de Voltaire est de vouloir que l'écrit apporte, du moins s'y efforce, un enrichissement à la connaissance ; qu'il constitue une acquisition pour l'esprit.

Cette volonté, s'il ne l'a pas formulée, éclate en cela que presque tous ses ouvrages, voire ceux en vers, sont des ouvrages d'idées.

Sans doute maintes de ses pages proposent des faits, non des idées ; mais il répliquerait qu'un fait est un accroissement du connaître ; il dirait volontiers comme ce priseur d'outre-Manche : "L'homme qui m'apprend que le mercure bout à 108 degrés est un écrivain que j'estime".

Par là Voltaire se distingue nettement des maîtres du XVIIe siècle, si admirables par leur bonheur verbal, mais dont on a pu dire (Renouvier) que, du moins en matière politique et sociale, ils n'ont pas d'idées, si l'on entend par là qu'ils n'en ont d'autres que des idées reçues.

Cette opposition, peut-être fondamentale, entre la haute sensibilité littéraire et le maniement de l'idée, il l'a exprimée en une stèle saisissante : "Nous perdons le goût, mande-t-il à un confrère, mais nous acquérons la pensée." Or Voltaire ne perd nullement le goût ; il l'a même très sûr, aussi sûr qu'un Racine ou un La Fontaine.

Et il a le culte du goût ; il n'eût jamais admis la thèse d'un Romain Rolland, statuant que la forme dont un auteur dit ce qu'il a à dire n'est d'aucune importance.

Quelle est donc sa position littéraire ? Elle est précisément d'unir le goût et la pensée ; d'avoir créé un genre, dont l'Essai sur les moeurs est un modèle, qui relève à la fois de l'idée et de la littérature ; genre qui emplit tout le XVIIIe siècle et s'épanouira cent ans plus tard avec Port-Royal, les Origines du Christianisme, l'Histoire de la Littérature anglaise.

En sorte que si nous voulons dès maintenant situer Voltaire dans son rapport, à l'âge contemporain, nous dirons qu'il est le père des littérateurs du XIXe siècle, mais aucunement de ceux du XXe lesquels ont maintes fois proclamé (Gide, Valéry, Suarès) leur religion du style au mépris de la pensée et n'ont d'ailleurs, comme l'observe un de leurs admirateurs (Thibaudet), pas produit un seul livre d'idées. Voltaire et la clarté Une autre de ses volontés, inscrite dans toute son oeuvre, quant à la chose écrite, est que celle-ci soit claire. Disons tout de suite que, par la manière dont il a pratiqué la clarté, Voltaire fait très souvent le jeu de ceux qui accusent cette vertu d'être outrageusement et essentiellement simplificatrice.

L'accusation dans son principe porte à faux.

Clarté n'implique selon aucune nécessité simplification.

Les mathématiques supérieures sont fort claires ; elles ne sont aucunement simples ; elles diraient volontiers, comme Rousseau au début d'un chapitre du Contrat Social dont il demande qu'on le lise de très près en raison de sa complexité : "Je n'ai pas l'art d'être clair pour qui ne veut pas être attentif." Mais Voltaire prétend, et sur les sujets les plus ardus, être clair pour qui ne veut pas être attentif.

D'où de cyniques simplifications, souvent frappantes littérairement (d'où leur succès) en raison même de leur simplisme.

Un humoriste a prétendu que la philosophie consiste à dire d'une manière compliquée des choses très simples ; on pourrait soutenir qu'inversement une certaine littérature consiste à simplifier des choses fort compliquées. Marquons, dans un sens voisin, d'autres taches à notre soleil ; ses légèretés dans l'affirmation (Spinoza parle un mauvais latin ; Zénon d'Elée veut que la tortue marche plus vite qu'Achille) ; son aptitude à se contredire ("le sacrifice d'Iphigénie n'est pas bien avéré" ; ailleurs, il est une des grandes preuves du fanatisme religieux) ; sa facilité à se payer de comparaisons.

Un exemple : il veut démontrer au ministre qu'il faut maintenir en France les jésuites et les jansénistes ; sans doute les premiers sont des serpents et les seconds des ours ; mais "on fait d'excellent bouillon avec les serpents, et les ours fournissent des manchons".

Il oublie seulement que ces animaux ne rendent ces services qu'une fois qu'on les a tués, ce qui jette tout le raisonnement par terre.

Mais celui-ci est rapide, vierge de tout pédantisme, apparemment irréfutable et constitue un type qui a fait fortune parmi toute une race d'hommes de lettres, singulièrement en France. Quant à sa volonté que l'écrit soit clair, si on le considère indépendamment de la manière dont il a réalisé la clarté, elle est encore une forme de son désir de voir la littérature s'apparenter à la science, tout en restant littérature.

Par quoi il est encore le père des littérateurs du XIXe siècle, mais non de ceux du XXe lesquels (Mallarmé, Valéry, Breton) condamnent toute espèce de clarté, celle qui respecte la complexité du réel comme celle qui la viole, celle d'Einstein comme celle de M.

Homais, et tiennent l'obscurité pour une condition essentielle, non pas seulement de la poésie, mais de la littérature. Son manque de synthèse Enfin, retenons, dans l'ordre intellectuel, sa volonté que la pensée travaille d'une manière désintéressée, non qu'elle s'emploie à justifier une thèse posée d'avance.

Ce trait se voit dans sa façon de traiter l'histoire.

On peut gager qu'il eût haï l'histoire écrite ad probandum d'un Bainville, d'un Gaxotte, voire d'un Taine ou d'un Michelet.

En revanche, celle de Stendhal l'eût ravi.

A noter dans le même sens sa faculté de voir les choses sous leurs aspects multiples, son hésitation à conclure, son abstention d'un jugement global : sur l'Angleterre, sur l'Église, sur la démocratie.. »

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