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Victor HUGO (1802-1885) (Recueil : Les contemplations) - Unité

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Victor HUGO (1802-1885) (Recueil : Les contemplations) - Unité Par-dessus l'horizon aux collines brunies, Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies, Se penchait sur la terre à l'heure du couchant ; Une humble marguerite, éclose au bord d'un champ, Sur un mur gris, croulant parmi l'avoine folle, Blanche épanouissait sa candide auréole ; Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur, Regardait fixement, dans l'éternel azur, Le grand astre épanchant sa lumière immortelle. «Et, moi, j'ai des rayons aussi !» lui disait-elle.

« Ce poème est très court et contrairement a d’autres parties de “Contemplation”, adopte un point de vue anecdotique, en imaginant une fantaisie poétique, un dialogue entre le soleil et une fleur.

Les rapprochements inattendus, les jeux entre contrastes et ressemblances sont chers a Victor Hugo, c’est une part majeure de son esthétique; le titre du poème, “Unité”, suggère que le poète a aussi voulu exprimer quelque chose de plus vaste, par cette comparaison. I.

Opposition du soleil et de la fleur - opposition entre le petit et le grand : les termes qui s’appliquent au soleil et au ciel sont “horizon, infinies, eternel, grand, immortel”.

Les termes s’appliquant a la marguerite connotent au contraire la petitesse, la fragilité et la finitude : “humble, candide, petite”. - opposition entre le monde céleste, du haut, et le monde terrestre, d’en bas : le soleil est “par dessus”, il “se penche sur”, il “epanche” sa lumière librement.

Tandis que la marguerite est “eclose au bord d’un champs”, ce qui connote le manque d’espace, l’exiguite.

Sur un mur “croulant” (donc proche du sol) et elle “regarde”, donc lève les yeux vers le soleil. - opposition dans les sonorités : les sonorités des vers parlant de la marguerite sont dures : par exemple le vers 5, sonorité dure du G, de “croulant”.

On peut l’opposer au vers 9, qui parle du soleil et qui est adouci par les labiales de “lumiere” et “immortelle”. II.

Quels sont les procèdes poétiques utilises pour opérer un rapprochement entre les deux elements? - rapprochement entre les deux éléments par le biais des métaphores : le soleil est compare a une fleur “fleur des splendeurs infinies”; dans les paroles finales de la marguerite, il y a un jeu sémantique avec le mot “rayon” qui rapproche les pétales de fleur des rayons du soleil. - le rapprochement est aussi perceptible a travers l’utilisation pour chaque terme de mots qui conviendraient a l’autre terme : par exemple le soleil “se penche” (ce qui est propre a la fleur) et la marguerite a une “auréole”, terme qui évoque la lumière et le feu. - on repère aussi une association entre soleil et marguerite dans le choix des rimes : “collines brunies” (qui évoque la marguerite) rime avec les “splendeurs infinies” du soleil.

“Couchant” rime avec “champs”, “avoine folle” avec “aureole” et “mur” avec “azur” : chaque rime rapproche des éléments propres au soleil et a la fleur. III.

Les enjeux de cette comparaison - ce rapprochement est opère par les éléments même de la comparaison, ce qui est original : cette idée constitue une fantaisie poétique, un jeu dans lequel Hugo se demande ce que penserait l’élément qu’on compare.

La phrase que dit la marguerite a un ton volontairement enfantin, l’enjeu semble essentiellement ludique. - Mais il a aussi un enjeu plus grand, dont le titre du poème fournit un indice : Victor Hugo est le chef de file du romantisme français; l’une des caractéristiques de l’esthétique romantique est de voir le monde comme une unité cohérente dont chaque partie est reliée aux autres.

En appelant ainsi son poème Hugo transmet cette conception particulière.

Ce poème se comprend du point de vue de la vision romantique du monde : il etablit des correspondances entre le soleil et la fleur, et suggère ainsi l’existence d’autres correspondances possibles dans le monde. - Cette comparaison fournit un indice sur la création poétique : Hugo montre ici ce qu’est le fait d'avoir une vision “poetique” du monde : penser a rapprocher les contraires, a etablir des correspondances, a voir la similitude la ou on penserait d’abord a opposer.

Voir a ce propos le poème “Correspondances” de Baudelaire dans les Fleurs du Mal. Ce poème oppose d’une part les deux éléments a comparer, en utilisant pour chacun d’eux des champs lexicaux opposes; mais il les rapproche par le procede inverse, en se servant pour l’un de termes qui devraient s’appliquer a l’autre.

En unissant ainsi les contraires, Victor Hugo donne un exemple, a petite échelle, du grand souffle lyrique qui anime sa poésie : le lyrisme romantique donne lieu a une reunion des contraires : par le biais de la contemplation, le poète s’aperçoit de la cohérence de la nature et de la création.. »

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